Canicule en EHPAD : après une nouvelle vague de chaleur en juin et juillet 2026, la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (FNADEPA) a lancé un appel à un soutien immédiat et durable. Dans un communiqué, la fédération affirme que 91 % des chambres individuelles ne sont pas climatisées et réclame un plan durable de recrutement ainsi qu’un investissement massif dans la rénovation des bâtiments, sans toutefois chiffrer ces besoins en pourcentage d’effectifs. Un constat qui interroge l’écart entre les obligations réglementaires imposées aux EHPAD depuis vingt ans et les moyens humains et matériels réellement disponibles sur le terrain.
Les faits
La FNADEPA a publié un communiqué de presse au ton alarmiste. La fédération y avance un chiffre qui résume à lui seul la vulnérabilité structurelle du secteur : 91 % des chambres individuelles ne sont pas climatisées, comme l’indique le communiqué dans lequel la fédération appelle à un soutien immédiat et durable. Sur cette base, la FNADEPA appelle à engager un plan durable de recrutement et à investir massivement dans la rénovation des bâtiments, sans toutefois avancer de chiffrage en pourcentage d’effectifs supplémentaires : une demande qualitative, pas un objectif quantifié.
Cette alerte survient alors que les résidents en établissement médico-social restent une population à très haut risque en période de forte chaleur. Qu’elles soient hospitalisées ou hébergées en structure médico-sociale, ces personnes âgées restent exposées à des coups de chaleur, des déshydratations et des hyponatrémies aux conséquences potentiellement graves, rappelle la Haute Autorité de Santé (HAS). Un constat que nuance toutefois l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine dans son bilan de l’épisode caniculaire de fin juin 2026 : les personnes âgées vivant à domicile ont été les principales touchées, comme le rappelle le communiqué selon lequel ce sont les personnes âgées encore à domicile qui ont payé le plus lourd tribut. Un rappel qui ne doit pas conduire à sous-estimer la tension qui pèse aussi sur les EHPAD, mieux équipés en protocoles mais toujours sous tension de moyens humains et matériels.
Mise en perspective
Le Plan Bleu, une obligation vieille de vingt ans
Ce n’est pas la première fois qu’un épisode caniculaire met en évidence les limites du dispositif de prévention en EHPAD. Comme le racontait déjà notre article sur les EHPAD mobilisés et les personnes âgées en alerte lors de la canicule de juin 2026, le cadre réglementaire existe pourtant depuis longtemps. Depuis un arrêté du 7 juillet 2005, tous les établissements assurant l’hébergement des personnes âgées sont tenus d’intégrer dans leur projet d’établissement un plan détaillant les modalités d’organisation à mettre en oeuvre en cas de crise sanitaire ou climatique. Ce plan, officiellement intitulé « Plan bleu », doit être conforme à un cahier des charges arrêté par les ministres chargés de la santé et des personnes âgées. Concrètement, il impose la désignation d’un référent, directeur ou médecin coordonnateur, responsable en situation de crise, ainsi que la mise en place d’une convention avec un établissement de santé proche définissant les modalités de coopération et des recommandations de bonnes pratiques préventives en cas de canicule à destination des personnels.
Ce dispositif s’articule avec d’autres outils de repérage territorial, à l’image du registre communal des personnes vulnérables mis à jour par le décret 2026, qui permet aux mairies de recenser les personnes âgées isolées à domicile pendant les épisodes de chaleur.
Ce que recommande la HAS
Au-delà du texte réglementaire, la Haute Autorité de Santé a formalisé des recommandations opérationnelles. Elle demande aux établissements médico-sociaux d’élaborer et mettre à jour les plans blanc et bleu, de définir les rôles de chacun en fonction des risques identifiés et de disposer d’un planning et des coordonnées de référents canicule et des médecins mobilisables si besoin. Notre article sur les seuils, protocoles d’hydratation et l’organisation en EHPAD en 2026 détaille cette architecture. La HAS insiste également sur l’obligation de se tenir informés des alertes sanitaires et déclencher si nécessaire les plans blanc et bleu, en diffusant l’information auprès des professionnels, des personnes et de leurs proches, des représentants des usagers, du conseil de la vie sociale. Ce n’est pas un luxe théorique : dans un événement indésirable grave analysé par l’institution, aucun protocole n’était prévu dans l’établissement pour la prise en charge des patients en cas de canicule, une défaillance directement pointée du doigt.
Sur le fond, la doctrine HAS tient en trois piliers : permettre aux personnes de rester au frais et de s’hydrater, avec une surveillance particulière pour les plus vulnérables et un rôle déterminé pour chaque professionnel. Elle recommande aussi de réévaluer la balance bénéfices/risques des médicaments susceptibles d’altérer l’adaptation de l’organisme à la chaleur, un point qui relève typiquement du binôme IDEC-médecin coordonnateur. Depuis juillet 2025, cette exigence est même devenue un critère d’évaluation à part entière : le manuel d’évaluation de la qualité des ESSMS impose que l’ESSMS soit doté d’un plan de gestion de crise et de continuité de l’activité.
