L’évaluation neuropsychologique en EHPAD ne se limite pas à un test administré une fois à l’entrée : elle nourrit le projet personnalisé, doit être réévaluée à un rythme régulier, et ses conclusions circulent entre psychologue, équipe soignante et médecin traitant. Psychologues, médecins coordonnateurs et IDEC se posent les mêmes questions sur le terrain : quels outils utiliser pour repérer les troubles cognitifs, du comportement ou de l’humeur ; à quel moment réévaluer ; comment transmettre sans rien perdre en route. Cet article rassemble ce que les recommandations HAS documentent sur ces trois points, sans généraliser au-delà de ce qu’elles disent.
Des outils d’évaluation validés pour nourrir le projet personnalisé
Le référentiel HAS d’évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux, applicable aux EHPAD, pose un principe simple : les professionnels évaluent les besoins de la personne pour construire son projet d’accompagnement en utilisant des outils d’évaluations validés (référentiel HAS d’évaluation de la qualité des ESSMS). Ce principe vaut pour l’ensemble des dimensions de l’accompagnement, y compris cognitive et psychologique. Le guide HAS du parcours de soins des patients présentant un trouble neurocognitif précise, pour les interventions visant l’autonomie fonctionnelle, qu’elles doivent se baser sur un diagnostic étiologique de qualité, une évaluation des compétences préservées et des capacités d’adaptation du patient et de l’entourage (synthèse HAS du guide parcours de soins Alzheimer). Cette évaluation initiale, réalisée avec l’équipe pluriprofessionnelle, éclaire aussi le travail de l’ergothérapeute, qui s’appuie sur des observations comparables pour ajuster ses propositions.
Repérage cognitif, troubles du comportement, observation par l’équipe : quels outils sont cités
Un point mérite d’être posé avant toute liste d’outils : il n’existe pas de test spécifique pour évaluer la capacité décisionnelle. La HAS est explicite sur ce point : les tests de repérages neurocognitifs (MMSE, MoCA) ne sont pas adaptés pour considérer l’aptitude à consentir ou à prendre une décision (HAS — recueillir le point de vue des personnes âgées atteintes de TNC). Un score de repérage cognitif global ne dispense donc jamais d’un entretien direct avec le résident sur ses choix.
Parmi les ressources complémentaires citées pour l’évaluation des troubles cognitifs figurent CDR, MMSE, grille AGGIR — la grille AGGIR mesurant l’autonomie fonctionnelle plutôt que les fonctions cognitives elles-mêmes. Pour l’observation au quotidien par l’équipe soignante, la HAS cite également l’NOSGER (Nurse’s Observation Scale for Geriatric Patients), un outil renseigné par les professionnels de terrain plutôt que passé directement au résident — dans le même esprit que la grille d’observation utilisée lors de la toilette évaluative.
Pour les troubles du comportement, l’analyse de littérature HAS/Anesm sur les PASA et les UHR est plus tranchée : le NPI (en version ES) est l’outil préconisé pour repérer et évaluer les troubles du comportement (analyse de littérature HAS/Anesm — troubles du comportement en PASA et UHR). Concrètement, le NPI est un inventaire de 12 symptômes parmi les plus fréquents au cours de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées, qui évalue leur fréquence et leur sévérité, ainsi que le retentissement sur l’aidant ou le professionnel. Deux versions existent : une version courte de passation plus rapide : le NPI-Réduit, et une version destinée aux équipes soignantes en établissement : le NPI-ES, ce qui facilite la transmission des observations entre professionnels.
