L’Académie nationale de médecine a rendu le 5 mai 2026 un avis sans ambiguïté : la vaccination contre la grippe saisonnière doit devenir obligatoire pour tous les professionnels de santé, y compris ceux exerçant en libéral auprès de publics vulnérables. Dans les EHPAD, où seulement 21 % des soignants étaient vaccinés en 2024-2025, cet avis ouvre un débat majeur et, surtout, engage une réflexion immédiate sur l’organisation interne des équipes.
Un constat alarmant : 4 soignants sur 5 non vaccinés contre la grippe
Selon les données de Santé publique France, la couverture vaccinale antigrippale des professionnels de santé salariés en EHPAD pour la saison 2024-2025 ne dépasse pas 21 % en moyenne. Le détail par métier révèle des disparités importantes : 56,3 % des médecins coordonnateurs sont vaccinés, contre 34,2 % des infirmiers diplômés d’État et seulement 19,3 % des aides-soignants.
À titre de comparaison, la couverture vaccinale des résidents eux-mêmes atteignait 82,7 % la même saison — soit un écart de plus de 60 points entre les personnes protégées et celles qui les accompagnent au quotidien.
L’impact épidémiologique est documenté. Lors de la dernière saison grippale sévère, la grippe a provoqué en France 24 000 hospitalisations, 115 000 passages aux urgences et 12 700 décès. En EHPAD, une létalité médiane de 7,1 % a été observée dans les épisodes grippaux clôturés — une réalité que les équipes soignantes connaissent de terrain, mais qui prend une dimension nouvelle au regard de la responsabilité collective.
L’avis de l’Académie de médecine : une prise de position ferme et motivée
Élaboré par un groupe de travail constitué en décembre 2025 et publié officiellement le 5 mai 2026, l’avis de l’Académie nationale de médecine se structure autour de deux demandes centrales :
- L’obligation vaccinale antigrippale pour tous les personnels de soins, y compris les libéraux et les aidants en contact avec des patients vulnérables ;
- La gratuité de la vaccination pour ces professionnels, financée par l’employeur.
L’argumentation économique est sans équivoque. Le coût annuel de la grippe en France est estimé entre 1 et 2 milliards d’euros, quand le coût de la vaccination de l’ensemble des deux millions de professionnels de santé ne dépasserait pas 20 à 30 millions d’euros. L’Académie souligne que les recommandations de vaccination antigrippale sont insuffisamment suivies par les soignants, malgré une efficacité vaccinale bien démontrée.
Les résistances identifiées sont multiples : manque de formation sur la grippe nosocomiale, défiance envers les institutions, insatisfaction au travail et perception que la grippe n’est pas une maladie grave. L’Académie appelle l’État à développer des stratégies de communication adaptées et à former les professionnels sur leur rôle de vecteurs potentiels de transmission.
Cadre réglementaire : où en est-on réellement ?
L’avis de l’Académie intervient dans un contexte législatif déjà en mouvement. La loi de financement de la Sécurité sociale 2026 (LFSS 2026) prévoit explicitement la possibilité de rendre obligatoire la vaccination antigrippale des soignants — mais cette mesure est conditionnée à une recommandation préalable de la Haute Autorité de Santé, dont l’avis est attendu d’ici au début de l’été 2026.
Parallèlement, le Sénat avait adopté en 2025 une disposition visant l’obligation vaccinale pour les professionnels de santé libéraux exerçant en EHPAD, également sous réserve de cet avis HAS. En pratique, l’obligation légale n’est pas encore en vigueur. Mais la séquence est engagée : Académie de médecine → HAS → décret d’application. Pour les directeurs d’EHPAD, l’anticipation s’impose dès maintenant.
Prévenir les infections nosocomiales : une responsabilité collective
Les EHPAD sont des environnements à risque élevé de transmission virale. Un résident peut contracter la grippe auprès d’un soignant asymptomatique dans les premières 24 heures après l’infection — bien avant que ce soignant n’ait conscience d’être contaminé.
C’est dans cette logique que la prévention des infections associées aux soins (IAS) en EHPAD intègre la vaccination du personnel comme un pilier central, aux côtés des précautions standard (friction hydro-alcoolique, port de masque en période épidémique, aération des locaux). Sur comment sécuriser la vaccination antigrippale en EHPAD, des dispositifs organisationnels concrets sont documentés pour faciliter la mise en place de campagnes internes.
Les tests quadriplex recommandés par la HAS permettent par ailleurs un dépistage rapide grippe-COVID-VRS et améliorent la réactivité des équipes lors des premières heures d’un épisode épidémique.
Ce que cela implique concrètement par métier
Pour le directeur d’EHPAD
En cas d’obligation légale, la responsabilité employeur sera pleinement engagée. Il conviendra d’organiser une campagne vaccinale structurée dès octobre : identification des non-vaccinés, entretien de sensibilisation, recueil des motifs médicaux d’exemption et prise en charge financière du vaccin par l’établissement.
Pour l’IDEC
L’infirmier(e) coordinateur(trice) est en première ligne pour piloter le suivi du statut vaccinal des soignants. Dès maintenant, il est utile de constituer un registre de couverture vaccinale par agent, distinguant grippe, COVID et autres vaccinations recommandées. Ce registre servira de base documentaire en cas de contrôle ARS.
Pour le médecin coordonnateur
Le médecin coordonnateur a un rôle clé de conseil et de prescription. Il peut formaliser un protocole de vaccination au sein du projet de soin, intégrant les modalités d’accès (médecin traitant, pharmacie, infirmier habilité à l’injection). La HAS publie des indicateurs IQSS sur la prévention de la grippe en établissement qui constituent une référence utile.
Pour les IDE et aides-soignants
Si l’obligation est instaurée, les professionnels refusant la vaccination sans motif médical reconnu s’exposeront à des sanctions disciplinaires, comme ce fut le cas lors de l’obligation vaccinale COVID. Une contre-indication médicale documentée reste la seule exemption valide. Il est conseillé d’anticiper cette éventualité en échangeant avec son médecin traitant dès l’été 2026. Lire aussi notre analyse de la campagne grippe 2025-2026 et les mesures renforcées en EHPAD.
Perspectives : quel calendrier probable ?
L’avis HAS est attendu avant l’été 2026. Si cet avis est favorable, un décret d’application pourrait entrer en vigueur pour la campagne vaccinale 2026-2027, débutant en octobre 2026. Le calendrier probable :
- Juin-juillet 2026 : avis HAS et décret d’application ;
- Août-septembre 2026 : information des établissements par les ARS ;
- Octobre 2026 : démarrage de la première campagne vaccinale obligatoire antigrippale.
Sur la prévention globale du risque infectieux en EHPAD, la lutte contre l’antibiorésistance repose sur les mêmes logiques de sensibilisation collective — avec des résultats probants quand elles s’inscrivent dans une culture institutionnelle de la prévention.