Escarres en EHPAD 2026 : 1 patient sur 11 souffre désormais d’une escarre en établissement de santé en France, contre 1 sur 12 dix ans plus tôt. La 4e enquête nationale décennale de prévalence menée par la Société française de l’escarre (SFE) confirme une dégradation lente mais réelle, dans un contexte où la dernière recommandation de la Haute Autorité de santé sur le sujet date de 2001-2006. Une refonte est annoncée pour le premier semestre 2026 : voici l’état des lieux à jour, les chiffres clés et les leviers concrets à activer dans chaque service.
Une prévalence en hausse, des recommandations qui datent de 2006
L’enquête de prévalence décennale menée par la SFE en novembre 2024 a impliqué plus de 700 services de santé. Les premiers résultats, présentés en novembre 2025 lors des Journées scientifiques de Colmar, indiquent une prévalence d’environ 9 % en établissement de santé, en légère hausse par rapport à 2014 (8,1 % sur 21 538 patients). En population générale, la HAS estimait dès 2009 entre 70 000 et 112 000 nouveaux cas par an à domicile, avec 130 000 patients suivis simultanément (Assurance maladie, 2013).
Ce constat s’inscrit dans un cadre réglementaire vieillissant : la dernière recommandation de bonne pratique HAS, intitulée « Prévention et traitement des escarres de l’adulte et du sujet âgé », a été validée en 2001 et mise à jour pour la dernière fois en 2006. Une nouvelle version est attendue au premier semestre 2026, en cohérence avec la 4e édition de l’International Pressure Injury Guideline (EPUAP / NPIAP / PPPIA), lancée le 27 février 2025 et déployée chapitre par chapitre.
Les chiffres clés que tout cadre EHPAD doit connaître en 2026
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Prévalence en établissement de santé (2024) | ≈ 9 % | 4e enquête décennale SFE, présentée nov. 2025 |
| Prévalence référence 2014 | 8,1 % sur 21 538 patients | SFE, enquête 2014 |
| Coût annuel France | 3,35 Md€ (≈ 2 % des dépenses de santé) | Étude économique 2011 — citée par les sociétés savantes |
| Surcoût d’hospitalisation | + 5 612 € / patient et + 11,2 jours de DMS | Étude française citée par les organismes professionnels |
| Coûts de ville projetés | 894 M€ en 2030 (+ 29 %) | Cabinet Alcimed |
| Économies si baisse de 5 % | 50 M€ / an | Assurance Maladie, rapport Charges et Produits 2026 |
Les localisations restent majoritaires sur les éminences osseuses : sacrum (35 à 40 % des cas), talons (25 à 30 %), ischions (chez les résidents au fauteuil), trochanters, occiput et malléoles. Cette concentration anatomique guide directement le contenu des protocoles internes et l’équipement (matelas et coussins de positionnement anti-escarres, oreillers de décharge talonnière).
Échelle de Braden : pourquoi elle reste l’outil de référence en EHPAD
Trois échelles d’évaluation cohabitent en France : Braden (la plus utilisée), Norton et Waterlow. La HAS recommande Braden pour la pratique quotidienne en EHPAD : 6 items (perception sensorielle, humidité, activité, mobilité, nutrition, friction et cisaillement), score allant de 6 à 23, seuils précis. L’échelle de Norton reste un outil rapide complémentaire, particulièrement utile en gériatrie aiguë. Voir aussi : échelle de Braden.
- Score ≤ 9 : risque très élevé
- Score 10–12 : risque élevé
- Score 13–14 : risque modéré
- Score 15–18 : risque léger
- Score 19–23 : risque faible (mais non nul)
La règle pratique : Braden à l’admission, puis hebdomadaire, et à chaque événement clinique (post-hospitalisation, perte de poids ≥ 5 %, alitement prolongé, fin de vie). La traçabilité dans le DUI et la photographie datée sont devenues l’attendu standard des inspecteurs ARS et des évaluateurs HAS.
Les quatre stades NPIAP : ce que chaque soignant doit savoir reconnaître
- Stade 1 : peau intacte avec érythème non blanchissant localisé sur une éminence osseuse. La décoloration, la chaleur, l’œdème, l’induration ou la douleur peuvent précéder l’érythème.
- Stade 2 : perte partielle d’épaisseur de la peau (épiderme et/ou derme), avec abrasion, phlyctène séreuse ou ulcération superficielle. Lit de plaie rose-rouge, sans sphacèle.
- Stade 3 : perte complète de l’épaisseur cutanée (voir le protocole infirmier de traitement stade 3-4), tissu sous-cutané visible, sphacèle possible, sans exposition osseuse, tendineuse ou musculaire.
- Stade 4 : perte complète avec exposition d’os, de tendon, de muscle ou de structures de soutien. Risque d’ostéomyélite. Sphacèle ou escarre noire fréquents.
