En EHPAD, l’entretien de retour après une absence — arrêt maladie, congé maternité, arrêt longue maladie — reste souvent confondu avec l’entretien professionnel obligatoire ou la visite médicale de reprise. Pourtant, ce temps d’échange managérial joue un rôle distinct et complémentaire dans la prévention de la désinsertion professionnelle et la fidélisation des équipes soignantes — un enjeu renforcé par l’arrivée du congé supplémentaire de naissance, qui multiplie les absences à anticiper.
L’absentéisme en EHPAD, un enjeu de gestion RH
Le sujet dépasse la seule dimension médicale : l’absentéisme pèse directement sur la gestion des plannings et sur l’attractivité des postes. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte où le taux de vacance de postes a doublé en 6 ans selon la CNSA, fragilisant un peu plus des organisations déjà tendues.
D’après la Haute Autorité de santé, dans son enquête nationale sur les unités d’hébergement renforcé, le taux d’absentéisme moyen en Ehpad, de 32,5 jours par an, est 1,3 fois plus important que la moyenne dans le secteur de la santé. Une donnée ancienne, à manier avec prudence, mais qui illustre l’ampleur structurelle du phénomène dans le secteur.
Ces tensions se retrouvent, à une échelle circonscrite, dans les unités d’hébergement renforcé (UHR) : selon l’enquête nationale UHR 2016 de l’Anesm, l’absentéisme figure parmi les principaux risques professionnels recensés par les équipes, derrière les actes de violence et les accidents du travail. Ce périmètre UHR ne peut être généralisé à l’ensemble des EHPAD, mais les leviers de prévention qu’il documente restent instructifs : 92% des UHR ayant répondu à cette enquête avaient mis en place des réunions d’échanges, l’action de prévention la plus développée, et 60% proposaient des entretiens avec un psychologue pour les professionnels, une proportion qui montait à 65% dans les EHPAD non hospitaliers. Le niveau de formation du personnel est identifié comme l’un des facteurs pouvant diminuer le stress et le turn-over — un lien direct avec la nécessité d’évaluer l’efficacité de la formation déployée auprès des équipes. Ce constat rejoint les enjeux de reconnaissance et de l’usure professionnelle des soignants en EHPAD, déjà documentés, ainsi que l’importance de réussir les 90 premiers jours des aides-soignantes nouvellement recrutées face au turnover.
Ce qu’est (et n’est pas) l’entretien de retour
Entretien de retour vs entretien professionnel : deux démarches distinctes
L’entretien de retour, parfois appelé entretien de ré-accueil, n’a pas de définition légale propre : c’est une pratique managériale que l’établissement organise à son initiative, dès la reprise du poste, pour faire le point sur l’absence, réexpliquer les évolutions du service et remobiliser le professionnel. Il ne doit pas être confondu avec l’entretien professionnel, rebaptisé entretien de parcours professionnel, qui répond à une obligation légale codifiée : tout salarié restant employé dans la même entreprise bénéficie d’un entretien de parcours professionnel tous les quatre ans, selon l’article L.6315-1 du Code du travail.
Le Code du travail prévoit aussi des occasions ponctuelles de déclenchement : cet entretien de parcours professionnel est proposé systématiquement au salarié qui reprend son activité à l’issue d’un congé de maternité, et il l’est également au retour d’un arrêt longue maladie prévu à l’article L.324-1 du code de la sécurité sociale. Sur le terrain, l’entretien professionnel — désormais nommé entretien de parcours professionnel — reste un moment clé pour identifier les besoins en compétences, rappelle l’OPCO Santé. Mais cet entretien porte sur la formation et l’évolution de carrière, pas sur les conditions concrètes du retour à un poste après une absence : l’entretien de retour vient combler cet angle mort managérial, dans la même logique que la démarche de qualité de vie au travail déployée en EHPAD.
Entretien de retour vs visites médicales de reprise et de pré-reprise
Troisième distinction, tout aussi structurante : les visites médicales relèvent du médecin du travail, pas de l’encadrement. La visite de reprise doit être réalisée par le médecin du travail, notamment après une absence pour maladie professionnelle et une absence d’au moins 30 jours pour accident du travail, maladie ou accident non professionnel, précise la Haute Autorité de santé dans sa recommandation « Santé et maintien en emploi : prévention de la désinsertion professionnelle des travailleurs ». Dès que l’employeur a connaissance de la date de fin de l’arrêt, il saisit le service de santé au travail, qui organise la visite le jour de la reprise effective et au plus tard dans les 8 jours qui suivent, conformément à l’article R.4624-31 du Code du travail. Cet examen vise à vérifier si le poste que doit reprendre le professionnel, ou le poste de reclassement envisagé, est compatible avec son état de santé — une finalité d’aptitude, distincte de l’accompagnement RH que propose l’entretien de retour. Même si la visite de reprise n’est obligatoire qu’après 30 jours d’arrêt, rien n’empêche l’employeur ou le professionnel de solliciter une visite après une absence plus courte.