Vigilance météo et protection des soignants
La gradation de la réponse s’appuie sur trois niveaux de vigilance météo, redéfinis par arrêté en 2025. Le niveau jaune correspond à un pic de chaleur : exposition de courte durée (1 ou 2 jours) à une chaleur intense. Le niveau orange décrit une période de chaleur intense et durable pour laquelle les indices bio-météorologiques atteignent ou dépassent les seuils départementaux. Le niveau rouge, enfin, désigne une canicule exceptionnelle par sa durée, son intensité, son extension géographique.
Cette même année, le volet réglementaire s’est aussi étoffé côté droit du travail : le décret n°2025-482 du 27 mai 2025 renforce la protection des salariés, y compris les soignants, dont les directeurs d’EHPAD sont l’employeur direct. Le texte impose que l’employeur évalue les risques liés à l’exposition des travailleurs à des épisodes de chaleur intense, en intérieur ou en extérieur et que l’employeur mette à disposition des travailleurs de l’eau potable et fraîche pour leur permettre de se désaltérer et de se rafraîchir. Notre article sur les obligations envers les soignants que les directeurs oublient parfois en période de canicule revient en détail sur ce nouveau cadre. En cas de malaise, la consigne reste inchangée : appelez le 15.
Impact concret par profil métier
Pour les directeurs d’établissement
Le directeur porte la responsabilité juridique du dispositif. En tant qu’employeur, il doit d’abord évaluer les risques liés à l’exposition des travailleurs à des épisodes de chaleur intense, formaliser cette évaluation, et s’assurer que de l’eau potable et fraîche est disponible pour l’ensemble des équipes, y compris celles amenées à intervenir en extérieur. Sur le volet bâtimentaire, le chiffre de 91 % de chambres individuelles non climatisées avancé par la FNADEPA invite à documenter précisément l’état du parc immobilier avant de solliciter les financements disponibles. Enfin, le directeur reste, avec le médecin coordonnateur, le référent responsable en situation de crise désigné par le Plan Bleu.
Pour les aides-soignantes
Sur le terrain, les aides-soignantes sont en première ligne de la surveillance particulière des résidents les plus vulnérables et de leur maintien au frais et à l’hydratation. Elles bénéficient elles-mêmes de la protection renforcée du décret n°2025-482 du 27 mai 2025 : accès garanti à de l’eau fraîche, aménagement des tâches les plus exposées à la chaleur. En cas de signe de malaise chez un résident ou une collègue, le réflexe reste identique à celui recommandé au grand public : appeler le 15.
Pour les IDEC (infirmiers coordinateurs)
L’IDEC pilote au quotidien la mécanique du Plan Bleu : tenir à jour le planning et les coordonnées des référents canicule et des médecins mobilisables, s’assurer que les alertes sanitaires sont suivies et que l’information circule vers les professionnels, les résidents, leurs proches et le conseil de la vie sociale. C’est également lui qui coordonne, avec le médecin coordonnateur, la réévaluation de la balance bénéfices/risques des traitements médicamenteux susceptibles d’altérer l’adaptation à la chaleur, un geste clinique devenu un point de contrôle qualité à part entière depuis que le manuel d’évaluation HAS des ESSMS exige un plan de gestion de crise et de continuité de l’activité.
Perspectives
Face à la pression persistante sur les capacités d’accueil, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) a activé plusieurs leviers ces derniers mois. Elle a d’abord débloqué des moyens financiers : 49 M€, des crédits ponctuels non renouvelables d’une année sur l’autre, pour appuyer la transition écologique des EHPAD, une enveloppe qui doit notamment faciliter les travaux de rénovation thermique évoqués par la FNADEPA. Notre article sur la climatisation en EHPAD, ses obligations et ses financements après la canicule 2026 détaille les pistes disponibles pour les directeurs.
Début juillet 2026, la CNSA a aussi actionné le levier humain en s’associant à une plateforme citoyenne : la CNSA s’associe à la plateforme publique du bénévolat JeVeuxAider.gouv.fr pour encourager la mobilisation citoyenne auprès des personnes âgées vulnérables. Une mobilisation qui complète, sans s’y substituer, les bénévoles mobilisés par la CNSA alors que le plan blanc est activé dans plusieurs territoires. Reste la question de fond posée par la FNADEPA : sans plan durable de recrutement et investissement massif dans la rénovation des bâtiments, ces dispositifs d’urgence risquent de rester des rustines sur une fracture structurelle plus ancienne que la canicule elle-même.
