La musicothérapie Alzheimer figure parmi les approches non médicamenteuses évoquées face aux troubles du comportement liés aux maladies neurodégénératives. L’animation musicale portée par l’équipe et la musicothérapie proprement dite, menée par un musicothérapeute, ne sont pas la même pratique. Cet article précise ce qui distingue les deux pratiques, ce que les recommandations HAS/Anesm en disent — avec les limites de preuve qu’elles soulignent elles-mêmes — et leur place dans le cadre réglementaire du PASA et de l’UHR. Il détaille aussi la mise en œuvre concrète pour les équipes : recueil des goûts musicaux et de l’histoire de vie, organisation des séances, rôle de chaque professionnel, traçabilité et évaluation des effets observés.
Musicothérapie et animation musicale : ce que dit le cadre réglementaire
Une définition rapportée par l’Anesm/HAS présente la musicothérapie comme l’utilisation de la musique et des éléments musicaux par un musicothérapeute diplômé pour promouvoir, maintenir, restaurer la santé mentale, physique, émotionnelle et spirituelle. Concernant la maladie d’Alzheimer et les autres maladies neurodégénératives en EHPAD, deux approches sont distinguées : la musicothérapie active qui consiste en l’utilisation d’objets sonores, d’instruments de musique, de la voix, et la musicothérapie réceptive basée sur l’écoute musicale. Selon l’Anesm/HAS : L’intervention en musicothérapie est menée par un musicothérapeute, il existe des formations spécialisées dans des instituts universitaires français. Ce repère de formation compte pour les EHPAD qui cherchent un professionnel qualifié en musicothérapie, au-delà d’une simple animation musicale.
Dans le PASA, la recommandation HAS/Anesm est claire : L’animation musicale est de la compétence des salariés lesquels peuvent faire appel à des professionnels formés et diplômés pour les prise en soin spécialisées telle que la musicothérapie. Le même principe s’applique en UHR : « L’animation musicale est de la compétence du personnel lequel peut faire appel à des professionnels formés et diplômés pour les prises en soins spécialisées telle que la musicothérapie ». Cette distinction structure toute la suite : l’animation musicale relève du quotidien de l’établissement, tandis que la musicothérapie reste une prise en soin spécialisée, distincte, par exemple, de l’art-thérapie ou des ateliers de thérapie de groupe proposés en établissement.
Le PASA lui-même répond à un cadre réglementaire précis, qui ne s’étend pas à l’ensemble de l’établissement. L’article D. 312-155-0-1 du Code de l’action sociale et des familles dispose que « I.-Le pôle d’activités et de soins adaptés, autorisé au sein de l’établissement pour personnes âgées dépendantes ou le cas échéant en dehors de celui-ci, accueille en priorité les résidents de cet établissement ayant des troubles du comportement modérés consécutifs particulièrement d’une maladie neuro-dégénérative associée à un syndrome démentiel, qui altèrent néanmoins la qualité de vie de la personne et des autres résidents. » Le même texte précise que « II.-Le pôle d’activités et de soins adaptés propose durant la journée des activités individuelles ou collectives qui concourent au maintien ou à la réhabilitation des capacités fonctionnelles restantes et des fonctions cognitives, à la mobilisation des fonctions sensorielles ainsi qu’au maintien du lien social des résidents. » Sur le plan de la coordination : Un programme d’activités est élaboré par un ergothérapeute ou un psychomotricien, sous la responsabilité du médecin coordonnateur. La musicothérapie, quand elle est proposée en PASA, s’inscrit dans ce programme piloté par l’établissement, et non comme une activité isolée.
Ce que les recommandations HAS/Anesm en disent, et où s’arrête le niveau de preuve
Dans le PASA, la musicothérapie figure parmi les approches proposables en cas de troubles anxieux. La recommandation HAS/Anesm indique que « lorsque la personne présente des troubles anxieux, des approches thérapeutiques non médicamenteuses peuvent être proposées : massage des mains, musicothérapie ou écoute de musique apaisante, ou encore activités proposées à partir de la biographie de la personne. » Cette place aux côtés d’autres approches non médicamenteuses s’inscrit dans une logique plus large, documentée par les alternatives non médicamenteuses mises en avant par la HAS pour limiter le recours aux psychotropes, et dans la démarche de désamorçage des troubles du comportement chez les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer. Au même titre que la stimulation cognitive ou la stimulation olfactive, la musicothérapie s’inscrit parmi les approches non médicamenteuses à dimension sensorielle évoquées par les recommandations PASA/UHR.
