Mis à jour le 21/06/2026 — La peau de la personne âgée est un organe fragile, en première ligne face au risque d’escarre, de plaie et d’infection. Ce guide clinique destiné aux IDE et aides-soignantes explique les modifications du vieillissement cutané, les bons gestes de toilette et d’hydratation, et la surveillance à mettre en place au quotidien pour préserver l’intégrité cutanée des résidents.
1. Comment la peau vieillit
Comprendre la physiologie permet d’adapter les soins. Au cours du vieillissement, la barrière cutanée s’affaiblit : au cours du vieillissement physiologique, l’épaisseur de l’épiderme diminue significativement ; la jonction dermo-épidermique s’aplatit et la fonction barrière se dégrade. Ces évolutions se traduisent par des signes visibles : des manifestations visibles du vieillissement, telles que des rides, des taches, une sécheresse cutanée, une perte d’élasticité. La HAS rappelle d’ailleurs l’importance des modifications de la peau et de la masse musculaire associées à l’âge dans l’évaluation gériatrique.
Concrètement, une peau plus fine, plus sèche et moins élastique tolère mal les frottements, les adhésifs et la macération. Chaque soin doit donc être pensé comme un acte de prévention.
2. Peau fragile et risque d’escarre
La fragilité cutanée est un facteur de risque majeur de plaie. Pour rappel : l’escarre est une lésion cutanée d’origine ischémique liée à une compression des tissus mous entre un plan dur et les saillies osseuses. Et la HAS souligne que la fragilité particulière de la peau et l’atrophie du tissu sous-cutané des personnes âgées sont probablement un facteur de risque.
Deux mécanismes mécaniques sont à surveiller de près : la friction, qui correspond à une lésion directe sur la peau provoquant une abrasion ; le cisaillement, qui consiste en des forces s’appliquant obliquement. Côté facteurs intrinsèques, on retient l’immobilité due soit aux troubles de la conscience soit aux troubles moteurs ; l’état nutritionnel et la malnutrition ; l’incontinence. Pour aller plus loin, voir notre dossier sur la l’échelle de Braden et le repositionnement.
3. La toilette respectueuse de la peau
L’hygiène quotidienne est le premier soin de la peau. La HAS recommande une approche précautionneuse : la toilette corporelle doit être quotidienne, précautionneuse sur les zones à risque. Les soins d’hygiène sont renouvelés lors des changes des patients incontinents. Le choix des produits compte : privilégier un savon doux ou un pain sans savon, suivi d’un rinçage à l’eau claire et d’un séchage minutieux par tamponnement.
L’hydratation est essentielle : il convient d’appliquer des produits hydratants de préférence juste après la toilette, afin de bénéficier de l’hydratation des couches superficielles. Un geste est en revanche formellement proscrit : le massage et la friction des zones à risque sont interdits puisqu’ils diminuent le débit microcirculatoire moyen et ont un effet traumatisant sur la peau. Ces protocoles complètent notre guide soins d’hygiène corporelle.
4. Observer et surveiller chaque jour
La surveillance cutanée est un acte de soin à part entière, idéalement réalisé lors de la toilette. La HAS préconise que l’observation et la palpation (notamment pour les peaux pigmentées) régulières de l’état cutané permettent d’examiner les zones à risque et de détecter tout signe précoce. Pour structurer cette évaluation, pour l’évaluation du risque d’escarre, il est recommandé d’utiliser, en association avec le jugement clinique, un outil commun d’évaluation du risque dès l’admission.
Les zones d’appui et les extrémités méritent une attention particulière. Il faut notamment surveiller chaque jour lors du lavage : la zone talonnière afin de prévenir l’apparition de crevasses et de fissurations. La moindre rougeur persistante doit être tracée et signalée à l’IDE.
5. Le soin des pieds, souvent négligé
Les pieds concentrent les risques de fissures et d’infection. La HAS déconseille certaines pratiques : le bain de pieds prolongé qui peut favoriser les infections, ainsi que l’utilisation de substances irritantes (javel, etc.), est fortement déconseillé. L’autonomie du résident doit être évaluée : il est recommandé de contrôler si le patient est en capacité de réaliser ses soins d’hygiène des pieds. En cas de doute, l’avis d’un pédicure-podologue est précieux.
6. Incontinence et dénutrition : les aggravants
Deux facteurs majorent considérablement le risque cutané. L’incontinence, d’abord, est très fréquente en institution : l’incontinence toucherait 3 millions de personnes en France et plus de 60 % des résidents en EHPAD. La macération qu’elle entraîne fragilise la peau et impose des changes rapides et un séchage soigneux.
La dénutrition, ensuite, altère la cicatrisation et la résistance cutanée. L’OMS rappelle que les grands syndromes gériatriques sont liés : parmi lesquels figurent la fragilité, l’incontinence urinaire, les chutes, les états confusionnels et les escarres, découlent souvent de plusieurs facteurs. La prévention cutanée passe donc aussi par la nutrition et la cicatrisation et par une hydratation suffisante.
7. Foire aux questions
Faut-il masser les zones d’appui pour prévenir les escarres ?
Quel produit utiliser pour la toilette d’une peau âgée ?
Pourquoi la peau âgée est-elle plus exposée aux plaies ?
À quelle fréquence surveiller l’état cutané ?
Pour aller plus loin
Cet article complète nos dossiers de référence : Escarres en EHPAD : guide complet et Toilette et soins d’hygiène. À lire aussi : notre protocole sur les escarres de stade 3 et 4.
Sources officielles : HAS — Prévention et traitement des escarres · HAS — Le pied de la personne âgée · SFGG — Plaies et cicatrisation chez la personne âgée.

