La plateforme FNADEPA grand âge s’invite dans le débat présidentiel : la fédération, qui représente notamment des directeurs d’établissements et services pour personnes âgées, publie le 24 septembre 2026 trente-cinq propositions destinées à peser sur les échéances à venir. Le texte part d’un constat de terrain : une partie importante des établissements et services médico-sociaux serait aujourd’hui fragilisée, sur le plan financier comme sur celui des effectifs. Pour les directions d’EHPAD, plusieurs mesures visent directement le quotidien de gestion — ratios d’encadrement, outils tarifaires, financement des salaires. Voici ce que ce document de plaidoyer propose, et ce qu’il resterait à trancher.
Les faits : une plateforme de trente-cinq mesures pour peser sur la présidentielle
La FNADEPA a présenté sa nouvelle plateforme politique dans un communiqué qui précise que la FNADEPA présente sa nouvelle plateforme politique « Grand âge : le temps d’agir ». Selon la fédération, ses 35 mesures, élaborées en lien étroit avec ses 1650 adhérents, doivent lui permettre d’interpeller les candidats et de peser dans le débat public.
Le texte s’appuie sur un diagnostic chiffré. Le document complet de la plateforme rappelle qu’42,7 % des établissements et services médico-sociaux étaient en déficit fin 2025 ; 2/3 souffraient de pénuries de personnel. Il ajoute que le secteur de l’aide et du soin à la personne enregistre 142 % d’arrêts de travail supplémentaires par rapport à la moyenne des autres secteurs. C’est ce constat, financier et humain, qui structure les propositions détaillées dans la synthèse des actions phares.
La fédération organise ses demandes autour de trois priorités : « Garantir à chaque personne âgée le respect de ses choix, de sa dignité et un véritable « chez-soi », quel que soit son lieu de vie », « Assurer l’attractivité, la formation et la reconnaissance des métiers du grand âge » et « S’appuyer sur une gouvernance et un financement durables pour piloter efficacement les politiques du grand âge ». Ce triptyque porte l’ensemble des mesures qui touchent, plus concrètement, à la gestion quotidienne des EHPAD.
Mise en perspective : un diagnostic qui rejoint d’autres alertes du secteur
Lecture de SOS EHPAD : ce constat fait écho à d’autres alertes du secteur que nous avons suivies. Nous avons détaillé le baromètre Fnadepa sur les déficits et la pénurie de personnel. À l’approche de la présidentielle, d’autres fédérations portent également leurs propres demandes : le Synerpa a formulé ses attentes en matière de recrutement, tandis que l’AD-PA alerte de son côté sur les moyens des EHPAD. Lecture de gestion, qui n’engage pas la FNADEPA : ces prises de position convergent sur un même triptyque — effectifs, financement, simplification administrative — même si les leviers et les échéances proposés diffèrent d’une fédération à l’autre. La FNADEPA situe pour sa part son diagnostic dans la durée : « Elles sont le fruit de deux années de travail collectif avec ses 1650 adhérents, ses 40 associations départementales et régionales, et ses instances ».
Le document reste, à ce stade, un plaidoyer : chaque mesure est formulée comme une demande adressée aux candidats, sans calendrier gouvernemental arrêté. C’est sous cet angle qu’il faut lire les impacts concrets détaillés ci-dessous.
Impact concret par profil métier
Lecture de gestion, qui n’engage pas la FNADEPA : sur les trente-cinq mesures de la plateforme, une partie concerne le domicile ou les résidences autonomie et ne change rien, en l’état, au fonctionnement d’un EHPAD. La sélection ci-dessous se limite aux propositions qui toucheraient directement la gestion, les ressources humaines et le financement d’un établissement, classées par profil concerné en priorité.
Pour les directions : gestion budgétaire et pilotage
Sur les outils de gestion, la fédération demande : « Simplifier les EPRD, alléger les CPOM, valider tacitement les coupes Pathos ». La synthèse des actions phares précise ce que cela signifierait pour le calendrier budgétaire : « Simplifier fortement les EPRD, raccourcir le calendrier budgétaire avec des notifications avancées au 31/12 de l’année précédente ». Lecture de gestion, qui n’engage pas la FNADEPA : si elle était suivie, cette demande toucherait directement le rythme de préparation budgétaire et les échanges avec les autorités de tarification — un sujet que SOS EHPAD a déjà détaillé pour les états budgétaires EPRD et ERRD et pour le calendrier de signature des CPOM. Sur le volet RH, la fédération demande aussi : « Simplifier les normes administratives et généraliser les CDD multi-remplacements ». Sur le reporting, elle demande : « Prévoir une enquête annuelle unique de recueil des données, mettre en œuvre l’interopérabilité des systèmes d’informations » — une manière de réduire, sur le papier, le nombre de remontées imposées aux équipes de direction. L’objectif affiché derrière ces demandes de simplification est formulé ainsi : « Redonner au dialogue de gestion toute sa place et recentrer les évaluations ». Sur les référentiels eux-mêmes, elle propose : « Réformer les financements (Pathos, Aggir, SAD) », un chantier que le guide SOS EHPAD sur le Pathos permet de mieux cerner. Lecture de gestion, qui n’engage pas la FNADEPA : prises ensemble, ces demandes dessinent une direction moins mobilisée par le reporting et davantage disponible pour le pilotage de terrain — à condition qu’elles soient reprises telles quelles.