Pourquoi mettre en place l’entretien de retour : prévenir la désinsertion professionnelle
Comme le souligne l’INRS, la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 destinée à renforcer la santé au travail a fait du maintien dans l’emploi une priorité, deux décrets du 16 mars 2022 en ayant ensuite précisé les modalités. Ce cadre législatif renforce l’intérêt, pour un EHPAD, de structurer un temps d’accueil formel au retour d’absence, en complément — non en substitution — des obligations médicales.
Un des points de friction identifiés par la HAS tient à la coordination : lorsque les travailleurs sont en arrêt de travail, les médecins du travail n’en sont pas systématiquement informés, ou alors de façon tardive. L’entretien de retour conduit par l’encadrement de proximité (IDEC, cadre de santé, direction) peut pallier ce défaut d’information en réintégrant le professionnel dans la boucle managériale dès son retour, y compris lorsqu’aucune visite médicale n’a été déclenchée. La HAS recommande d’ailleurs, en amont, d’informer le travailleur en arrêt de travail de l’intérêt de solliciter une visite de pré-reprise précoce, même si la reprise n’est pas envisagée dans un futur proche, et avec l’accord du professionnel, d’échanger avec l’employeur dès lors qu’un aménagement du poste ou un retour progressif au travail est envisagé. L’entretien de retour est le point de contact managérial naturel pour activer ces échanges en interne.
Cette logique d’anticipation se retrouve dans d’autres recommandations HAS ciblant des dispositifs spécifiques de l’EHPAD : pour les pôles d’activités et de soins adaptés (PASA), les risques psycho-sociaux dont le « burn out » des professionnels qui accompagnent les personnes accueillies sont anticipés et appréhendés par l’organisation. Un conduire un entretien de recadrage de retour structuré, même bref, s’inscrit dans cette même démarche de prévention organisationnelle plutôt que de gestion au coup par coup.
Méthode : comment conduire un entretien de retour bienveillant
Le cadre. L’conduire l’entretien professionnel des soignants de retour se tient dès le premier jour de reprise, dans un lieu discret, hors salle de pause ou couloir. Il dure en général 15 à 30 minutes selon la durée de l’absence : un retour de congés se traite en quelques minutes, un retour d’arrêt longue maladie mérite un temps dédié et planifié à l’avance avec le professionnel. L’IDEC ou le cadre de santé en est l’interlocuteur naturel pour les équipes soignantes ; la direction peut le prendre en charge pour les postes d’encadrement.
La posture. L’entretien de retour n’est ni un contrôle ni un interrogatoire sur les causes de l’absence : c’est un temps d’écoute active et de remise à niveau opérationnelle. Il s’agit d’informer le professionnel des changements survenus pendant son absence (nouveaux résidents, réorganisations de planning, évolutions de protocoles), de recueillir ses besoins éventuels d’aménagement temporaire de poste, et de repérer les signaux qui justifieraient une orientation vers le service de santé au travail ou vers une visite de pré-reprise si elle n’a pas encore eu lieu.
Le contenu. Une trame simple suffit : accueil et reconnaissance du retour, point sur l’actualité du service, vérification de la charge de travail prévue sur les premiers jours, recueil des besoins d’accompagnement, et rappel des interlocuteurs disponibles (médecin du travail, RH, IDEC). Ce temps ne se substitue pas à l’entretien professionnel réglementaire mentionné plus haut, qui reste dû dans ses échéances propres.
Mise en œuvre et pièges à éviter
Pour déployer l’entretien de retour à l’échelle d’un établissement, il est utile de formaliser une trame courte partagée par l’ensemble des cadres, de former les IDEC et cadres de santé à la posture d’écoute attendue, et d’articuler explicitement ce temps avec les autres rendez-vous RH (entretien professionnel, visites médicales) pour éviter toute confusion auprès des équipes. Plusieurs ARS soutiennent des démarches structurées de prévention en la matière : en Corse, l’ARS a lancé un appel à manifestation d’intérêt diagnostic avec l’Aract pour accompagner les établissements sur la qualité de vie au travail — un cadre dans lequel l’entretien de retour trouve naturellement sa place.
Les pièges les plus fréquents : transformer l’entretien de retour en contrôle déguisé des motifs d’absence, ce qui casse la confiance ; le confondre avec l’entretien professionnel et ainsi perdre la trace de l’obligation légale propre ; ou encore l’organiser trop tardivement, plusieurs jours après la reprise, ce qui en annule l’intérêt de remobilisation immédiate. Enfin, un entretien sans aucune traçabilité écrite (même sommaire) prive l’établissement d’un indicateur RH pourtant simple à suivre dans le temps.
Questions fréquentes
L’entretien de retour après absence est-il obligatoire en EHPAD ?
Qui doit conduire l’entretien de retour en EHPAD ?
À quoi sert la visite de pré-reprise, et diffère-t-elle de l’entretien de retour ?
Sources officielles
- Légifrance — article L.6315-1 du Code du travail
- HAS — Santé et maintien en emploi : prévention de la désinsertion professionnelle des travailleurs
- INRS — Les dispositifs pour lutter contre la désinsertion professionnelle
- OPCO Santé — Les entretiens de parcours professionnels
- HAS — enquête nationale UHR (Anesm 2016)


