Mis à jour le 30/07/2026 — Les soins des mains et des pieds en EHPAD ne se résument pas à un geste esthétique : ils préviennent les plaies, les chutes et les infections, tout en préservant l’estime de soi du résident. Ce guide précise qui a le droit de couper les ongles, quand orienter vers un pédicure-podologue, et comment organiser un atelier manucure ou massage sans perdre de vue la vigilance clinique.
Pourquoi les mains et les pieds méritent mieux qu’un geste de routine
En EHPAD, la toilette des mains et des pieds passe souvent au second plan derrière des soins jugés plus urgents, alors qu’elle s’inscrit dans le prolongement direct des soins d’hygiène quotidiens qui structurent la journée du résident. C’est une erreur d’appréciation : Soigner les problèmes de pieds permet de réduire les douleurs, ce qui améliore la capacité fonctionnelle et l’équilibre du patient. C’est un enjeu direct pour l’autonomie et la prévention des chutes. Le soin a aussi une dimension moins clinique mais tout aussi réelle, développée plus loin : bien fait, il devient un moment de bien-être et de lien, non une case à cocher. Ce guide tient les deux fils : la rigueur qui protège, et l’attention qui fait du bien.
Qui a le droit de couper les ongles ? Le repère réglementaire
C’est la question que se pose la plupart des équipes : jusqu’où peut aller un aide-soignant ou une infirmière dans la coupe des ongles, et à partir de quand faut-il un pédicure-podologue ? Le Code de la santé publique trace une limite précise. Au titre de L. 4322-1 du Code de la santé publique, les pédicures-podologues ont seuls qualité pour traiter directement les affections épidermiques cornées et les affections unguéales du pied. Cors, callosités, ongles incarnés ou très épaissis relèvent donc de sa seule compétence — le détail, acte par acte, figure dans le tableau ci-dessous.
Dans le cadre de la toilette, la limite est différente. L’aide à la toilette est un acte de la vie quotidienne réalisable par un auxiliaire de vie sans prescription médicale ; avec prescription médicale, elle devient un acte de soins réalisé par l’aide-soignant ou l’infirmier. Un entretien simple d’ongles sains, sans anomalie de la peau ou de l’ongle, s’inscrit dans ce cadre quotidien. Le signal qui doit faire basculer vers le pédicure-podologue est clair : La HAS retient comme critère d’orientation vers le pédicure-podologue le fait que le patient (ou son aidant informé) ne puisse plus assurer lui-même les soins courants du pied, dont la coupe des ongles.
| Situation | Qui intervient | Repère |
|---|---|---|
| Ongles sains, résident autonome ou aidant formé | Aide-soignant ou infirmier, dans le cadre de la toilette | Acte de la vie quotidienne sans prescription médicale ; avec prescription, acte de soins réalisé par l’aide-soignant ou l’infirmier. |
| Résident ou aidant ne peut plus assurer la coupe seul | Orientation vers le pédicure-podologue | Critère HAS d’orientation : le patient, ou son aidant informé, ne peut plus assurer lui-même la coupe des ongles. |
| Cors, callosités, ongles épaissis ou incarnés | Pédicure-podologue exclusivement | Les pédicures-podologues ont seuls qualité pour traiter directement les affections épidermiques cornées et les affections unguéales du pied (CSP, L. 4322-1). |
| Hyperkératoses | Pédicure-podologue | Diagnostic et traitement des hyperkératoses : actes que le pédicure-podologue peut accomplir sans prescription médicale préalable (article R. 4322-1 CSP). |
| Suivi podologique | Pédicure-podologue | La coupe harmonieuse des ongles fait partie des actes recommandés par la HAS pour le pédicure-podologue. |
| Première consultation d’un résident âgé | Pédicure-podologue | Pour tout patient de 60 ans ou plus, bilan diagnostique podologique initial recommandé par la HAS dès la première consultation. |
La surveillance quotidienne : les signes qui doivent alerter
La toilette quotidienne reste le meilleur moment pour repérer un problème avant qu’il ne s’aggrave. Les protocoles de soins d’hygiène corporelle intègrent naturellement cette observation, au même titre que la surveillance cutanée pratiquée pour prévenir les escarres. Deux signes doivent alerter systématiquement : Une douleur nouvelle ou qui s’aggrave au niveau du pied est un signe d’alerte à surveiller chez la personne âgée. Le réflexe est le même pour toute plaie : La HAS recommande que le patient consulte son médecin traitant dès l’apparition d’une plaie du pied, même minime. Ce geste simple évite bien des complications.
La vigilance ne s’arrête pas aux mains et aux pieds du résident : elle passe aussi par les vôtres. En 2019, la HAS a mis l’accent sur l’hygiène des mains comme geste central de la prévention des infections associées aux soins. Les précautions standards en EHPAD comprennent le lavage des mains et l’utilisation de solution hydro-alcoolique. Ce n’est pas un détail administratif : Le référentiel HAS d’évaluation des ESSMS exige des observations confirmant le respect des règles d’hygiène et de gestion du risque infectieux, dont l’hygiène des mains, quelle que soit l’activité. Un soin des mains bien fait commence donc par les vôtres.
Le pied du résident diabétique : gradation du risque et suivi
Le diabète change la donne : une plaie banale peut évoluer silencieusement vers une complication grave. En France, la prévalence des plaies du pied diabétique est estimée à 5,1 %, et le risque d’ulcération au cours de la vie d’un diabétique à 15-25 %. Une fois la plaie survenue, le risque de récidive reste élevé : La récidive des ulcérations du pied diabétique est estimée à 40 % à 1 an, près de 60 % à 3 ans et 65 % à 5 ans. D’où l’intérêt d’un repérage précoce, comme pour le repérage de la fragilité chez la personne âgée.
