Le circuit du médicament est traversé par deux actualités publiées par l’ANSM : l’une sur la fluoxétine 20 mg, l’autre sur l’Alepsal. Point de situation, dossier par dossier, sur ce que l’agence indique aux prescripteurs et aux patients.
Fluoxétine : ce que dit l’ANSM
L’actualité de l’ANSM consacrée à la fluoxétine, qui porte la mention « PUBLIÉ LE 25/09/2026 », indique : « Les médicaments à base de fluoxétine (Prozac et génériques), gélules et comprimés, sont concernés par des tensions d’approvisionnement en lien avec des difficultés temporaires de production. »
Depuis début septembre, un contingentement quantitatif et une interdiction d’export sont en vigueur. Afin de limiter au maximum l’impact sur la disponibilité du médicament pour les patients, l’ANSM a demandé à tous les laboratoires d’augmenter leurs capacités d’approvisionnement en mettant à disposition l’ensemble de leurs stocks disponibles, y compris leur stock de sécurité.
Les laboratoires concernés nous ont confirmé une remise à disposition des approvisionnements industriels pour fin septembre. Celle-ci se traduira par une normalisation de la disponibilité en pharmacie, prévue pour mi-octobre.
La fiche de disponibilité de la fluoxétine apporte des précisions complémentaires : elle mentionne : « Date de remise à disposition prévue : fin septembre 2026 d’après les données des exploitants. », et rappelle que de manière générale, il faut compter 3 à 4 semaines supplémentaires pour que les médicaments soient accessibles en pharmacie. La fiche résume la situation en deux lignes : « Situation en ville : tension ; » et « Situation à l’hôpital : tension ; ».
La fiche rappelle également : « Afin de sécuriser autant que possible la situation en France et de préserver les stocks disponibles, la vente et l’exportation du médicament par les grossistes répartiteurs vers l’étranger est interdite à compter de la publication de cette fiche d’information sur notre site », en application de la loi de santé publique 2016-41 publiée au Journal Officiel le 27 janvier 2016 et des dispositions des articles L. 5121-30 et L.5124-17-3 du Code la Santé Publique
Sur le plan des indications, La fluoxétine est indiquée dans le traitement des épisodes dépressifs majeurs, des troubles obsessionnels compulsifs et de la boulimie. Elle est également le seul antidépresseur indiqué dans le traitement de certains épisodes dépressifs chez l’enfant à partir de 8 ans. La fiche de disponibilité détaille l’indication retenue chez le plus jeune public : « Enfant âgé de 8 ans et plus et adolescent: Episode dépressif majeur modéré à sévère (c’est-à-dire caractérisé), en cas de non réponse à l’issue de 4 à 6 séances de prise en charge psychothérapeutique. »
L’actualité de l’ANSM situe sa recommandation ainsi : « Dans l’attente d’une normalisation de la situation, prévue mi-octobre au niveau des pharmacies, et afin de permettre la continuité de traitement des patients déjà traités, les initiations doivent être réservées en priorité aux épisodes dépressifs chez les enfants à partir de 8 ans et les adolescents ». La priorité vise ainsi les initiations de traitement ; la continuité des traitements en cours est la finalité que l’actualité associe à cette mesure.
Alepsal : fin de la rupture
L’actualité de l’ANSM consacrée à l’Alepsal, qui porte la mention « Actualisation du 22/09/2026 », indique : « Au niveau national, la disponibilité d’Alepsal s’améliore ». Tous les dosages (15 mg, 50 mg, 100 mg et 150 mg) sont remis à disposition depuis mi-septembre 2026.
L’actualité rappelle la situation antérieure à cette remise à disposition : Alepsal, un médicament antiépileptique, connaît actuellement de fortes tensions d’approvisionnement sur l’ensemble de ses dosages : trois dosages sont en rupture (15 mg, 50 mg et 100 mg) et le dosage 150 mg est en tension.
Pendant cette période de rupture, l’ANSM indiquait : « En concertation avec le Conseil national professionnel (CNP) de neurologie, nous avons identifié des alternatives thérapeutiques disponibles en quantité suffisante, également à base de phénobarbital, mais sans caféine », en citant :
- Gardenal 10 mg, comprimé
- Gardenal 100 mg, comprimé
- Phenobarbital Richard 100 mg, comprimé bisécable.
