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Formation & Développement des compétences

IPA en EHPAD : la mission flash pointe le risque de confusion des rôles

10 min de lecture Patrice Martin
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Mis à jour · juillet 2026

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Une mission flash de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a formulé vingt recommandations pour développer la pratique avancée infirmière, dans un compte rendu restitué début juillet 2026. Au fil des échanges, les rapporteurs insistent sur un point sensible pour les EHPAD : l’IPA ne doit pas devenir une source de confusion des rôles avec les autres professionnels de santé, à commencer par les médecins coordonnateurs et les infirmiers coordinateurs.

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Le compte rendu de la commission des affaires sociales dresse un bilan contrasté du déploiement de l’infirmier en pratique avancée (IPA), métier créé par décret du 18 juillet 2018, qui permet à des infirmiers diplômés d’État justifiant d’au moins trois ans d’expérience et titulaires d’un diplôme de niveau master d’assurer un suivi médical renforcé de certains patients. Le constat chiffré est sans appel : l’objectif initial visait 18 000 IPA, mais la France compte aujourd’hui moins de 4 000 diplômés et seulement 712 exerçant en libéral. Plus précisément, au 1er janvier 2026, la France comptait environ 4 000 IPA diplômés et près de 2 000 en formation, avec de fortes disparités territoriales puisque en 2024, Mayotte, la Guadeloupe et la Martinique ne comptaient chacune qu’un seul IPA en exercice.

Sur le plan légal, le diplôme d’État d’IPA et son référentiel de compétences ont été institués par décret en 2018, puis la loi « Rist 2 » du 23 mai 2023 a instauré l’accès direct aux IPA sans passer par un médecin et la possibilité pour eux de prescrire certains traitements. La pratique avancée reste toutefois structurée en cinq mentions — oncologie, néphrologie, urgences, pathologie chronique stabilisée, psychiatrie et santé mentale — largement hospitalo-centrées et médico-centrées, ce qui limite mécaniquement son déploiement en établissement médico-social. Un décret sur l’accès direct des IPA, initialement annoncé pour novembre 2026, se fait toujours attendre au moment de la restitution de la mission flash.

Mise en perspective

C’est sur la question de la délimitation des rôles que le compte rendu est le plus instructif pour les EHPAD. La rapporteure Nicole Dubré-Chirat le formule sans détour : l’évolution du métier d’IPA n’est ni un glissement ni une délégation de tâches, mais une redéfinition de missions plus larges, exercées en complémentarité avec les autres professionnels de santé, précisant que l’objectif n’est pas d’empiéter sur la mission des autres, mais de bien travailler ensemble. Un rappel qui prend un relief particulier dans le contexte de pénurie médicale : une IPA reste une IPA et ne remplace pas un médecin, pas plus qu’une infirmière ne remplace un médecin, la pénurie médicale ne devant pas conduire à une confusion des rôles. Sur les bancs de l’Assemblée, cette prudence est partagée au-delà des clivages : un groupe politique se dit favorable à la reconnaissance, à la formation et à un cadre juridique plus précis, mais s’oppose à un transfert progressif des compétences médicales, les IPA devant constituer un renfort pour le système de soins et non un simple palliatif à l’absence de médecins.

La tension se retrouve aussi du côté des autres spécialités infirmières. La France compte près de 22 000 infirmiers puériculteurs diplômés d’État, une profession directement concernée par l’ouverture de nouvelles voies vers la pratique avancée : la loi du 27 juin 2025 ouvre par dérogation une voie vers la pratique avancée aux infirmiers anesthésistes, de bloc opératoire et puériculteurs, selon des modalités propres à leur spécialité fixées par décret en Conseil d’État. Or cette réingénierie reste à un stade précoce : la réingénierie de la formation et du métier des puériculteurs était attendue depuis longtemps, et les travaux n’ont été engagés que depuis quelques mois. Dans les textes, seule une spécialité est aujourd’hui concrétisée : le décret du 24 décembre 2025 crée un nouveau chapitre dédié aux spécialités infirmières en pratique avancée, mais ne concrétise pour l’instant que la spécialité IADE, et ce décret n’entrera en vigueur qu’après un arrêté d’application, au plus tard le 30 juin 2026. Pour les IBODE et les puériculteurs, le chantier réglementaire reste donc ouvert — une situation qui prolonge un constat déjà documenté sur la lenteur de mobilisation des différents domaines de la pratique avancée.

Le cas spécifique de l’EHPAD

En établissement médico-social, la question de l’articulation des rôles ne se limite pas à l’IPA au sens strict. La loi du 27 juin 2025 crée aussi la possibilité, en EHPAD, d’un infirmier coordonnateur exerçant en collaboration avec le médecin coordonnateur, un poste précisé par décret : le décret du 4 septembre 2025 insère dans le code de l’action sociale et des familles un nouvel article D.312-158-1 créant le statut d’infirmier coordonnateur en EHPAD. Sur le papier, ce professionnel voit son périmètre s’élargir puisque, selon la loi, l’infirmier coordonnateur en EHPAD concourt à l’exercice de plusieurs des missions réglementaires du médecin coordonnateur.

