Une soignante à hauteur de regard tient les mains d'une résidente âgée, dans une posture d'écoute empathique
Maladies neurodégénératives & Alzheimer

Méthode de validation en EHPAD : l’introduire dans une équipe

13 min de lecture Aurélie Mortel
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La méthode de validation peut être confondue avec l’étape de validation du projet personnalisé, ou présentée comme une solution qui ferait ses preuves d’elle-même. Voici ce qu’en dit la revue de littérature HAS/Anesm annexée aux recommandations PASA et UHR : son origine, ses principes, la place qu’elle occupe parmi les approches non médicamenteuses des troubles du comportement, et comment un psychologue, un IDEC ou une équipe de soignants peuvent l’introduire sans promettre une efficacité que la source ne démontre pas pour cette méthode en particulier.

Fondamentaux : une méthode décrite par la revue de littérature HAS/Anesm

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La méthode de validation est présentée dans l’analyse de la littérature HAS/Anesm sur l’accompagnement en PASA et UHR, publiée en 2016 en annexe des recommandations de bonnes pratiques relatives au pôle d’activités et de soins adaptés et à l’unité d’hébergement renforcé. Elle a été conçue en 1963 par Naomi Feil, travailleuse sociale américaine.

Elle appartient à la famille des troubles du comportement que la HAS désigne ainsi : des comportements, attitudes ou expressions dérangeants, perturbateurs ou dangereux pour la personne ou pour autrui, qui peuvent être observés au cours de la maladie d’Alzheimer et de la plupart des maladies apparentées. La revue rapporte que « les SCPD sont plus fréquents chez les personnes résidant en institution qu’à domicile » et elle précise que « certains (notamment l’agitation, l’apathie, les comportements moteurs aberrants, l’errance) augmentent proportionnellement à la détérioration cognitive ». C’est dans ce contexte que se situent les techniques de communication mobilisées en unité Alzheimer et maladies neurodégénératives.

Analyse approfondie : principes, techniques et niveau de preuve

La méthode a pour objectif principal de maintenir la communication avec les grands vieillards désorientés afin de les accompagner dans une relation respectueuse de leur identité tout en reconnaissant dans leur comportement, la manifestation de leur besoin d’exister en tant qu’individu et d’être entendus. Elle s’appuie sur plusieurs techniques de communication verbales et non verbales et doit s’inscrire dans un cadre professionnel, autour d’un projet de prise en charge adapté à des personnes très âgées souffrant de la maladie d’Alzheimer ou de démences apparentées.

Selon la source : Il ne s’agit pas tant d’analyser les faits du passé que de construire une relation de confiance. Cette confiance développera un sentiment de sécurité qui permettra de tenter de “rejoindre” le patient et de l’accompagner par le regard, la parole et le geste, dans l’exploration de sa réalité subjective. Deux présupposés structurent cette approche : Cela implique le respect de son intégrité, passe par l’usage des codes sociaux tels que l’emploi du nom, le vouvoiement, la poignée de main, et requiert de traiter la personne atteinte avec égard, en tenant compte de sa réalité subjective, de son rythme, de ses affects parfois « décalés » ; le second présupposé veut que « tout comportement a une fonction, même si nous ne sommes pas en mesure de lui attribuer un sens ».

La Validation© est accessible à toute personne en contact régulier avec des personnes âgées (famille, aides familiales, orthophonistes, médecins, assistants sociaux, éducateurs, infirmières, directeurs de maisons de repos, etc.) désirant améliorer la qualité de ses relations : elle ne s’adresse donc pas uniquement aux professionnels d’EHPAD. Dans son tableau des approches psycho-sociales, la RBPP PASA classe l’entrée « Thérapie par empathie = Validation » — un rapprochement de classification, pas un score d’efficacité comparé aux autres approches du tableau.

De nombreux chercheurs et cliniciens estiment que les interventions thérapeutiques non médicamenteuses devraient être considérées comme les traitements de première intention pour les SCPD – quand ils ne sont pas associés à une dangerosité pour la personne elle-même ou pour autrui, rapporte la revue, qui rattache cette position depuis le consensus établi par l’IPA quant à leurs définitions et traitements, soit depuis une vingtaine d’années. Cette catégorie inclut la Validation, mais la source ne lui consacre pas d’étude d’efficacité isolée : Les auteurs soulignent néanmoins la faiblesse de ces études en termes de validité scientifique. Pour l’HAS, l’efficacité de ces techniques est variable selon le symptôme cible et serait plus importante quand il s’agit d’actions individuelles (et non collectives). Les auteurs mettent en avant le fait que « les effets sont plus importants si plusieurs types d’interventions sont combinés et si les soignants accompagnants sont formés de façon spécifique aux types d’activités » — un argument pour la formation des équipes, pas une preuve d’efficacité propre à la méthode de validation.

Autre repère de terrain, sans lien direct avec la Validation : l’enquête nationale HAS/Anesm sur les UHR l’indique ainsi : La marche, la cuisine thérapeutique et la musicothérapie sont les approches non médicamenteuses jugées les plus efficaces par les équipes — un jugement déclaratif des équipes, pas une mesure clinique. Comparer ces repères avec une autre approche fondée sur la communication et la posture professionnelle, comme l’humanitude et son parcours de formation, aide à situer la Validation parmi des méthodes qui exigent, elles aussi, un investissement en formation continue plutôt qu’une simple consigne orale.

