La cartographie des risques EHPAD transforme les inquiétudes diffuses d’une équipe de direction en un plan d’action hiérarchisé et suivi dans le temps. Du repérage des processus sensibles à la réévaluation périodique, la démarche articule identification des événements redoutés, cotation et criticité, en dialogue constant avec la démarche qualité EHPAD, l’évaluation HAS et le traitement des événements indésirables graves.
Fondamentaux : cadre réglementaire et état des lieux
Le cadre légal de la démarche qualité en EHPAD s’appuie sur l’article D. 312-200-1 du code de l’action sociale et des familles, qui organise la restitution des résultats d’évaluation aux usagers et au public. Pour chaque structure, les deux derniers résultats des rapports d’évaluation sont accessibles sur le site internet de la Haute Autorité de santé. Au plus tard quatre mois après avoir communiqué les résultats des rapports d’évaluation à la Haute Autorité de santé, les établissements et services mentionnés à l’article L. 312-1 affichent de manière accessible dans leurs locaux la fiche synthétique des résultats de la dernière évaluation. Cette mécanique de restitution replace la cartographie des risques dans une logique de transparence vis-à-vis des résidents et des familles, un enjeu détaillé dans le guide consacré à l’évaluation de la qualité des établissements et services médico-sociaux.
Le manuel d’évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux pose un objectif dédié à cette mécanique : « L’ESSMS définit et déploie sa démarche d’amélioration continue de la qualité et gestion des risques. » Le critère associé précise que « L’ESSMS définit sa politique qualité et gestion des risques. » Le référentiel encadre également le traitement des signaux du quotidien : « L’ESSMS assure le recueil et le traitement des évènements indésirables. », « L’ESSMS organise le recueil et le traitement des évènements indésirables. » et « L’ESSMS communique sur le traitement des évènements indésirables auprès des parties prenantes. » Sur le terrain, « Les professionnels déclarent et analysent en équipe les évènements indésirables et mettent en place des actions correctives. », une chaîne d’analyse que détaille l’article sur le recensement des événements indésirables graves les plus fréquents en EHPAD.
La cartographie s’articule aussi avec la prévention de la maltraitance : « L’ESSMS définit et déploie son plan de prévention des risques de maltraitance et de violence. », l’objectif se déclinant en un critère opérationnel : « L’ESSMS définit, avec les professionnels, un plan de prévention et de gestion des risques de maltraitance et de violence au bénéfice des personnes accompagnées. » Cette articulation entre pilotage de la qualité et gestion des risques repose sur une répartition claire des rôles, précisée dans l’article dédié à l’IDEC et à la démarche qualité HAS en EHPAD.
Analyse approfondie : la logique de la criticité
La méthode décrite par la Haute Autorité de santé dans sa fiche méthodologique sur le choix des événements et situations à risques à traiter part d’un constat opérationnel : « Tous les risques ne peuvent être traités simultanément. Il convient donc d’établir des priorités. » Pour comparer des risques de nature très différente, « La mise en œuvre d’une échelle de gravité unique au sein de l’établissement, toutes activités confondues, est essentielle pour parler un langage commun et prendre des décisions sur la base de règles communes »
Le point de départ est le repérage des processus : au sein d’un établissement de santé, la cartographie des processus favorise l’inventaire des différents processus clés relatifs à un circuit de prise en charge des patients. Un principe transposable au parcours de la personne accompagnée en EHPAD, du repérage à la sortie, comme le développe l’article sur la gestion des risques en EHPAD, de la cartographie au plan d’action.
Chaque processus fait ensuite l’objet d’une analyse a priori des situations redoutées, dont la HAS synthétise le principe : il s’agit de caractériser les événements en termes de gravité et de vraisemblance de survenue sur la base d’échelles de cotation simples, telles que proposées ci-dessous (la criticité étant le produit des deux données), puis d’évaluer les événements redoutés en les positionnant sur la matrice de criticité. Cet outil présente une représentation graphique parlante à tous : « sortir de la zone orange » par une démarche active de réduction du risque, mais la HAS souligne aussi la difficulté d’estimation de la vraisemblance de survenue avant action préventive (données de la littérature, données locales), ce qui invite à documenter chaque cotation, un exercice détaillé dans l’article sur la cotation HAS et la préparation des preuves.
Impact concret par profil métier
Pour le directeur d’EHPAD, cette cartographie n’est pas qu’un exercice documentaire : elle relève de son référentiel de compétences prévention. L’INRS situe ainsi cette responsabilité au cœur du rôle du chef d’établissement, appelé à « Organiser et mettre en œuvre et évaluer la démarche de prévention des risques professionnels de son établissement » et à « Evaluer les risques professionnels », notamment via le document unique d’évaluation des risques professionnels.
