infirmier pratique avancée EHPAD
Formation & Développement des compétences

IPA en EHPAD : huit ans après le décret, un seul domaine sur cinq mobilisable

12 juillet 2026 11 min de lecture Patrice Martin
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L’infirmier en pratique avancée (IPA) en EHPAD reste, huit ans après le décret fondateur de 2018, cantonné à un seul domaine d’intervention direct sur les cinq prévus par la réglementation. Ce chiffre interroge alors qu’un statut voisin, l’infirmier coordonnateur, vient d’être créé au même moment où la prescription infirmière s’élargit et où certains territoires expérimentent déjà des délégations inédites face à la pénurie de médecins coordonnateurs.

Les faits

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Le cadre de l’exercice infirmier en pratique avancée a été posé par le décret n°2018-629 du 18 juillet 2018, entré en vigueur le lendemain de sa publication au Journal officiel. Le texte impose qu’un protocole d’organisation soit établi entre l’infirmier en pratique avancée et le médecin, précisant domaines d’intervention et modalités de prise en charge. Ce décret fondateur liste cinq domaines d’intervention : pathologies chroniques stabilisées ; prévention et polypathologies courantes en soins primaires — le seul directement mobilisable en EHPAD —, oncologie et hémato-oncologie, maladie rénale chronique, dialyse, transplantation rénale, psychiatrie et santé mentale, et urgences, sous condition d’exercice en établissement autorisé médecine d’urgence.

Pour intervenir en établissement pour personnes âgées, l’IPA doit être titulaire du diplôme de la mention « pathologies chroniques stabilisées ; prévention et polypathologies courantes en soins primaires », une formation accessible aux infirmiers justifiant de trois années minimum d’exercice en équivalent temps plein et sanctionnée par un diplôme d’État de niveau master. L’IPA dispose de compétences élargies par rapport à l’infirmier diplômé d’État et participe à la prise en charge globale des patients dont le suivi lui est confié par un médecin — un cadre qui, en EHPAD, borne de fait son autonomie au strict champ gériatrique courant, sans ouverture sur les quatre autres domaines.

Mise en perspective

Le champ de la prescription infirmière a bougé en parallèle. Le décret n°2025-55 du 20 janvier 2025 a ouvert l’accès direct à l’IPA tout en maintenant que, pour les produits soumis à prescription médicale obligatoire, la liste prescriptible est arrêtée par le ministre chargé de la santé après avis de l’Académie nationale de médecine. La loi du 27 juin 2025 a ensuite inscrit dans l’article L.4311-1 du code de la santé publique que l’infirmier prescrit les produits de santé et les examens complémentaires nécessaires à l’exercice de sa profession. Sur ce fondement, le ministère chargé de la santé a saisi la Haute Autorité de Santé d’un projet d’arrêté fixant la liste des produits de santé et des examens complémentaires que les infirmiers diplômés d’État sont autorisés à prescrire ou à renouveler, avis rendu le 11 juin 2026, comme le détaille notre analyse sur ce que l’avis HAS-DGOS du 11 juin change pour vos infirmiers. Le texte intégral de l’avis est consultable sur le site de la Haute Autorité de Santé.

Au même moment se met en place une fonction voisine mais distincte : l’infirmier coordonnateur en EHPAD. La loi du 27 juin 2025 a modifié l’article L.313-12 du code de l’action sociale et des familles pour prévoir que le personnel des établissements peut comprendre un infirmier coordonnateur exerçant en collaboration avec le médecin coordonnateur et en lien avec l’encadrement administratif et soignant de l’établissement. Le décret n°2025-897 du 4 septembre 2025 a ensuite créé l’article D.312-158-1 du CASF, précisant que ce professionnel, titulaire du diplôme d’État d’infirmier, exerce sous la responsabilité et l’autorité administratives du responsable de l’établissement, et sous l’autorité du cadre de santé le cas échéant. Sur le fond, l’infirmier coordonnateur concourt à l’exercice des missions des médecins coordonnateurs mentionnées aux 1°, 2°, 4°, 5° et 8° à 10° de l’article D.312-158 — projet de soins, avis sur les admissions, bonnes pratiques gériatriques, formation du personnel, rapport annuel d’activité médicale. Ce statut ne se confond pas avec celui de l’IPA : il ne relève pas du décret de 2018 et ne confère aucune compétence de prescription. Cette clarification progressive du cadre survient alors que plusieurs établissements ont déjà lancé la vague d’appels à candidatures 2026 pour recruter des IPA, en dépit d’un domaine d’intervention gériatrique encore unique.

Sur le plan de l’attractivité, l’exercice libéral de l’IPA bénéficie d’un cadre de rémunération spécifique, sans équivalent connu pour l’exercice salarié en établissement : un forfait d’initiation du suivi — 1er contact, valorisé à 60 €, un forfait de suivi valorisé à 50 € et facturable une fois par trimestre, et une aide à l’installation de 40 000 € en zone sous-dense, versée à hauteur de 30 000 € dans le mois suivant la signature du contrat puis 10 000 € la deuxième année. Ces incitations, propres au secteur libéral, laissent en suspens la question de l’attractivité salariale du poste en EHPAD, un angle mort qui n’aide pas les directions à construire une politique de recrutement lisible.

