La démographie médicale française reprend des couleurs : selon la DREES, la France comptait 242 200 médecins sont en activité en France au 1er janvier 2026, soit 5 000 de plus qu’un an auparavant. Un signal national positif — mais qui n’efface pas les tensions de recrutement que connaissent au quotidien les EHPAD, notamment sur le poste de médecin coordonnateur.
Les faits : ce que dit la DREES
Début juillet 2026, trois communiqués de la DREES dressent un panorama chiffré détaillé des effectifs par profession de santé en France. Sur le seul segment médical, 101 000 médecins sont généralistes et 141 200 médecins exercent d’autres spécialités. La dynamique est différenciée : l’effectif des premiers progresse de nouveau de + 1,0 % en un an et celui des seconds poursuit une progression marquée (+ 2,9 % entre les 1er janvier 2025 et 2026). Autre évolution structurelle de la profession : la moitié des médecins sont aujourd’hui des femmes.
Le mouvement dépasse la seule médecine. Selon le second communiqué « Les effectifs des professionnels de santé », on dénombre 111 400 kinésithérapeutes en activité en France, un nombre qui progresse de 3,1 % par an en moyenne depuis 2017. Côté pharmacie, 75 300 professionnels en activité portent la profession à son plus haut niveau depuis 2012, et plus des deux tiers des pharmaciens en activité sont des femmes et deux tiers sont salariés. Les chirurgiens-dentistes suivent une trajectoire comparable : 48 700 chirurgiens-dentistes en activité, un âge moyen de 43,9 ans, + 2,2 % en un an et 51 % de femmes.
Les professions à dominante féminine confirment leur essor : 26 400 sages-femmes sont en activité, une profession où la profession demeure essentiellement féminine (97 %), avec une progression de + 2,6 % en un an ; + 35,2 % par rapport au 1er janvier 2012 — même si 53 % exercent en tant que salariées à l’hôpital, un mode d’exercice qui limite mécaniquement leur présence en établissement médico-social. Du côté du soin de proximité, 14 600 pédicures-podologues sont en activité, dont 97 % exercent en libéral — une profession quasiment absente des organigrammes d’EHPAD. Enfin, pour les infirmiers, 508 800 infirmières sont salariées au 31 décembre 2023 (+1,6 % en un an), et 98 900 infirmières ont exercé une activité libérale au cours de l’année 2023 — un vivier dont la croissance nationale intéresse directement le recrutement en EHPAD, en particulier pour les postes d’IDE et d’IDEC.
Chiffres clés de la démographie médicale 2026
| Profession | Effectif début 2026 | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Médecins (total) | 242 200 | 5 000 médecins supplémentaires |
| Médecins généralistes | 101 000 | + 1,0 % en un an |
| Autres spécialités médicales | 141 200 | + 2,9 % entre les 1er janvier 2025 et 2026 |
| Kinésithérapeutes | 111 400 | progresse de 3,1 % par an en moyenne depuis 2017 |
| Pharmaciens | 75 300 | son plus haut niveau depuis 2012 |
| Chirurgiens-dentistes | 48 700 | + 2,2 % en un an |
| Sages-femmes | 26 400 | + 2,6 % en un an ; + 35,2 % par rapport au 1er janvier 2012 |
| Infirmières salariées (31/12/2023) | 508 800 | +1,6 % en un an |
Mise en perspective : une croissance nationale qui ne dit rien du médico-social
Ces chiffres, aussi précis soient-ils, ont une limite de taille pour le secteur EHPAD : les communiqués DREES de début juillet 2026 ne mentionnent à aucun moment le médico-social, l’exercice en EHPAD ou la fonction de médecin coordonnateur. Impossible donc d’affirmer, sur cette seule base, que la croissance du nombre de médecins se traduit par un afflux de candidats sur les postes de coordination gériatrique — c’est une hypothèse de lecture, pas un fait établi par la DREES. Ce que confirme en revanche une source complémentaire, le baromètre emploi-formation 2025 d’OPCO Santé : environ un établissement sur deux peine à recruter dans le secteur privé sanitaire et médico-social, avec des besoins particulièrement marqués sur les métiers de soin de premier rang. Autrement dit, la reprise démographique nationale ne se traduit pas mécaniquement, ni immédiatement, par un soulagement des tensions de recrutement vécues sur le terrain par les directions d’EHPAD.
