L’échelle de Braden est l’outil clinique de référence pour évaluer le risque d’escarre en EHPAD. Validée internationalement, elle permet aux équipes soignantes — IDE, aides-soignantes et IDEC — d’identifier précocement les résidents vulnérables et de mettre en place des mesures préventives adaptées. Dans un contexte où 9 % des résidents présentent une escarre (Société Française de l’Escarre, 2024) et où 70 % des cas sont préventibles, maîtriser cet outil est une priorité absolue.
Qu’est-ce que l’échelle de Braden ?
Développée en 1987 par Barbara Braden et Nancy Bergstrom, l’échelle de Braden évalue le risque d’escarre à partir de 6 sous-scores reflétant les principaux facteurs de risque intrinsèques et extrinsèques. Chaque item est coté de 1 à 3 ou 4, pour un score total compris entre 6 et 23. Plus le score est bas, plus le risque est élevé.
La HAS recommande l’utilisation systématique d’un outil d’évaluation validé à l’admission et lors de tout changement d’état clinique. L’échelle de Braden est la plus utilisée en France, avec des seuils d’action clairs.
Les 6 dimensions de l’échelle de Braden
| Dimension | Ce qu’elle mesure | Score |
|---|---|---|
| 1. Perception sensorielle | Capacité du résident à ressentir et exprimer une douleur ou une gêne liée à la pression | 1 à 4 |
| 2. Humidité | Degré d’exposition de la peau à l’humidité (transpiration, incontinence) | 1 à 4 |
| 3. Activité | Niveau d’activité physique (alitement total, fauteuil, marche) | 1 à 4 |
| 4. Mobilité | Capacité à modifier et contrôler la position du corps | 1 à 4 |
| 5. Nutrition | Mode d’alimentation habituel (apports nutritionnels, dénutrition) | 1 à 4 |
| 6. Friction et cisaillement | Effort nécessaire pour déplacer le résident, risque de glissement | 1 à 3 |
Comment interpréter le score de Braden ?
La lecture du score de Braden guide directement les décisions cliniques et le niveau de surveillance :
- Score 19-23 : Pas de risque détecté — surveillance standard, réévaluation mensuelle ou à chaque changement d’état.
- Score 15-18 : Risque faible — mesures préventives de base (repositionnement programmé, protection des zones d’appui). Réévaluation hebdomadaire.
- Score 13-14 : Risque modéré — renforcement des mesures, surveillance cutanée biquotidienne, évaluation nutritionnelle.
- Score 10-12 : Risque élevé — protocole complet de prévention, matelas ou surmatelas thérapeutique, repositionnement toutes les 2 heures.
- Score <10 : Risque très élevé — protocole intensif, mobilisation multidisciplinaire immédiate, réévaluation quotidienne.
Selon la page pilier escarres de SOS EHPAD, les protocoles multidisciplinaires basés sur l’évaluation Braden permettent de réduire l’incidence des escarres de 43 % en établissement (étude sur 240 résidents, 12 mois).
Qui doit évaluer et à quelle fréquence ?
La responsabilité de l’évaluation Braden est partagée entre les différents membres de l’équipe soignante, selon un processus structuré :
- À l’admission : l’IDE réalise systématiquement une évaluation Braden dans les 24 heures suivant l’entrée du résident. Ce bilan initial conditionne le protocole de prévention à mettre en place.
- En cours de séjour : réévaluation hebdomadaire pour les scores entre 15 et 18 ; biquotidienne pour les scores entre 10 et 14 ; quotidienne pour les scores inférieurs à 10.
- À chaque changement d’état clinique : reprise infectieuse, hospitalisation, alitement, perte de poids significative — tout événement modifiant le profil du résident impose une réévaluation immédiate.
Les résultats de l’évaluation doivent être tracés dans le Dossier Unique Informatisé (DUI) du résident, avec la date, le score total, les sous-scores et le plan de prévention associé. Cette traçabilité est vérifiée lors des évaluations HAS en EHPAD.
Le rôle de chaque professionnel dans la démarche Braden
L’IDE est le pivot de la démarche : elle réalise les évaluations, prescrit les supports de prévention (matelas, coussins), coordonne les interventions des aides-soignantes et du kinésithérapeute, et met à jour le plan de soins. Depuis le décret sur les prescriptions infirmières élargies (2025), l’IDE peut prescrire de manière autonome certains pansements complexes dès l’apparition d’une lésion.
L’aide-soignante est l’observatrice privilégiée au quotidien : elle signale toute modification cutanée (érythème, désépidermisation), applique le repositionnement programmé toutes les 2 à 3 heures en lit et toutes les heures en fauteuil, et veille à la qualité des soins d’hygiène. La fiche de poste aide-soignante intègre explicitement la surveillance cutanée comme mission prioritaire.
L’IDEC supervise la conformité du processus : elle audite mensuellement un échantillon de dossiers pour vérifier la complétude des évaluations, organise les formations annuelles de l’équipe sur l’outil Braden, et négocie les budgets matériel (matelas thérapeutiques, coussins). L’investissement en prévention (10 à 25 €/résident/jour) représente un retour sur investissement considérable face au coût d’une escarre constituée (jusqu’à 50 000 € selon la HAS).
Le rôle de l’infirmier en EHPAD et la démarche d’évaluation de la qualité des soins placent la prévention des escarres parmi les indicateurs prioritaires de qualité.
Braden et facteur nutritionnel : un lien souvent sous-estimé
La dimension « Nutrition » de l’échelle de Braden (item 5) est souvent le sous-score le plus préoccupant en EHPAD, où la dénutrition touche de 30 à 50 % des résidents. Un score nutritionnel de 1 (alimentation insuffisante) amplifie considérablement le risque global d’escarre : les tissus fragilisés par la carence protéino-énergétique cicatrisent mal et supportent moins bien les pressions.
L’évaluation Braden doit donc être systématiquement croisée avec le bilan nutritionnel (MNA, albumine) et le suivi des apports. L’inscription de la dénutrition comme priorité nationale dans le PNNS 5 renforce l’importance de cette vigilance combinée.
Chiffres clés sur les escarres en EHPAD (2024-2026)
- 9 % des résidents en établissement présentent une escarre (Enquête décennale SFE 2024 — hausse vs 8,1 % en 2014)
- 70 % des escarres sont évitables par une prévention systématique
- 3,35 milliards € : coût annuel des escarres en France (HAS 2024-2025)
- 5 612 € : surcoût moyen d’une hospitalisation liée à une escarre compliquée
- 35-40 % des escarres touchent le sacrum, 25-30 % les talons
- -43 % de réduction de l’incidence avec un protocole Braden structuré sur 12 mois
Ces chiffres sont détaillés dans l’article Escarres en EHPAD 2026 : ce que prépare la HAS et dans le guide complet prévention et soins des escarres.