Impact concret par profil métier : psychologue, IDEC, soignants

Pour le psychologue, la RBPP PASA prévoit deux leviers de soutien aux équipes : de séances collectives ou individuelles par un psychologue, qui assure le soutien des équipes en fonction de leurs besoins, et l’organisation de réunions d’analyses de pratiques professionnelles au bénéfice de tous les professionnels intervenant à temps plein ou ponctuellement au PASA. C’est dans ce cadre d’APP qu’une équipe peut reprendre à froid une situation où la méthode de validation a été mobilisée, sans attendre l’incident suivant.

Pour l’IDEC, l’enjeu est d’organiser la formation. La revue de littérature décrit ainsi les objectifs généraux d’un programme de formation à la méthode :

  • « Découvrir le sens profond d’un comportement apparemment démentiel »
  • « Apprendre des techniques spécifiques pour entrer en contact et accompagner la personne très désorientée »

Ce sont des objectifs de formation décrits par la source, pas une recommandation HAS à suivre telle quelle. Cette lecture du comportement rejoint le travail d’évaluation neuropsychologique déjà mené en amont sur le résident, et le type de signes qu’une aide-soignante peut repérer avant même qu’une technique de communication spécifique soit choisie.

Pour les soignants, la RBPP PASA cite une étude dont les résultats donnent une idée de ce qu’une formation ciblée peut produire — une formation généraliste aux troubles du comportement, pas une formation spécifique à la méthode de validation : a démontré une diminution des troubles du comportement de 62 % à la fin des 2 mois de formation. Cette réduction persistait, puisqu’elle était encore effective à 47 %, 3 mois après l’arrêt de la formation. Ce résultat concerne une étude particulière, pas une garantie transposable à tout programme de formation.

Un point de vocabulaire mérite d’être tranché avant toute formation : le mot « validation » désigne aussi une étape du projet personnalisé d’accompagnement (PPA), sans rapport avec la méthode de Naomi Feil. Le guide HAS sur le PPA dans le dossier usager informatisé précise que « La validation est l’expression de l’accord de la personne accompagnée et des professionnels sur les objectifs, les actions et les moyens du PPA pour atteindre les résultats ». Il s’agit d’un accord formalisé au fil du projet personnalisé dans le dossier usager informatisé, à ne pas confondre en réunion d’équipe avec les techniques de communication décrites plus haut. D’ailleurs, comme le rappelle la RBPP PASA en s’appuyant sur les recommandations Anesm, le projet personnalisé est une démarche dynamique, une co-construction issue d’un dialogue régulier où la participation la plus forte de la personne est recherchée — un cadre auquel s’articule, sans s’y substituer, le travail mené autour du projet de vie personnalisé.

Mise en œuvre : formation, calendrier, points de contrôle

Le périmètre change selon l’unité. En UHR : L’ensemble du personnel intervenant dans l’unité est spécifiquement formé à la prise en charge des maladies neuro-dégénératives, notamment à la prise en charge des troubles du comportement perturbateurs liés à la maladie. En PASA, la formation s’articule avec les deux leviers de soutien déjà cités : psychologue et réunions d’APP.

Concrètement, l’introduction de la méthode dans une équipe suit trois temps :

  • une formation initiale, distincte d’une simple présentation orale en réunion, qui reprend les techniques de communication et les deux présupposés décrits plus haut ;
  • une mise en pratique suivie, en réunion d’analyse de pratiques professionnelles, sur des situations réelles rencontrées par l’équipe, avec le soutien du psychologue ;
  • une traçabilité dans le dossier de la personne, en lien avec le projet personnalisé, pour que l’approche choisie soit connue de tous les professionnels intervenant auprès d’elle, y compris de nuit.

Perspectives

La revue de littérature qui sert de socle à cet article ne conclut pas à une efficacité démontrée de la méthode de validation prise isolément : elle la décrit, la situe parmi les approches psycho-sociales, et rappelle que les interventions non médicamenteuses fonctionnent mieux combinées entre elles et adossées à une formation spécifique des soignants. C’est cette logique de combinaison, plutôt que la recherche d’une méthode unique, qui ressort des recommandations PASA et UHR — qu’il s’agisse de la méthode de validation, de la stimulation olfactive ou d’autres approches non médicamenteuses.

Pour un établissement, l’enjeu n’est donc pas de choisir « la meilleure » méthode mais de bâtir un plan de formation cohérent, articulé avec le projet personnalisé de chaque résident, et de s’assurer que les équipes disposent d’un espace régulier — l’analyse de pratiques professionnelles, le soutien du psychologue — pour ajuster leurs pratiques.

Mini-FAQ : la méthode de validation en pratique

La méthode de validation est-elle recommandée par la HAS ?
Non : la source qui la présente est une revue de littérature annexée aux recommandations relatives au PASA et à l’UHR — elle décrit la méthode et rapporte des positions de chercheurs, sans formuler de recommandation qui lui soit propre. Les auteurs soulignent d’ailleurs, à propos des interventions non médicamenteuses en général, la faiblesse de ces études en termes de validité scientifique.
Faut-il confondre la méthode de validation et l’étape de validation du projet personnalisé ?
Non, ce sont deux notions distinctes. La méthode de validation est une approche de communication conçue par Naomi Feil pour les personnes très désorientées. Dans le projet personnalisé d’accompagnement : La validation est l’expression de l’accord de la personne accompagnée et des professionnels sur les objectifs, les actions et les moyens du PPA pour atteindre les résultats — un sens différent, sans lien avec la méthode.
Qui soutient les équipes lors de l’introduction de la méthode ?
Le psychologue de l’établissement, à travers de séances collectives ou individuelles par un psychologue qui assure le soutien des équipes en fonction de leurs besoins, et le collectif lui-même, à travers de réunions d’analyses de pratiques professionnelles au bénéfice de tous les professionnels intervenant à temps plein ou ponctuellement au PASA.

Sources officielles

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