Le décalage s’explique en partie par la répartition de l’exercice. Une part croissante des professionnels — sages-femmes salariées à l’hôpital, pédicures-podologues très majoritairement libéraux — exerce dans des cadres qui n’irriguent que marginalement le médico-social. Pour resituer l’ampleur des besoins propres au secteur, notre Baromètre Fnadepa 2026 montre que plus de deux EHPAD sur cinq restent en déficit et que la pénurie de personnel persiste, indépendamment de la photographie nationale dressée par la DREES.
Autre enseignement à nuancer : la progression n’est pas uniforme selon les professions ni selon les statuts d’exercice. Chez les infirmières, 98 900 infirmières ont exercé une activité libérale au cours de l’année 2023, un mode d’exercice qui ne bénéficie pas directement aux établissements employeurs comme les EHPAD, contrairement aux 508 800 infirmières salariées au 31 décembre 2023. De la même façon, la progression des chirurgiens-dentistes ou des pédicures-podologues, bien réelle, concerne des professions dont l’exercice en établissement pour personnes âgées reste marginal en pratique quotidienne. La lecture établissement par établissement doit donc rester prudente : une statistique nationale positive ne dit rien de la disponibilité réelle de candidats sur un bassin d’emploi donné, ni du différentiel d’attractivité entre exercice libéral et exercice salarié en structure.
Impact concret par profil métier
Pour le directeur d’EHPAD, ces chiffres nationaux ne doivent pas masquer la réalité locale du recrutement : la croissance du vivier médical global n’a de valeur que si elle se traduit par des candidatures effectives sur les postes vacants de l’établissement. Il reste utile, pour construire une stratégie de recrutement réaliste, de croiser cette photographie nationale avec les données locales de vacance de poste et avec le dispositif IPA en EHPAD, une piste concrète pour pallier la tension sur les postes médicaux et paramédicaux.
- Médecin coordonnateur : la progression nationale des spécialités médicales de + 2,9 % entre les 1er janvier 2025 et 2026 est un signal favorable à moyen terme, mais aucune donnée officielle actuelle ne permet de dire si elle bénéficie spécifiquement à la gériatrie institutionnelle — à suivre au fil des prochaines publications DREES.
- IDEC : la hausse de +1,6 % en un an des infirmières salariées est un indicateur à surveiller pour objectiver, dans le temps, un éventuel assouplissement du marché du recrutement infirmier en établissement.
- IDE : le vivier infirmier national continue de croître, mais la répartition entre exercice salarié et libéral reste déterminante pour la disponibilité réelle de candidats en EHPAD.
- Fonctions RH et qualité : le baromètre OPCO Santé rappelle que la tension de recrutement touche d’abord les aides-soignants, les infirmiers et les éducateurs spécialisés — les catégories à prioriser dans les plans d’action recrutement.
Perspectives
La prochaine publication DREES sur la démographie des professionnels de santé, généralement annuelle, permettra de vérifier si la tendance nationale se maintient. Pour les EHPAD, l’enjeu de fond reste inchangé : transformer une embellie démographique globale en candidatures réelles sur des postes souvent peu attractifs (astreintes, zones sous-denses, statut spécifique du médecin coordonnateur). Cette question rejoint directement les enjeux traités dans notre guide complet Recrutement et Fidélisation en EHPAD et notre comparatif Emploi en EHPAD 2026 : secteur associatif ou privé commercial, qui offre les meilleures conditions aux soignants ?. Les établissements ont intérêt à ne pas attendre un hypothétique effet mécanique de la démographie nationale et à continuer d’investir dans leurs propres leviers d’attractivité — formation (voir notre article Formation en EHPAD : ce que les deux conventions CNSA de juin 2026 changent), conditions de travail, mutualisation de postes entre structures. À plus long terme, la pression démographique côté résidents ne devrait pas se relâcher : notre analyse des projections DREES sur la dépendance en EHPAD à l’horizon 2050 rappelle que les besoins en personnel qualifié vont continuer de croître sur les quinze prochaines années.