L’agence expliquait alors : « La caféine permet d’atténuer le risque de somnolence induit par le phénobarbital en début de traitement. », avant de préciser : « Les alternatives sans caféine peuvent donc entraîner un risque accru de somnolence ». Dans ses informations aux médecins, elle recommandait : « Privilégiez un suivi rapproché des patients lors du changement de traitement. »
La fiche de disponibilité de l’Alepsal indique une « Remise à disposition normale depuis mi septembre 2026. » et précise : « Tous les dosages sont remis à disposition ».
Ce que ces situations impliquent pour le circuit du médicament
Les pistes qui suivent, pour une équipe d’EHPAD, relèvent d’une lecture du média sous l’angle de la gestion du circuit du médicament : elles ne reprennent pas une consigne de l’agence.
Une première piste de travail concerne le suivi des stocks : quand un contingentement et un calendrier de remise à disposition sont annoncés, vérifier les quantités disponibles en pharmacie à usage intérieur ou chez le prestataire, et anticiper les renouvellements d’ordonnance, relève du bon sens plutôt que d’une obligation nouvelle. Le sujet rejoint d’autres dossiers déjà suivis sur ce site : la sécurisation du circuit du médicament, une précédente tension signalée par l’agence, ou encore un rappel de lots.
Une seconde piste concerne le changement de traitement, quand une spécialité est remplacée par une alternative le temps d’une rupture — une situation déjà abordée sur ce site à propos d’une autre rupture de stock. Le lien entre somnolence et le risque de chute reste, à ce stade, une mise en regard entre une information médicamenteuse et une thématique gériatrique suivie par ailleurs, et non un rapprochement établi par l’ANSM. Sur le fond thérapeutique, le repérage de la dépression et les alternatives non médicamenteuses aux psychotropes restent des repères utiles pour resituer la fluoxétine dans l’ensemble des traitements psychotropes suivis en établissement.
Impact concret par profil métier
Médecin coordonnateur et prescripteurs
Pour le médecin coordonnateur et les prescripteurs, la lecture de ces deux actualités est d’abord clinique : préserver la continuité des traitements en cours, finalité que l’actualité sur la fluoxétine met en avant, et accompagner tout changement de spécialité, comme lors de la rupture d’Alepsal, pour lequel l’agence recommandait un suivi rapproché. Ce sont des pistes de travail, pas des consignes formulées par l’ANSM à l’intention des EHPAD. Le sujet recoupe plus largement les missions du médecin coordonnateur en matière de pertinence des prescriptions.
IDEC et IDE
Côté soins, la vigilance porte sur l’observation : une somnolence inhabituelle après un changement de traitement, ou un stock qui se resserre à l’approche d’un renouvellement, sont des signaux à faire remonter à l’équipe. Cette observation s’inscrit dans la préparation des médicaments par l’infirmier, dans une lecture qui reste celle du média.
Directeur et pharmacien référent
Pour le directeur et le pharmacien référent, l’enjeu relève de la coordination avec la pharmacie d’officine ou la pharmacie à usage intérieur : anticiper les commandes, suivre le calendrier annoncé et, plus largement, profiter de ces épisodes pour réévaluer les ordonnances concernées. Là encore, il s’agit d’une lecture de gestion, que les textes de l’ANSM ne formulent pas eux-mêmes.
Perspectives
Le calendrier rapporté par l’ANSM pour la fluoxétine donne un repère pour les prochaines semaines : une équipe peut s’y référer pour ajuster ses commandes plutôt que découvrir la tension au moment de la délivrance. Pour l’Alepsal, la remise à disposition de tous les dosages permet, en théorie, d’envisager un retour au traitement initial pour les patients passés sur une alternative — une décision qui reste clinique et individuelle, non un mot d’ordre de l’ANSM. Dans une lecture de gestion, ces deux dossiers plaident pour suivre les pages de disponibilité de l’agence au même titre qu’une alerte de rappel de lots.


