Le Conseil de l’Europe a rendu public, le 8 septembre 2026, un rapport sur la France dont plusieurs constats portent sur les établissements pour personnes âgées. Le même jour, l’AD-PA (Association des Directeurs au service des Personnes Âgées) publie un communiqué qui reprend ces constats sur les moyens humains et immobiliers des établissements, et les met en regard du Ségur de la santé et de l’objectif gouvernemental de recrutement.
Les faits
Dans son communiqué publié le jour même, l’AD-PA le confirme : L’Association des Directeurs au service des Personnes Âgées (AD-PA), qui avait été auditionnée en juin 2026 par les équipes du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, soutient pleinement les conclusions de son rapport rendu public ce jour.
Selon l’AD-PA, ce rapport rejoint les constats de terrain qu’elle porte depuis longtemps. Ce document confirme ce que les professionnels du secteur dénoncent depuis des années : les établissements en France souffrent d’un manque criant de moyens, de la vétusté des infrastructures et d’une inadaptation face aux défis climatiques et humains.
Le communiqué détaille ces constats. Des ressources humaines et financières largement insuffisantes, entraînant un sous-effectif chronique et un taux élevé de rotation du personnel, avec pour conséquence une dégradation des conditions de travail et de vie pour les résidents et les soignants. La vétusté, l’exiguïté et l’inadaptation des infrastructures, notamment face aux enjeux du changement climatique, qui compromettent la qualité de l’accueil et la sécurité des personnes âgées dépendantes.
Le secteur qu’observent ces deux textes est de taille conséquente : selon la dernière étude de la DREES sur les Ehpad, En 2022, la France compte environ 7 500 établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), offrant près de 615 000 places. La même année, l’ensemble des Ehpad emploient environ 391 400 personnes en équivalent temps plein (ETP).
Mise en perspective
Le sous-effectif chronique que relaie le communiqué n’est pas un phénomène nouveau. Les écarts de tension entre catégories d’établissements sont documentés de longue date, comme le rappellent les disparités observées entre statuts juridiques d’établissement, et ils se prolongent aujourd’hui dans les données plus récentes sur les postes vacants dans le secteur. De notre point de vue de rédaction, c’est cette permanence, davantage qu’un pic conjoncturel, qui donne sa portée au constat relayé par l’association.
Le communiqué de l’AD-PA resitue ces constats par rapport aux efforts déjà engagés. Si l’AD-PA prend acte des efforts engagés depuis le Ségur de la santé (4 milliards d’euros pour les revalorisations salariales et 2 milliards pour les investissements), ces avancées restent insuffisantes au regard des enjeux. Sur le seul volet immobilier, la CNSA détaillait en 2023 la montée en charge du plan d’aide à l’investissement : Le volet médico-social du Ségur de la santé prévoit un plan d’aide à l’investissement de 1,5 milliard d’euros sur 4 ans pour notamment accélérer la modernisation et la rénovation des EHPAD afin d’offrir un vrai « chez soi » aux résidents, une ouverture sur l’extérieur et favoriser leur pleine participation sociale. Dans ce cadre : La CNSA et les agences régionales de santé financeront 170 projets de transformation d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) grâce au plan d’aide à l’investissement 2022. La même année, 265 millions d’euros étaient destinés à la réhabilitation des EHPAD – dont 247,5 millions des régions métropolitaines et 17,5 millions d’euros à destination de la Corse et de l’outre-mer.
La situation n’est pas non plus uniforme selon le type de gestionnaire. Sur la même photographie de 2022, la DREES relève que, dans les Ehpad des grands groupes privés, ils disposent de moins d’espace par résident et affichent des taux d’encadrement légèrement inférieurs (60,2 personnels pour 100 résidents, contre 62,7 pour les autres Ephad).
Impact concret par profil métier
Le communiqué de l’AD-PA porte un diagnostic sectoriel ; il ne détaille pas de plan d’action établissement par établissement. Ce qui suit est une lecture de gestion, qui n’engage pas l’AD-PA, sur ce que ce diagnostic peut signifier au quotidien selon les métiers.
Pour les directeurs d’établissement
Le communiqué situe l’objectif gouvernemental dans un rapport de mesure : L’objectif du gouvernement de recruter 50 000 professionnels supplémentaires d’ici 2030 est une étape nécessaire, mais loin d’être suffisante pour répondre à la crise actuelle. De notre point de vue de rédaction, un directeur peut difficilement agir sur ce cadrage national ; il reste en revanche maître du plan pluriannuel d’investissement de son propre établissement et des arbitrages qu’il y inscrit sur la part de financement encore mobilisable pour la rénovation — un point que le communiqué n’aborde pas.