Pour l’encadrement soignant et les équipes : ratios et faisant-fonction
Sur les effectifs, la fédération propose : « Viser à moyen terme 0,8 ETP / résident en Ehpad (contre 0,65 aujourd’hui) » — un objectif de ratio d’encadrement que la fédération situe elle-même par rapport à la situation actuelle. Lecture de gestion, qui n’engage pas la FNADEPA : un tel objectif, s’il était retenu, se traduirait par un renfort des équipes de soin et d’accompagnement. Sur la formation, la fédération demande : « Repenser la formation et la qualification des professionnels, et reconnaître les faisant-fonction » — une reconnaissance qui intéresse, en lecture de terrain, les établissements qui recourent à des faisant-fonction. En amont, sur le recrutement lui-même, la fédération propose : « Augmenter le nombre de professionnels et les fidéliser pour améliorer l’accompagnement des personnes âgées et les conditions de travail ». Lecture de gestion, qui n’engage pas la FNADEPA : ces deux mesures, ratio d’encadrement et fidélisation, se lisent ensemble — l’une sans l’autre laisserait un objectif d’effectif sans les moyens de le tenir dans la durée.
Pour les directions : prévention des risques psychosociaux
La plateforme cible aussi la santé des encadrants eux-mêmes. La FNADEPA propose : « Mettre en œuvre une stratégie de prévention des risques psychosociaux des directions et le renforcement des fonctions intermédiaires ». SOS EHPAD avait déjà documenté l’épuisement des directeurs d’EHPAD relevé par une précédente enquête Fnadepa ; en lecture de SOS EHPAD, la mesure fait écho à ce constat.
Financement : Ségur, fusion des sections, tarif global, ASH
La troisième priorité de la plateforme porte sur la durabilité du financement : la fédération demande : « Repenser le financement de l’accompagnement des personnes âgées » et, plus largement : « Diminuer la charge financière qui pèse sur les ESMS ». Sur les salaires, elle demande : « Garantir le financement intégral du Ségur de la santé et l’étendre aux professionnels des résidences autonomie publiques ». Sur la tarification, elle propose : « Généraliser la fusion des sections soins et dépendance en Ehpad », la synthèse des actions phares situant cette généralisation au 1er janvier 2028 — une échéance de plaidoyer, non un calendrier arrêté. SOS EHPAD a suivi ce chantier à travers la fusion soins-dépendance et son effet sur le budget et le bilan des départements pilotes de la tarification fusionnée. Sur les référentiels et les options tarifaires, la fédération propose : « Réviser les référentiels Aggir et Pathos ; ouvrir un droit d’option au tarif global pour les Ehpad qui le souhaitent », ce qui recoupe une autre demande de la plateforme : « Ouvrir le tarif global à tous les Ehpad qui le souhaitent, pour notamment développer le salariat de médecins traitants ». Côté résidents, elle demande : « Réformer l’aide sociale à l’hébergement (ASH) » et porte : « Pour une prestation universelle d’autonomie ». Lecture de gestion, qui n’engage pas la FNADEPA : ce nom fait écho à l’actuelle allocation personnalisée d’autonomie. Le panorama DREES sur l’APA et l’aide sociale à l’hébergement permet de resituer ces deux dispositifs actuels. Ces demandes de financement sont, comme l’ensemble de la plateforme, des propositions adressées aux candidats.
Perspectives : ce que ces propositions pourraient changer d’ici la présidentielle
Lecture de gestion, qui n’engage pas la FNADEPA : la portée de cette plateforme dépendra de sa reprise, ou non, par les candidats à la présidentielle et de sa traduction dans un futur texte budgétaire ou réglementaire. À ce stade, chaque proposition est une demande adressée aux candidats. Pour les directions d’EHPAD, le point à surveiller est moins l’annonce elle-même que sa déclinaison éventuelle dans les prochaines lois de financement et dans les négociations de CPOM à venir — un terrain déjà mouvant, comme le montre la reprise annoncée des signatures de CPOM. La fédération situe sa démarche dans la durée, portée par la conviction qu’le vieillissement est une chance à saisir pour refonder notre pacte social et renforcer les solidarités.
Lecture de gestion, qui n’engage pas la FNADEPA : pour une direction d’EHPAD, l’intérêt de ce document tient moins à son adoption intégrale — peu probable, tant les demandes de financement sont nombreuses — qu’à sa fonction de grille de lecture. Chaque mesure éclaire un point de friction déjà identifié sur le terrain : le ratio d’encadrement, le calendrier budgétaire, la lourdeur du reporting ou le financement des salaires. Suivre ce qu’il en advient dans le débat présidentiel, plutôt que d’anticiper une application immédiate, reste la lecture la plus prudente à ce stade.