Une étude de la Fondation Médéric Alzheimer, citée dans cette même analyse, recense les méthodes mobilisées pour l’examen psychologique en établissement : entretien, observation, tests de personnalité, évaluation de l’efficience cognitive globale, évaluation des fonctions cognitives, échelles psycho-comportementales, évaluation des aptitudes quotidiennes — un périmètre qui recoupe le travail de l’ergothérapeute sur les aptitudes quotidiennes et celui du psychologue sur le reste. À titre d’exemple documenté, et non de recommandation générale de dépistage systématique, l’analyse cite l’évaluation d’une intervention de zoothérapie combinant le GDS de Yesavage pour mesurer le score de dépressivité et le MMSE de Folstein pour évaluer les scores de mémoire et d’orientation. Ce couple d’outils n’est pas présenté ailleurs dans les sources comme un standard à généraliser à toute évaluation en EHPAD.
Psychologue, neuropsychologue, médecin coordonnateur : des rôles distincts
L’association France Alzheimer, citée dans l’analyse HAS/Anesm, distingue nettement deux métiers souvent confondus sur le terrain : le psychologue clinicien intervient pour soutenir la personne et la famille afin d’éviter la dépression, tandis que le neuropsychologue organise des ateliers pour mobiliser les facultés cognitives. Sur la restitution du travail, la même analyse précise que le psychologue oriente son action autour du résident, de sa famille, et de l’équipe soignante — trois destinataires distincts, à ne pas confondre avec le seul dossier du résident.
Le médecin coordonnateur intervient à un autre niveau. L’article D. 312-158 du Code de l’action sociale et des familles dispose qu’il coordonne la réalisation d’une évaluation gériatrique et, dans ce cadre, peut effectuer des propositions diagnostiques et thérapeutiques, médicamenteuses et non médicamenteuses (Légifrance — article D. 312-158 du Code de l’action sociale et des familles). Il transmet ses conclusions au médecin traitant ou désigné par le patient, et préside la commission de coordination gériatrique chargée d’organiser l’intervention de l’ensemble des professionnels salariés et libéraux au sein de l’établissement. Il veille à l’application des bonnes pratiques gériatriques et contribue à l’évaluation de la qualité des soins — un rôle de vigilance transversale, à mobiliser par exemple lors d’une réévaluation d’ordonnance ou d’une télé-expertise gériatrique sollicitée par l’IDEC.
Dans le cas spécifique d’une entrée en unité d’hébergement renforcé, la recommandation HAS/Anesm relative aux UHR va plus loin : elle prévoit une procédure de pré-admission pour tous les résidents en lien avec le médecin traitant et le médecin coordonnateur (synthèse HAS/Anesm — accueil en UHR). Ce cadre concerne l’UHR ; il ne s’étend pas de plein droit à l’ensemble des résidents d’un EHPAD hors dispositif dédié.
Rythme de réévaluation et circulation des conclusions
Le référentiel HAS d’évaluation de la qualité des ESSMS fixe un plancher : les professionnels assurent la traçabilité et réévaluent le projet d’accompagnement avec la personne, chaque fois que nécessaire, et au moins une fois par an. Ce rythme concerne le projet d’accompagnement dans son ensemble ; les évaluations qui l’alimentent, dont l’évaluation neuropsychologique, suivent la même logique de révision. Le guide HAS sur le recueil du point de vue des personnes âgées atteintes de troubles neurocognitifs le confirme pour la démarche de recueil qui accompagne l’évaluation : elle se situe régulièrement en amont de la construction et/ou révision du projet d’accompagnement personnalisé et autant que nécessaire selon l’évolution de la situation de la personne. Le même référentiel impose que les professionnels repèrent et/ou évaluent régulièrement et tracent les besoins d’accompagnement en santé mentale de la personne, selon des modalités adaptées — un point de vigilance qui couvre le volet thymique de l’évaluation, au-delà du seul repérage cognitif.
Pour l’évaluation gériatrique coordonnée par le médecin coordonnateur, l’article D. 312-158 précise qu’elle est réalisée à l’entrée du résident puis en tant que de besoin — un événement déclencheur (l’entrée) et une clause ouverte (l’évolution de l’état de santé), plutôt qu’un calendrier figé. Dans le cas particulier d’un pôle d’activités et de soins adaptés, la recommandation HAS/Anesm relative aux PASA prévoit qu’un événement précis déclenche la traçabilité : les professionnels sont invités à évaluer les réactions des personnes accueillies selon les activités proposées et à verser le résultat de l’évaluation dans le dossier de la personne (synthèse HAS/Anesm — accueil en PASA). Ce mécanisme est documenté pour le PASA ; il ne préjuge pas des modalités de traçabilité en dehors de ce dispositif.