À ces quatre stades s’ajoutent deux catégories utilisées par la 4e édition internationale 2025 : la lésion des tissus profonds (DTI, décoloration violacée sur peau intacte) et l’escarre non classable (perte d’épaisseur masquée par sphacèle ou escarre noire). Le détail clinique de chaque stade est repris dans notre guide complet escarres en EHPAD.
Cinq actions concrètes par profil métier
Aide-soignant : la première ligne de prévention
- Inspection cutanée à chaque toilette et chaque change : sacrum, talons, ischions, trochanters, coudes, occiput.
- Mobilisation et changements de position toutes les 2 heures au lit (3 heures maximum si support adapté), 1 heure au fauteuil. Privilégier le décubitus latéral à 30°.
- Hygiène cutanée : nettoyage doux à pH neutre, séchage par tamponnement. Le massage des zones érythémateuses est proscrit depuis les recommandations HAS, seul l’effleurage léger est autorisé.
- Surveillance de l’alimentation et de l’hydratation : signaler toute perte d’appétit, fractionner les prises, encourager les compléments (lien direct avec la prévention nutritionnelle).
- Transmissions ciblées : décrire toute rougeur persistante au-delà de 30 minutes, photographier si le protocole l’autorise, alerter l’IDE.
Infirmier : évaluation, soins et coordination
- Réaliser le score de Braden à l’admission, hebdomadairement, et à chaque événement clinique.
- Choisir le pansement selon le stade : alginate sur plaie exsudative, hydrocellulaire en bourgeonnement, hydrogel sur nécrose sèche, argent ou charbon en cas de surinfection.
- Tracer la plaie : photo datée, mesure (longueur × largeur × profondeur), évolution.
- Anticiper la prescription des supports selon les classes I à IV de la liste des produits et prestations remboursables (LPPR).
- Coordonner : signaler à l’IDEC dès le stade 2, déclencher une réunion de concertation pluridisciplinaire dès le stade 3 ou en cas de plaie atone à 4 semaines.
IDEC : pilotage et démarche qualité
- Actualiser le protocole escarres de l’établissement à chaque évolution réglementaire (HAS, SFE) et auditer son application chaque trimestre.
- Suivre trois indicateurs clés : taux de Braden réalisés, taux d’escarres acquises en EHPAD, conformité aux changements de position.
- Construire un plan de DPC dédié pour les IDE et les AS, en s’appuyant sur les ressources de la SFE, de la SFFPC et du PERSE.
- Garantir la traçabilité dans le DUI : grille de risque, photos datées, plan de soins individualisé.
- Intégrer les escarres dans le tableau de bord ESMS de l’ANAP, dont les nouvelles règles applicables dès juin 2026 imposent un suivi renforcé des événements indésirables.
Innovations 2026 : ce qui change concrètement
Trois innovations méritent d’être suivies par les directions et les médecins coordonnateurs :
- Téléplaie / dispositif Domoplaies (article 51) : la transition vers le droit commun a démarré début 2026 après l’avis du Comité technique de l’innovation en santé (CTIS). Les évaluations pilotes documentent jusqu’à 162 jours de cicatrisation gagnés et 11 000 € économisés par patient.
- Capteurs de pression connectés : matelas instrumentés, semelles intelligentes. Premiers déploiements en EHPAD au cours de l’année 2026, sous réserve d’études coût-efficacité.
- Imagerie smartphone et IA : applications de stadification et de mesure automatisée. La HAS a annoncé un encadrement spécifique conjoint à la nouvelle recommandation, attendu mi-2026.
Perspectives : ce qui va arriver d’ici juillet 2026
Trois échéances à suivre : la publication officielle des résultats détaillés de l’enquête SFE (par stade, par type d’établissement), la nouvelle recommandation HAS escarres, et l’achèvement du déploiement de la 4e édition internationale 2025. Pour les EHPAD, la fenêtre est idéale pour réviser dès maintenant les protocoles internes : la dégradation observée entre 2014 et 2024 (de 8,1 % à 9 %) malgré les recommandations existantes interroge directement la formation continue, les ratios de personnel et l’accès aux supports techniques.
Questions fréquentes
Faut-il vraiment masser les zones de pression rougies ?
Quand orienter une escarre vers une réunion pluridisciplinaire ?
L’antibiothérapie est-elle systématique sur une escarre infectée ?
Sources officielles
- HAS — Prévention et traitement des escarres de l’adulte et du sujet âgé (recommandation en vigueur)
- Société française de l’escarre — Enquête de prévalence décennale 2024
- EPUAP / NPIAP / PPPIA — International Pressure Injury Guideline (4e édition, 2025)
- Assurance Maladie — Rapport Charges et Produits 2026


