Mis à jour en juillet 2026 — En EHPAD, la qualité de l’accompagnement ne dépend pas d’un métier, mais de leur capacité à travailler ensemble. Soignants, médecin coordonnateur, IDEC, équipe hôtelière, cuisine et animation partagent un même résident : sans collaboration pluridisciplinaire structurée, l’information se perd et le risque augmente. Ce guide pratique fait le point sur le cadre réglementaire, les rôles de chacun et les outils concrets pour coordonner efficacement vos équipes.
La coordination, d’abord un enjeu de sécurité
Coordonner les équipes n’est pas un confort organisationnel : c’est une condition de la sécurité des soins. L’analyse par la HAS des événements indésirables graves associés aux soins est sans appel : 50 % des EIGS analysés ont pour cause profonde des défauts de communication, 33 % des défauts de transmission ou d’alerte et 25 % des défaillances dans l’information écrite. Autrement dit, la moitié des drames évitables trouvent leur origine dans un défaut de collaboration.
Ce n’est pas un hasard si le référentiel d’évaluation des ESSMS en fait un attendu explicite. La HAS demande que les professionnels partagent entre eux ces informations dans des temps dédiés, et que les professionnels transmettent toute information nécessaire à la continuité de l’accompagnement de la personne aux professionnels qui prennent le relais et à l’entourage. La coordination est donc évaluée, au même titre que la qualité des soins.
Qui coordonne quoi : médecin coordonnateur, IDEC et équipe de soins
Une collaboration efficace suppose des rôles clairs. Le premier pilier est le médecin coordonnateur : en application de l’article D. 312-156 du CASF, tout établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes relevant du I de l’article L. 312-1 doit se doter d’un médecin coordonnateur. Sa fonction est avant tout collective : il a pour mission essentielle l’encadrement médical de l’équipe soignante, notamment en élaborant le projet général de soins. La HAS insiste sur ce positionnement : il est le conseiller technique du directeur, l’animateur des soignants et le prescripteur de prise en charge, et non un soignant en relation duelle avec le résident. En pratique, le médecin coordonnateur initie le mode de prise en charge de la personne âgée et de sa famille, en partenariat avec les autres acteurs de santé. Il participe à l’élaboration du projet de vie/médical en collaboration avec les soignants, les personnes et les familles.
Le second pilier est l’infirmier coordinateur, dont le rôle vient d’être consolidé. Le décret n° 2025-897 précise que l’infirmier coordinateur participe à la coordination de l’équipe paramédicale, à l’organisation et à la qualité des soins paramédicaux réalisés par l’équipe soignante et contribue aux projets d’amélioration continue de la qualité des soins. Sur le terrain, l’infirmier(e) coordinateur est garant du projet de vie défini pour la personne âgée. Tous ces professionnels forment une équipe au sens juridique : l’équipe de soins est un ensemble de professionnels qui participent directement au profit d’un même patient à la réalisation d’un acte diagnostique, thérapeutique, de compensation du handicap, de soulagement de la douleur ou de prévention de perte d’autonomie.
Le projet personnalisé : l’outil qui fédère les métiers
La collaboration pluridisciplinaire trouve son support concret dans le projet personnalisé d’accompagnement (PPA). La HAS le définit d’ailleurs par sa fonction de liant : le projet personnalisé y fait figure d’instrument de coordination, censé couvrir dans la durée les besoins comme les souhaits du résident. Sa construction à plusieurs n’est pas cosmétique : croiser ces regards affine l’évaluation, met mieux en lumière les ressources comme les fragilités du résident, et débouche sur un PPA plus juste, tenable et révisable.
Le guide HAS 2026 distingue deux exigences complémentaires. D’une part, l’individualisation consiste à adapter l’accompagnement aux besoins et à la situation d’une personne, à partir d’une évaluation professionnelle, afin de garantir une prise en charge adaptée et de qualité. D’autre part, la personnalisation consiste à co-construire le projet d’accompagnement avec la personne, en tenant compte de ses attentes, de ses choix et de son consentement, dans une démarche de dialogue et de co-décision. Pour incarner cette continuité, le référent est la personne identifiée comme interlocuteur privilégié pour la personne accompagnée. Il joue un rôle de proximité et de continuité dans l’accompagnement. Désigner un référent par résident est l’un des leviers les plus efficaces pour fluidifier la coordination.