Pour les IDEC et les équipes de coordination des soins
Le sous-effectif chronique documenté par le communiqué touche directement l’organisation quotidienne des soins. Une lecture de gestion, qui n’engage pas l’AD-PA : un IDEC confronté à des vacances de poste prolongées peut s’appuyer sur les repères déjà publiés sur le turnover et les difficultés de recrutement des équipes soignantes pour prioriser les postes les plus fragiles.
Pour les médecins coordonnateurs
Le communiqué ne détaille aucun chiffre par métier, et le poste de médecin coordonnateur n’y est pas isolé. De notre point de vue de rédaction, c’est pourtant sur ce poste que la vacance prolongée pèse le plus vite sur le projet de soins d’un établissement : le constat général de sous-effectif relayé par l’association s’y lit de façon très concrète.
Pour les aides-soignantes
La rotation du personnel évoquée par le communiqué concerne au premier chef les aides-soignantes. Une lecture de gestion, qui n’engage pas l’AD-PA : les pistes déjà documentées sur la fidélisation des équipes soignantes au-delà de la première année restent une réponse plus directement actionnable à l’échelle d’un établissement qu’un objectif national de recrutement.
Pour les ASH et les équipes d’animation
Le communiqué ne détaille pas de chiffres par métier au-delà de ceux cités plus haut. De notre point de vue de rédaction, la dégradation des conditions de travail qu’il évoque concerne l’ensemble des fonctions support et d’accompagnement au quotidien — un point que le communiqué n’aborde pas explicitement par profession.
Perspectives
L’AD-PA formule trois axes qu’elle dit soutenir dans la suite du rapport : « Améliorer les ratios personnel/résidents pour garantir un accompagnement digne et de qualité » ; « Garantir les ressources nécessaires pour le recrutement, la formation et la rétention des talents » ; et « Moderniser les infrastructures pour les adapter aux défis climatiques et aux besoins des résidents », une orientation qui rejoint les constats déjà documentés sur les fragilités des établissements face aux épisodes de chaleur.
Sur le plan structurel, l’association renouvelle une demande ancienne : Depuis des années, l’AD-PA, aux côtés des autres acteurs du secteur, appelle à une loi de programmation pluriannuelle pour le vieillissement, à l’image de ce qui existe pour d’autres politiques publiques prioritaires. Ce thème prolonge les débats nés autour de l’héritage du rapport sur le grand âge. Pour l’AD-PA, une telle loi devrait notamment « Sécuriser un financement pérenne des établissements et des services dédiés aux personnes âgées » et « Planifier les investissements nécessaires à la rénovation et à l’adaptation des établissements ».
Ce type de dispositif existe déjà dans le droit : la loi portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir prévoit qu’« Avant le 31 décembre 2024, puis tous les cinq ans, une loi de programmation pluriannuelle pour le grand âge détermine la trajectoire des finances publiques en matière d’autonomie des personnes âgées, pour une période minimale de cinq ans ». Elle définit les objectifs de financement public nécessaire pour assurer le bien-vieillir des personnes âgées à domicile et en établissement et le recrutement des professionnels ainsi que les moyens mis en œuvre par l’Etat pour atteindre ces objectifs. L’association ajoute d’ailleurs, à propos de cette loi de programmation : « Cette loi, promise mais jamais concrétisée, est devenue une arlésienne. »
La pression démographique sous-jacente n’est pas anecdotique : en 2030, 20,6 millions de seniors de 60 ans ou plus vivront en France, soit 1,9 million de plus qu’en 2023, dont un accroissement de 1,7 million de seniors de 75 ans et plus. Sur le rapport entre effectifs et résidents, la DREES relève par ailleurs : En moyenne, à un résident correspond 0,7 ETP. Cette moyenne est adossée à un état des lieux daté de 2019 : Les établissements pour personnes âgées emploient 507 900 personnes, dont 448 700 dans les Ehpad, équivalant à 437 400 temps-pleins (391 600 temps-pleins pour les Ehpad). Ces ordres de grandeur situent l’échelle des effectifs concernés. D’autres organisations professionnelles du secteur ont, par ailleurs, chiffré séparément les besoins de recrutement attendus dans les années à venir.
Questions fréquentes
Que retient l’AD-PA des conclusions du Conseil de l’Europe ?
L’objectif de recrutement du gouvernement suffit-il selon l’AD-PA ?
Qu’est-ce qu’une loi de programmation pluriannuelle pour le vieillissement ?
Sources officielles
- AD-PA — communiqué sur les conclusions du Conseil de l’Europe concernant les établissements en France
- DREES — étude sur les établissements et le personnel des Ehpad
- CNSA — actualité sur le plan d’aide à l’investissement Ségur en Ehpad
- Légifrance — loi portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l’autonomie