L’enquête nationale menée en UHR va dans le même sens : « La marche, la cuisine thérapeutique et la musicothérapie sont les approches non médicamenteuses jugées les plus efficaces par les équipes. » Le tableau de l’enquête recense, parmi les items cités par les équipes, « Musicothérapie 31% ». Un effet qui n’est toutefois pas uniforme : l’enquête observe que « Dans les structures où le GMP est inférieur, la musicothérapie, la marche, la gymnastique douce et la cuisine seraient davantage à privilégier. » — soit un effet qui varie selon le degré de dépendance des résidents accueillis.
Ce constat de terrain doit néanmoins être lu avec les réserves que les recommandations elles-mêmes formulent. L’enquête nationale UHR rappelle que « les études concernant les interventions thérapeutiques non médicamenteuses n’ont pas porté la preuve de leur efficacité, notamment pour des questions méthodologiques ». Sur la musicothérapie plus spécifiquement, les recommandations de l’IPA soulignent les limites méthodologiques des études menées en musicothérapie — un niveau de preuve à ne pas surinterpréter côté équipes.
Une étude rapportée par l’Anesm/HAS sur les troubles du comportement décrit ainsi son protocole : Quinze patients atteints de maladie d’Alzheimer à un stade précoce (MMS : 18-26) ont été traités durant 16 semaines. L’anxiété y a été mesurée avec l’échelle de Hamilton, la dépression avec l’échelle de Cornell, et la charge ressentie par l’aidant avec l’échelle de Zarit. Les auteurs, rapportés par l’Anesm/HAS, notent que « les personnes ont exprimé un mieux-être après les séances et les scores d’anxiété et de dépression se sont améliorés de façon significative » — un résultat encourageant sur ce petit collectif, mais qui ne vaut pas preuve d’efficacité généralisée, compte tenu des réserves méthodologiques rappelées ci-dessus.
Animateur, psychologue, ASG, IDEC : qui fait quoi autour de la musicothérapie
Animateur et psychologue : recueillir les goûts et l’histoire de vie
Le musicothérapeute, quand il intervient, adapte sa pratique à la personne. Rapporté par l’Anesm/HAS : Le musicothérapeute adopte et adapte une méthode en fonction des troubles et du profil du patient : apathie, agitation, troubles de la communication, troubles du sommeil, etc. En musicothérapie active, cette adaptation part du vécu de la personne : Les orientations de travail se choisissent en fonction des objectifs thérapeutiques et des personnes, notamment de leur goût antérieur pour la musique qu’il faudra toujours avoir bien identifié. En approche réceptive de type réminiscence : Le musicothérapeute peut aussi faire appel au répertoire musical faisant référence à l’histoire et à la culture de la personne.
C’est là que le rôle de l’animateur et du psychologue rejoint celui du musicothérapeute : ce sont souvent eux qui recueillent, avec les proches, les éléments de l’histoire de vie du résident mobilisés ensuite dans les activités, musicales ou non. Dans le PASA, la recommandation HAS/Anesm invite d’ailleurs les équipes à recueillir cette matière biographique : Il est nécessaire de les encourager à raconter l’histoire de vie de la personne, les faits marquants, les faits heureux principalement et tout ce qui donnait du sens à sa vie.
ASG et aide-soignant : repérer les troubles au quotidien
Au quotidien, ce sont souvent l’assistant de soins en gérontologie (ASG) et les aides-soignants qui repèrent en premier les variations de comportement — apathie, agitation, troubles du sommeil — que la musicothérapie, quand elle est engagée, cherche à accompagner. Leur observation de terrain nourrit directement l’évaluation du musicothérapeute et l’ajustement des séances. Le rôle de l’ASG en fait un maillon clé de cette remontée d’information vers l’équipe pluriprofessionnelle.
