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Humanitude en EHPAD : 30 ans de méthode et le parcours de formation

12 min de lecture Aurélie Mortel
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Mis à jour · juillet 2026

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L’humanitude n’est pas une mode passagère du soin gérontologique : c’est une philosophie professionnelle vieille de plusieurs décennies, aujourd’hui structurée par un label, un référentiel et un réseau de formateurs. Un précédent article du site a détaillé le versant philosophique de l’humanitude et les obstacles concrets de sa mise en œuvre ; celui-ci retrace son histoire datée, ce que les études disent réellement de son efficacité, et le parcours de formation et de labellisation tel qu’il fonctionne aujourd’hui.

Une philosophie de soin qui a mis quinze ans à se construire

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Le mot lui-même précède le soin. Ce concept a été créé et développé en 1980 par Freddy Klopfenstein, écrivain suisse, avant d’entrer dans le champ gérontologique. En 1989, un gériatre français, Lucien Mias, introduit le terme d’humanitude dans les soins. Il faut attendre encore six ans pour qu’une méthodologie se stabilise autour de ce mot : c’est en 1995 que Rosette Marescotti et Yves Gineste définissent une philosophie de soins qu’ils baptisent la « philosophie de l’humanitude », selon une synthèse publiée par l’ANESM/HAS consacrée à l’accompagnement des personnes atteintes d’une maladie neuro-dégénérative.

La méthode part d’une définition précise du soignant, dont la mission est d’aider à l’améliorer, à la maintenir, ou pour accompagner cette personne jusqu’à la mort, sans jamais nuire à sa santé. Cette exigence se traduit par un principe de bientraitance fondamental : le « zéro soin de force », une notion à recouper avec les alternatives présentées dans notre guide complet sur la contention en EHPAD. Un second pilier structure la pratique quotidienne : la station debout est celle qui distingue l’humain, ce qui justifie la place accordée à la verticalisation dans les protocoles de soin, détaillée plus loin dans cet article.

Cette philosophie ne reste pas théorique. Selon Yves Gineste, elle s’appuie sur 150 techniques issues de notre travail de recherche depuis 30 ans, destinées à la mettre en pratique au chevet du résident. Pour diffuser ces techniques et accompagner les établissements, des établissements pilotes dans le déploiement de l’Humanitude se sont regroupés au sein d’Asshumevie : Association Humanitude Évaluations et Milieux de vie, structure qui pilote aujourd’hui la démarche de labellisation présentée dans la suite de cet article.

DateÉtape
1980créé et développé en 1980 par Freddy Klopfenstein, écrivain suisse
1989un gériatre français, Lucien Mias, introduit le terme d’humanitude dans les soins
1995Rosette Marescotti et Yves Gineste définissent une philosophie de soins qu’ils baptisent la « philosophie de l’humanitude »

Ce que mesurent les études, et ce qu’elles ne mesurent pas

Le corpus d’études mobilisé par l’ANESM puis la HAS est celui d’une synthèse publiée en 2016 : les chiffres qui suivent en proviennent et n’ont pas été actualisés depuis dans les sources primaires disponibles pour cet article. Une étude portant sur des résidentes atteintes de la maladie d’Alzheimer a mesuré, avant/après application de la méthode, que 83 % des soins habituellement difficiles sont améliorés de façon importante, voire très importante lorsqu’ils sont effectués selon la Méthodologie. Une seconde étude, conduite sur la base d’un questionnaire comportant 21 items avec échelle numérique soumis à 44 participants (10 IDE, 26 AS, 8 ASH) exerçant en EHPAD, a comparé le sentiment d’efficacité personnelle des soignants avant et après une formation. Sa conclusion : les techniques proposées par la Méthodologie de soin Gineste-Marescotti® sont pour les soignants significativement plus efficaces que leurs méthodes personnelles de gestion de l’agressivité, un résultat qui éclaire la manière dont l’humanitude agit aussi sur le vécu professionnel, au-delà du seul confort du résident face à des troubles du comportement proches de ceux traités dans notre guide sur Alzheimer et les maladies neurodégénératives en EHPAD.

Un rapport mis en ligne par la CNSA en 2024 reprend ce résultat sans nouvelle mesure : Plus de 8 soins complexes sur 10 sont ainsi apaisés avant/après formation-action. Le renvoi de note est explicite : il s’agit d’une Etude menée auprès de 111 personnes malades Alzheimer avant/après formations des professionnels du prendre soin. Etude publiée en 2008 dans un supplément de la Revue de Gériatrie — autrement dit la même enquête que celle citée juste avant, et non une corroboration indépendante et récente. Le même rapport avance un effet médicamenteux notable : une Division par 7 de la consommation de neuroleptiques. Là encore, la portée doit être lue dans la note : la donnée provient d’un Poster CIFGG (Congrès international Francophone de Gériatrie et Gérontologie) 2010 porté par le service de long Séjours d’un unique établissement, et non d’une mesure conduite sur l’ensemble du réseau labellisé. Ces résultats doivent être lus avec leurs limites de méthode et de date : ce sont des données déclaratives, mesurées avant/après, et la donnée la plus récente qui permette de resituer ce corpus dans le tissu français des établissements remonte à 2021, avec 26 établissements et services médico-sociaux publics, privés, associatifs labellisés cette année-là et une centaine engagés vers le label. Aucune source primaire mobilisée ici ne permet d’affirmer combien d’établissements sont labellisés aujourd’hui, en 2026, ni le coût actuel exact d’une démarche de labellisation.