Pour l’équipe, la démarche ne prend son sens que collective. La HAS rappelle que « L’amélioration de la qualité et de la sécurité du patient dépend de la capacité d’une équipe à travailler ensemble de façon efficace ». Face à une situation de maltraitance repérée au fil de la cartographie, « La méthode ALARM constitue un outil privilégié pour analyser les causes profondes des situations de maltraitance », tandis que le retour d’expérience complète l’analyse a priori par une lecture a posteriori : Les pratiques de RETEX constituent un processus d’apprentissage, actions de prévention et de gestion des risques, et font partie d’une démarche qualité. Pour être efficaces, elles doivent être travaillées en équipe.
Mise en œuvre : les six étapes de la cartographie
Concrètement, la cartographie des risques se construit et se fait vivre en six temps, de l’identification des dangers jusqu’à leur réévaluation périodique.
Identifier les processus et les événements redoutés
La première étape consiste à établir collectivement, si besoin sur un mode multi professionnel, une liste des événements redoutés pour le périmètre étudié (pas plus d’une dizaine) en utilisant diverses sources. Pour objectiver cette liste, le guide de la Haute Autorité de santé consacré à la bientraitance évoque un second outil : publié par la FORAP et la HAS et réalisé par le Réseau santé qualité (RSQ) en 2012 propose une liste exhaustive des risques potentiels identifiés en établissement, classés premièrement par étapes de prise en charge (de l’accueil à la sortie), une base de travail utile pour ne pas partir d’une page blanche.
Coter la gravité et la vraisemblance de chaque événement
Chaque événement redouté retenu est ensuite noté selon deux axes indépendants, sa gravité potentielle et sa probabilité de survenue, selon le principe de cotation déjà présenté plus haut. Cette double lecture évite qu’un risque rare mais grave soit traité au même niveau qu’un risque fréquent mais mineur.
Calculer la criticité et se positionner sur la matrice
Le produit de la gravité et de la vraisemblance donne la criticité de chaque événement, qui se reporte sur la matrice pour une lecture d’ensemble immédiate, comme détaillé plus haut. C’est cette représentation visuelle qui permet à une équipe de direction de partager un même diagnostic sans expertise technique préalable.
Hiérarchiser les risques et choisir les priorités d’action
Vient alors le choix des priorités : choisir les actions jugées prioritaires (d’abord les criticités élevées situées en zone rouge, puis celles moins élevées situées en zone jaune). Cette hiérarchisation formalisée est ce qui distingue une cartographie exploitable d’un simple inventaire de craintes.
Formaliser et déployer le plan d’action
Chaque risque prioritaire donne lieu à une ou plusieurs actions correctives, rattachées à un pilote et à une échéance, dans la continuité de la politique qualité et gestion des risques évoquée plus haut. C’est ce plan d’action qui transforme la matrice en feuille de route pour l’établissement.
Suivre les actions et réévaluer la démarche
Le suivi dans la durée conditionne l’utilité de la cartographie. La fiche méthodologique de la HAS illustre cette exigence à partir d’un exemple en bloc opératoire : « Fin septembre 2011 : Sur les 39 actions évoquées (identification, évaluation, traitement et suivi des situations à risques), 16 actions étaient finalisées, 11 étaient en cours, 12 restaient à engager. » Au-delà du seul avancement, « Un premier retour d’expérience était effectué notant une implication et une participation active des personnels concernés, un renforcement de la sensibilisation sur les situations à risque, le développement d’une culture de sécurité des soins », signe qu’une cartographie suivie dans la durée irrigue aussi la culture collective de l’établissement.
Perspectives
Cette dynamique de cartographie et de retour d’expérience reste à consolider à l’échelle du secteur. Une enquête conduite par la FORAP en novembre 2022 (mesure de la culture qualité et sécurité réalisé auprès de 365 EHPAD) souligne différents constats tels que : le manque de pluriprofessionnalité dans les démarches de gestion des risques, un axe de progrès qui rejoint les objectifs de recueil et de traitement des événements indésirables portés par le référentiel d’évaluation, et que documente également l’article sur l’inspection ARS en EHPAD, autre point de contrôle externe de la démarche qualité.
Questions fréquentes
Une cartographie des risques remplace-t-elle le document unique d’évaluation des risques professionnels ?
Qui doit être associé à l’élaboration de la cartographie des risques ?
Faut-il refaire toute la cartographie à chaque nouvel événement indésirable ?
Sources officielles
- Légifrance — code de l’action sociale et des familles, article relatif à la publication des résultats d’évaluation
- HAS — fiche méthodologique sur le choix des événements et situations à risques à traiter
- HAS — manuel d’évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux
- HAS — guide sur la bientraitance et la gestion des signaux de maltraitance en établissement
- INRS — document de référence du dispositif de formation à la prévention des risques professionnels dans le secteur sanitaire et médico-social
- HAS — fiche sur la gestion des risques en équipe