L’instance clé : la commission de coordination gériatrique
Au-delà des échanges quotidiens, la réglementation prévoit une instance dédiée. Les établissements d’hébergement pour personnes âgées (Ehpad) doivent réunir la commission de coordination gériatrique (CCG), au minimum deux fois par an. Son objet est précisément de décloisonner : positionner le médecin coordonnateur au centre des échanges entre les professionnels de santé intervenant à titre libéral, l’équipe soignante, le pharmacien et la direction d’établissement. Historiquement, elle correspond à la création d’une commission de coordination gériatrique (CCG) au sein de l’Ehpad, présidée par le médecin coordonnateur. Bien préparée, la CCG devient un véritable moteur de la politique de soins de l’établissement plutôt qu’une formalité administrative.
Les transmissions : colonne vertébrale du travail d’équipe
Si un seul point mérite une vigilance quotidienne, ce sont les transmissions. La HAS rappelle que structurer ce partage — transmissions écrites ou orales, analyses conduites en équipe — autorise une prise en compte rapide et concertée, par les professionnels, d’une perte d’autonomie ou de son aggravation. Encore faut-il savoir à qui l’on s’adresse : l’efficacité d’une transmission tient d’abord à ce que chacun sache à qui elle s’adresse — encadrant, médecin traitant, infirmier coordinateur — et par quel canal la faire circuler.
Pour fiabiliser les échanges oraux, notamment en situation d’urgence ou en réunion, la HAS recommande une trame structurée : un outil tel que SAED (situation, antécédents, évaluation, demande) peut être utilisé, notamment lors des situations d’urgence, des réunions pluridisciplinaires ou de l’orientation d’un patient par un médecin vers un confrère spécialiste. Couplée aux transmissions ciblées écrites, cette méthode limite les oublis et les interprétations.
Points de vigilance pour le pilotage
- Clarifier les rôles : formaliser par écrit qui décide, qui coordonne et qui transmet évite les zones grises entre médecin coordonnateur, IDEC et cadres.
- Intégrer les fonctions supports : cuisine, hôtellerie, lingerie et animation détiennent des informations précieuses (appétit, humeur, autonomie) qui doivent remonter dans les transmissions.
- Protéger des temps dédiés : les temps de partage attendus par la HAS ne s’improvisent pas ; ils se planifient et se protègent dans l’organisation.
- Garder le résident au centre : la coordination sert d’abord ses droits, car l’exercice des droits et libertés individuels est garanti à toute personne accueillie et accompagnée par des établissements et services sociaux et médico-sociaux.
Questions fréquentes sur la coordination en EHPAD
Qui coordonne les équipes en EHPAD ?
À quelle fréquence réunir la commission de coordination gériatrique ?
Pourquoi la collaboration pluridisciplinaire est-elle si importante ?
Quel outil pour structurer les transmissions ?
Pour aller plus loin
- Ce guide s’inscrit dans notre guide complet du management en EHPAD, référence pour piloter vos équipes.
- Pour outiller les transmissions, consultez notre guide des transmissions ciblées (méthode DAR).
- Sur le rôle pivot du médecin coordonnateur, lisez notre analyse du décret 2025-897 qui refond ses missions et la fiche métier complète.
- Côté IDEC, notre fiche métier de l’infirmier coordinateur détaille son périmètre.
- Pour animer la coordination, découvrez comment optimiser vos réunions pluridisciplinaires.
- La coordination sert aussi la personnalisation des soins et la qualité de vie au travail des équipes.
Sources officielles : HAS — Guide PPA dans le DUI (2026) · HAS — Le projet personnalisé en EHPAD · Légifrance — Décret n° 2025-897.