IDEC : coordination, traçabilité et pilotage
L’IDEC s’assure que la musicothérapie proposée en UHR reste traçable dans le suivi du résident. Rapporté par l’Anesm/HAS, en UHR, le dossier personnalisé numérique constitué à partir des échanges avec les proches recense, pour chaque résident, les musiques qui l’apaisent, le stimulent ou évoquent des souvenirs — base d’une écoute individualisée et traçable que l’IDEC peut mobiliser dans le lien avec le médecin coordonnateur.
Mise en œuvre : de la première séance au suivi
Rapporté par l’Anesm/HAS : La musicothérapie se pratique de façon individuelle ou en groupe. Dans une étude rapportée par l’analyse de la littérature de l’Anesm/HAS sur le PASA et l’UHR, l’approche réceptive s’organise ainsi : L’intervention repose sur une série de séances individuelles pendant lesquelles les personnes écoutent une musique qu’elles ont choisie parmi un ensemble proposé de musiques variées. Cette logique répond à un principe simple, rappelé par l’Anesm/HAS : Cette technique repose sur l’idée selon laquelle il est important de tenir compte du choix musical de la personne. Concrètement, pour une équipe, cela suppose de connaître au préalable les goûts musicaux du résident — recueillis en amont avec l’animateur, le psychologue et les proches, au même titre que pour un accompagnement en salle Snoezelen — avant de proposer une écoute individuelle ou une séance de groupe.
Cette organisation s’inscrit, plus largement, dans le projet d’accompagnement personnalisé de l’ensemble de l’établissement, distinct du cadre spécifique du PASA. L’article D. 312-155-0 du Code de l’action sociale et des familles précise que « I.-Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes mentionnés au I et au II de l’article L. 313-12 : Mettent en place avec la personne accueillie et le cas échéant avec sa personne de confiance un projet d’accompagnement personnalisé adaptés aux besoins comprenant un projet de soins et un projet de vie visant à favoriser l’exercice des droits des personnes accueillies ». Une activité comme la musicothérapie ou l’animation musicale trouve sa place dans ce projet, documentée et actualisée au fil du suivi du résident.
Perspectives : une place à consolider, sans surpromettre
Les équipes d’UHR qui la pratiquent la classent parmi les approches non médicamenteuses jugées les plus efficaces, aux côtés de la marche et de la cuisine thérapeutique. Mais son intérêt varie selon le profil des résidents accueillis, et le niveau de preuve reste limité par les faiblesses méthodologiques que les recommandations elles-mêmes pointent. Pour une équipe d’EHPAD, cela se traduit par une conduite mesurée : distinguer clairement l’animation musicale du quotidien, assurée par les salariés formés, de la musicothérapie proprement dite, réservée à un musicothérapeute diplômé pour les situations qui le justifient ; construire toute intervention à partir du goût musical et de l’histoire de vie de la personne plutôt que d’un choix de musique générique ; tracer les effets observés sans les présenter comme une preuve d’efficacité générale. C’est cette rigueur, plus que la seule multiplication des séances, qui donne à la musicothérapie sa place dans l’accompagnement des troubles du comportement liés à la maladie d’Alzheimer.
Mini-FAQ : musicothérapie et Alzheimer en EHPAD
Qu’est-ce qui distingue la musicothérapie de l’animation musicale en EHPAD ?
La musicothérapie est-elle efficace contre les troubles du comportement liés à Alzheimer ?
Qui recueille les goûts musicaux et l’histoire de vie du résident ?
Sources officielles
- HAS/Anesm — recommandation sur les troubles du comportement dans les maladies neuro-dégénératives
- HAS/Anesm — enquête nationale sur les unités d’hébergement renforcé (UHR)
- Légifrance — Code de l’action sociale et des familles, article relatif au pôle d’activités et de soins adaptés (PASA)
- Légifrance — Code de l’action sociale et des familles, article relatif au projet d’accompagnement personnalisé en EHPAD
- HAS/Anesm — recommandation de bonnes pratiques professionnelles sur le PASA
- HAS/Anesm — recommandation de bonnes pratiques professionnelles sur l’UHR