Sur la transmission elle-même, le référentiel qualité HAS pose une règle générale : les professionnels transmettent toute information nécessaire à la continuité de l’accompagnement de la personne aux professionnels qui prennent le relais et à l’entourage. La recommandation HAS/Anesm sur les UHR formule la même exigence pour la sortie de l’unité : la transmission de toutes les informations nécessaires pour un bon accompagnement du résident par la nouvelle équipe soignante ou par ses proches doit être assurée. Ce principe de transmission rejoint le cadre légal du partage d’informations entre professionnels : le Code de la santé publique prévoit que ils peuvent partager les informations concernant une même personne qui sont strictement nécessaires à la coordination ou à la continuité des soins lorsqu’ils appartiennent à la même équipe de soins (Légifrance — article L. 1110-4 du Code de la santé publique). Ce cadre encadre la communication au sein de l’équipe et avec le médecin traitant, sans autoriser une diffusion plus large des conclusions.
Deux points de vigilance s’ajoutent, rappelés par la HAS pour tout recueil d’informations sur la personne accompagnée : se conformer aux règlementations RGPD sur le traitement des données personnelles et garantir la confidentialité des informations recueillies. Concrètement, cela signifie que les conclusions d’une évaluation neuropsychologique circulent vers les destinataires identifiés par ces textes — équipe de soins, médecin traitant, dossier du résident, projet personnalisé — et pas au-delà.
Perspectives
Ces éléments dessinent un fil : l’évaluation neuropsychologique n’est ni un examen isolé, ni un acte figé dans un calendrier unique. Elle s’articule avec le rythme du projet personnalisé, avec des dispositifs dédiés comme les PASA et les UHR, et avec un cadre de transmission qui protège la confidentialité tout en assurant la continuité de l’accompagnement. D’autres approches complètent ce socle sans le remplacer : la stimulation olfactive ou la communication non verbale avec un résident aphasique relèvent d’une observation fine, comparable dans son esprit à celle que mobilisent les outils cités plus haut. La philosophie de l’humanitude insiste elle aussi sur l’observation continue plutôt que sur la seule passation ponctuelle d’un test. Au niveau national, le pilotage de ces sujets reste un point de vigilance : le plan maladies neuro-dégénératives est resté sans pilote un an après son lancement, ce qui rappelle que la structuration des pratiques d’évaluation en EHPAD continue de reposer largement sur l’initiative des équipes.
Mini-FAQ : évaluation neuropsychologique en EHPAD
Quels outils sont cités par les recommandations pour repérer les troubles cognitifs ou du comportement en EHPAD ?
À quel rythme faut-il réévaluer un résident sur le plan cognitif et comportemental ?
Comment les conclusions de l’évaluation sont-elles transmises sans rompre la confidentialité ?
Sources officielles
- HAS — synthèse du guide parcours de soins des troubles neurocognitifs (maladie d’Alzheimer et maladies apparentées)
- HAS — recueillir le point de vue des personnes âgées atteintes de troubles neurocognitifs en ESSMS
- HAS/Anesm — synthèse des recommandations sur l’accueil en unité d’hébergement renforcé (UHR)
- HAS/Anesm — synthèse des recommandations sur l’accueil en pôle d’activités et de soins adaptés (PASA)
- HAS — référentiel d’évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux
- HAS/Anesm — analyse de la littérature sur les troubles du comportement en PASA et en UHR
- Légifrance — Code de l’action sociale et des familles, missions du médecin coordonnateur
- Légifrance — Code de la santé publique, partage d’informations entre professionnels de santé