Ce que cela change, concrètement, selon le métier

Pour l’aide-soignante

Concrètement, le référentiel du label demande une verticalisation au minimum 20 minutes par jour pour ne pas être grabataire, un geste qui relève directement de la pratique quotidienne de mobilisation et de toilette, à recouper avec notre guide sur la toilette et les soins d’hygiène en EHPAD. Ce même souci de non-brutalité rejoint les principes détaillés dans notre guide complet sur la bientraitance et la maltraitance en EHPAD, dont l’humanitude est une déclinaison méthodologique parmi d’autres.

Pour l’IDEC

Pour l’IDEC, l’enjeu est d’abord organisationnel : documenter et tracer le sens des pratiques individuelles. Le référentiel exige que 100 % des PAP sont écrits et mis en œuvre pour les habitants présents depuis plus de 6 mois, une exigence de traçabilité qui rejoint les logiques déjà présentées dans notre guide sur le déploiement d’un plan de prévention de la maltraitance. L’IDEC est aussi la cheville ouvrière de la formation continue de l’équipe : il faut former au moins 75% du personnel pour une mise en pratique concrète et durable des outils et techniques transmis au cours des formations, un seuil qui suppose un plan de formation pluriannuel, articulé avec les formations obligatoires en EHPAD.

Pour le directeur

Pour le directeur, la démarche vers le label est un projet d’établissement à part entière, porté par une gouvernance dédiée. Le rapport CNSA décrit le fonctionnement d’un comité de pilotage composé au minimum du directeur ou son représentant, cadre(s), responsables de tous les services, référents, médecin coordonnateur, infirmier, psychologue, professionnels de jour et de nuit. Cette transversalité rejoint les enjeux traités par notre article sur la manière de former les équipes à repérer la maltraitance ordinaire : le pilotage de la bientraitance ne peut pas reposer sur un seul métier ni sur la seule bonne volonté individuelle.

Le parcours de formation et de labellisation

Le label Humanitude s’adresse aux EHPAD, aux services d’aides et de soins à domicile, aux établissements sanitaires et aux établissements pour personnes en situation de handicap qui souhaitent améliorer le bien-être des personnes fragilisées. La formation elle-même est assurée par un réseau dédié : le réseau des Instituts Gineste-Marescotti et leurs 80 formateurs salariés habilités. En 2016, la première étape administrative avait un coût connu : il faut tout d’abord adhérer à l’association Asshumevie et prévoir un coût de 5 000 euros T.T.C. (hors frais de déplacement) ; ce montant n’a pas été confirmé pour 2026 dans les sources mobilisées ici et ne doit donc pas être considéré comme le tarif actuel.

Une fois l’adhésion actée, l’établissement travaille sur un référentiel qui décline les 5 principes de l’Humanitude en plus de 300 critères. Quand l’équipe estime être prête, les équipes conventionnent avec Asshumevie et une visite de labellisation est organisée sur site par les experts de l’association, qui évaluent l’ensemble du référentiel. Le label, une fois obtenu, est délivré pour une durée de 5 ans, mais ce n’est pas un acquis figé : les établissements doivent continuer de se former et de s’auto-évaluer tous les ans, et une visite de suivi est organisée par les experts d’Asshumevie au cours des 5 années que dure le label.

Cette démarche volontaire ne se substitue pas au cadre réglementaire d’évaluation : le référentiel d’évaluation des ESSMS publié par la HAS impose, à son critère 3.1.4 de niveau d’exigence impératif, que les professionnels sont régulièrement sensibilisés et/ou formés à la bientraitance — une obligation dans laquelle les formations de type Humanitude peuvent s’inscrire, sans que le label lui-même soit rendu obligatoire. Parmi les neuf thématiques du référentiel d’évaluation des ESSMS, une thématique s’intitule la bientraitance et l’éthique, comme le rappelle une fiche HAS consacrée à la gestion des signaux de maltraitance.

Perspectives

Le tableau qui se dessine est celui d’une méthode mature, avec trois décennies de recul, un référentiel documenté et un dispositif de formation structuré, mais dont le déploiement à l’échelle nationale reste, dans les données publiques disponibles, daté et partiel. Les établissements qui envisagent la démarche ont intérêt à solliciter directement Asshumevie et le réseau des Instituts Gineste-Marescotti pour obtenir des conditions tarifaires et calendaires actualisées, plutôt que de se fier à des chiffres qui, pour certains, remontent à plus d’une décennie. Le travail de fond, lui, ne dépend pas du tarif de l’adhésion : il tient dans la formation continue de l’équipe, le suivi annuel des critères, et l’articulation avec le cadre d’évaluation HAS, qui restera le socle réglementaire quelle que soit l’évolution du label lui-même.

Questions fréquentes sur l’humanitude en EHPAD

Qui peut engager son établissement dans la démarche vers le Label Humanitude ?
Le dispositif n’est pas réservé aux EHPAD : les établissements sanitaires et aux établissements pour personnes en situation de handicap peuvent aussi entrer dans la démarche, aux côtés des services d’aide et de soins à domicile, dès lors que la structure vise le bien-être de personnes fragilisées.
Combien de temps un établissement labellisé conserve-t-il le Label Humanitude ?
Le label n’est jamais acquis à vie. Une fois obtenu, il reste valable pour une durée de 5 ans, à condition de maintenir l’effort engagé : les équipes doivent continuer à se former et de s’auto-évaluer tous les ans jusqu’au renouvellement.
La formation à la bientraitance de type Humanitude est-elle une obligation légale ?
Non, pas nommément. Ce que le cadre d’évaluation HAS impose, c’est que les professionnels sont régulièrement sensibilisés et/ou formés à la bientraitance, sans imposer le recours à cette méthode plutôt qu’à une autre. Chaque établissement reste libre de choisir son dispositif de formation, à condition de répondre à cette exigence de sensibilisation régulière.

Sources officielles

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