Impact concret par profil métier

Pour les infirmiers (IDE) et les IPA

Pour les infirmiers diplômés d’État qui envisagent la pratique avancée, le message est clair : seul le domaine pathologies chroniques stabilisées ; prévention et polypathologies courantes en soins primaires ouvre une porte en EHPAD, les quatre autres domaines restant hors périmètre gériatrique en établissement. Cela n’efface pas le rôle pivot de l’infirmier « classique » au quotidien, tel que le rappelle notre article de référence sur le rôle de l’infirmier en EHPAD, ses missions, ses compétences et son cadre réglementaire — un socle que l’IPA vient compléter, non remplacer, dans le respect du protocole d’organisation établi avec le médecin.

Pour le médecin coordonnateur

Le médecin coordonnateur est directement concerné par la création de l’infirmier coordonnateur, dont les missions recoupent une partie de son propre champ d’intervention. Dans certains territoires, la pénurie de candidats accentue encore l’enjeu : l’ARS Centre-Val de Loire constate que les EHPAD de la région peinent fortement à recruter suffisamment de médecins coordonnateurs pour se conformer aux effectifs prévus par la réglementation. Face à ce constat, l’agence documente une dérogation qui permet à des infirmiers en pratique avancée de reprendre certaines tâches habituellement dévolues aux médecins coordonnateurs, sous couvert d’un médecin coordonnateur moins présent sur site ou intervenant à distance en télémédecine. Une organisation qui, sur le terrain, va au-delà du domaine d’intervention unique du décret de 2018, sans pour autant relever d’un cadre national généralisé — signe que certains territoires expérimentent plus vite que la réglementation ne le formalise. Ce constat local fait écho aux tendances plus larges que détaille notre article sur la démographie médicale et ce que les chiffres DREES changent en EHPAD.

Pour le directeur d’établissement

Pour le directeur, la question dépasse le seul cadre réglementaire de l’IPA : elle touche à l’organisation du soin et à la soutenabilité budgétaire. Les besoins montent en même temps : environ 268 200 résidents étaient touchés par la maladie d’Alzheimer ou des troubles apparentés en 2023, soit 38 % des personnes accueillies selon une étude de la DREES, tandis qu’à l’échelle nationale le nombre d’infirmières en emploi, près de 600 000 en 2021, progresserait de 37 % pour atteindre 821 000 en 2050 selon une autre étude de la DREES. Recruter, former ou libérer du temps infirmier pour un exercice avancé suppose des marges de manœuvre RH et budgétaires que beaucoup d’établissements n’ont plus : notre baromètre Fnadepa 2026 rappelle la fragilité financière du secteur. Côté financement national, le plan porté par la loi de programmation longévité portée par la FHF, pourrait desserrer partiellement cette contrainte, mais son calendrier de déploiement reste à préciser.

Perspectives

Le protocole d’organisation obligatoire entre IPA et médecin, imposé dès 2018, continuera de structurer tout élargissement futur du rôle de l’IPA en EHPAD : c’est ce cadre, et non une extension unilatérale de compétences, qui conditionnera la suite. Sur le plan de la prescription, l’arrêté attendu à la suite de l’avis rendu par la Haute Autorité de Santé le 11 juin 2026 sur saisine du ministère chargé de la santé fixera la liste précise des produits que les infirmiers diplômés d’État pourront prescrire ou renouveler — un texte à surveiller de près par les équipes soignantes et les directions. Sur le plan de la gouvernance médicale, l’articulation entre médecin coordonnateur et infirmier coordonnateur devra encore se roder établissement par établissement, chacun ayant un statut juridique distinct et des missions qui se recoupent partiellement sans se confondre. Les initiatives régionales, à l’image de celle de l’ARS Centre-Val de Loire, pourraient inspirer d’autres agences confrontées aux mêmes tensions de recrutement médical, en attendant qu’un cadre national vienne, le cas échéant, formaliser ces pratiques de terrain.

Questions fréquentes

Un infirmier en pratique avancée peut-il exercer en EHPAD ?
Oui, mais uniquement s’il est diplômé de la mention pathologies chroniques stabilisées ; prévention et polypathologies courantes en soins primaires, le seul des cinq domaines créés par le décret de 2018 directement mobilisable en établissement pour personnes âgées, et sous réserve d’un protocole d’organisation établi avec un médecin.
Quelle différence entre l’infirmier en pratique avancée et l’infirmier coordonnateur en EHPAD ?
Ce sont deux statuts distincts. L’infirmier en pratique avancée relève du décret n°2018-629 du 18 juillet 2018 et dispose de compétences cliniques élargies sur un suivi confié par un médecin. L’infirmier coordonnateur, créé par le décret n°2025-897 du 4 septembre 2025, exerce sous l’autorité administrative du responsable d’établissement et concourt à certaines missions du médecin coordonnateur, sans relever du cadre de la pratique avancée.
Les infirmiers pourront-ils bientôt prescrire davantage de produits en EHPAD ?
C’est l’objet des travaux en cours : la loi du 27 juin 2025 a posé le principe d’une prescription infirmière élargie, et un avis de la Haute Autorité de Santé rendu le 11 juin 2026 sur saisine de la Direction générale de l’offre de soins porte sur le projet d’arrêté fixant la liste précise des produits concernés.
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