Sur le terrain, certaines ARS présentent déjà le recrutement d’un IPA comme un levier concret face aux difficultés de recrutement de médecins coordonnateurs. L’ARS Centre-Val de Loire présente les choses sans détour : avec des prises en charge de plus en plus complexes et des postes de médecin coordonnateur de plus en plus difficiles à pourvoir, faire appel à un IPA devient un moyen concret de maintenir la qualité et la continuité des soins. Une dérogation permet ainsi de confier à un IPA l’organisation des soins en EHPAD lorsque le médecin coordonnateur est absent ou n’a pas un temps de présence suffisant. Une campagne de recrutement lancée par l’ARS Pays de la Loire précise toutefois que pour être recruté sur ce type de poste en EHPAD, l’IPA doit être diplômé de la mention pathologies chroniques stabilisées, prévention et polypathologies courantes en soins primaires — la seule mention aujourd’hui réellement mobilisable en établissement pour personnes âgées, et qui suppose au préalable trois années minimum d’exercice infirmier en équivalent temps plein.

Impact concret par profil métier

  • Directeurs d’EHPAD : envisager le recrutement d’un IPA « pathologies chroniques stabilisées » comme un levier face à la pénurie de médecins coordonnateurs, en s’appuyant sur les dérogations déjà formalisées par certaines ARS, tout en clarifiant par écrit la répartition des rôles avec le médecin coordonnateur et l’infirmier coordonnateur pour éviter tout flou organisationnel.
  • IDEC : suivre de près la montée en compétences de l’infirmier coordonnateur, dont le périmètre légal s’élargit depuis 2025 vers certaines missions jusqu’ici réservées au médecin coordonnateur — un enjeu de coordination d’équipe pluridisciplinaire à anticiper dans l’organisation des soins.
  • Médecins coordonnateurs : anticiper les évolutions du périmètre de prescription infirmière, qui progresse par étapes réglementaires successives, et clarifier en amont les protocoles de collaboration avec un éventuel IPA.
  • IDE en poste : pour celles et ceux qui envisagent une évolution vers la pratique avancée, la mention « pathologies chroniques stabilisées » reste la seule réellement mobilisable en EHPAD à ce jour, avec un prérequis de trois années d’exercice à temps plein avant l’entrée en formation.

Perspectives

Les vingt recommandations de la mission flash devront désormais trouver une traduction réglementaire, à commencer par le décret sur l’accès direct des IPA toujours en attente. Pour les EHPAD, l’enjeu immédiat reste moins l’issue du débat parlementaire que la clarification opérationnelle des rôles sur le terrain : entre médecin coordonnateur, infirmier coordonnateur et IPA, la superposition de statuts récemment créés ou élargis appelle une définition écrite et partagée des périmètres d’intervention, condition posée par plusieurs ARS pour sécuriser ces recrutements. Ce travail de clarification rejoint plus largement les efforts engagés sur le plan de formation des équipes soignantes en EHPAD, où la montée en compétences de chaque profession doit rester lisible pour l’ensemble de l’équipe.

Sur le volet recrutement, la dynamique reste à confirmer : plusieurs EHPAD ont déjà lancé des appels à candidatures pour des postes d’IPA en 2026, preuve que le terrain avance plus vite que certains textes d’application.

Questions fréquentes

Un IPA peut-il remplacer un médecin coordonnateur en EHPAD ?
Non. Les rapporteurs de la mission flash de l’Assemblée nationale sont explicites : une IPA reste une IPA et ne remplace pas un médecin. Certaines ARS autorisent toutefois, par dérogation, qu’un IPA assure une organisation de soins pour suppléer à l’absence ou à un temps insuffisant de médecin coordonnateur, dans un cadre de collaboration défini.
Quelle mention IPA est mobilisable en EHPAD aujourd’hui ?
La mention « pathologies chroniques stabilisées, prévention et polypathologies courantes en soins primaires » est la mention historiquement mobilisable en établissement médico-social. Les autres mentions (oncologie, néphrologie, urgences, psychiatrie et santé mentale) restent largement hospitalo-centrées.
L’infirmier coordonnateur a-t-il le même statut que l’IPA ?
Non, ce sont deux statuts distincts. L’infirmier coordonnateur en EHPAD, créé par décret en 2025, concourt à l’exercice de certaines missions réglementaires du médecin coordonnateur au sein de l’établissement. L’infirmier en pratique avancée (IPA) est un diplôme de niveau master, créé en 2018, avec des compétences élargies définies par le code de la santé publique.
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