Le repère est net : Le bilan-diagnostic annuel préventif en pédicurie-podologie est recommandé pour tout patient diabétique de plus de 60 ans dès le grade zéro de risque. Toute aggravation observée pendant la toilette doit être signalée sans attendre : En cas de gradation du risque de plaie chez un patient diabétique, il est recommandé d’en référer au médecin traitant en raison d’une possible neuropathie ou artériopathie.
| Situation | Suivi et prise en charge |
|---|---|
| Risque le plus bas, bilan initial | Suivi annuel assuré par le médecin traitant, un diabétologue, un gériatre, un pédicure-podologue, une IPA, ou un infirmier sous protocole de coopération. Bilan-diagnostic annuel préventif recommandé pour tout diabétique de plus de 60 ans dès le grade zéro. |
| Risque intermédiaire | Forfait annuel de 5 séances de prévention pris en charge par l’Assurance maladie (risque de grade 2). |
| Risque élevé, plaie en cours de cicatrisation | Forfait annuel de 8 séances de prévention pour une plaie du pied diabétique en cours de cicatrisation (grade 3). |
Mycoses et onychomycose : quand s’inquiéter, quand traiter
Un ongle qui s’épaissit, jaunit ou se décolle n’est pas systématiquement préoccupant, mais mérite d’être identifié. Les mycoses sont des infections cutanées, muqueuses ou unguéales dues à des champignons, très peu contagieuses, transmises par contact interhumain direct ou indirect. La vigilance sur le linge et les instruments de soin reste justifiée, sans dramatiser le risque de transmission. Selon la HAS, le traitement d’une onychomycose n’est pas systématique. Chez un résident en bonne santé, une simple surveillance peut suffire. La situation change nettement dans certains profils : Chez les patients artéritiques, diabétiques, transplantés ou greffés de moelle osseuse, l’onychomycose doit être traitée en raison du risque d’infection systémique. Le repère pour l’équipe : Il est recommandé d’adresser au médecin traitant les patients présentant une onychomycose sévère ou associée à un diabète ou à des troubles immunitaires.
Pieds, chaussage et risque de chute
Le choix des chaussures pèse directement sur le risque de chute, un sujet que ce guide sur la prévention des chutes en EHPAD détaille par ailleurs. Un repère simple à transmettre aux familles : Les chaussures sans maintien comme les mules sont une source de déséquilibre et doivent être proscrites pour limiter le risque de chute. Le chaussage recommandé répond à des critères précis : Le chaussage recommandé pour la personne âgée présente une empeigne souple, sans couture ni bride inextensible susceptible de blesser le pied. Bon à savoir pour orienter l’achat : En pratique, les chaussures de série (du commerce) restent les plus utilisées chez la personne âgée, d’où l’importance des conseils de chaussage.
Manucure, massage des mains : le soin comme lien
Au-delà de la prévention, le soin des mains et des pieds est une occasion de lien que peu d’autres gestes offrent aussi naturellement, au même titre que les ateliers et thérapies de groupe ou les temps forts organisés par l’équipe d’animation en EHPAD : La HAS recense le massage et la manucure comme une activité bien-être parmi les approches non médicamenteuses proposées aux résidents. Concrètement, une séance type reste simple à mettre en œuvre : L’animation bien-être décrite par la HAS consiste à appliquer délicatement une crème hydratante sur les mains du résident par mouvements circulaires, dans un cadre apaisant. Le même geste, transposé aux pieds avec la même douceur, s’inscrit dans la même logique — sans se substituer aux soins podologiques dès qu’une affection est en cause.
Ce moment individualisé sert aussi de point d’appui contre l’isolement et la solitude des résidents : L’atelier esthétique et bien-être proposé en établissement vise notamment à préserver l’estime de soi positive du résident. Pour les équipes d’animation comme pour les psychologues, intégrer ce soin dans le projet de vie personnalisé du résident en fait un rendez-vous attendu plutôt qu’un geste isolé : quelques minutes, une musique douce et un fauteuil confortable suffisent.
FAQ — soins des mains et des pieds en EHPAD
Mini-FAQ : Soins des mains et des pieds en EHPAD :
Qui a le droit de faire la manucure d’un résident en EHPAD ?
Un aide-soignant peut-il couper les ongles des pieds d’un résident ?
Qu’est-ce que la beauté des mains en EHPAD et à quoi sert-elle ?
Le massage des pieds fait-il partie des soins proposés en EHPAD ?
À partir de quand faut-il orienter un résident vers un pédicure-podologue ?
Faut-il toujours traiter une onychomycose (mycose de l’ongle) ?
Pourquoi le pied du résident diabétique demande-t-il une vigilance particulière ?
Quelles chaussures éviter pour limiter le risque de chute ?
Sources officielles
- HAS — Le pied de la personne âgée (pédicurie-podologie)
- HAS — Parcours de soins, diabète de type 2
- HAS — Réduire les hospitalisations non programmées en EHPAD
- HAS — Accompagnement en PASA (maladies neuro-dégénératives)
- HAS — Repérage des risques de perte d’autonomie (volet domicile)
- HAS — Indicateurs de qualité et de sécurité des soins (IQSS 2019)
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Pied et diabète, prise en charge podologue
- HAS — Évaluation des ESSMS : référentiel et manuel

