turnover aide-soignante ehpad
Recrutement & Fidélisation

Turnover des aides-soignantes en EHPAD : réussir les 90 premiers jours

Mis à jour le 13 min de lecture Aurélie Mortel
Ressource recommandée Nouveauté 2026
Guide Pratique : Recrutement & Fidélisation en EHPAD

Guide Pratique : Recrutement & Fidélisation en EHPAD

Recruter et fidéliser en EHPAD : leviers concrets contre la pénurie.

À partir de 14,90 € Voir le guide
Partager

Le retenir les soignants au-dela de la premiere annee des aides-soignantes bouscule les EHPAD : le taux de rotation dans les ESMS est passé de 19,4 % à 24,4 % entre 2018 et 2023. Face à cette instabilité, un parcours d’intégration structuré sur 90 jours — tutorat, doublure, jalons de suivi — devient un levier RH concret, ancré dans les exigences du référentiel qualité des ESSMS, pour transformer un recrutement fragile en fidélisation durable.

Turnover, vacance de postes, absentéisme : un état des lieux qui inquiète

Notre sélectionNouveauté 2026
Gérer les agents de la fonction publique hospitalière
Gérer les agents de la fonction publique hospitalière

Le statut des agents hospitaliers décrypté : recruter, payer, sanctionner sans faux pas.

  • 15 chapitres, 213 pages, à jour 2026
  • CGFP, droit de se taire, congé maladie 90%
  • Pour DRH, cadres, représentants du personnel

Les données disponibles couvrent le champ des établissements et services médico-sociaux (ESMS), tous métiers confondus — direction, soins, hébergement, services généraux — et non sur le seul métier d’aide-soignante ; elles dessinent néanmoins une tendance qui touche de plein fouet les équipes de soin en EHPAD. Le taux de vacance dans les ESMS a plus que doublé, passant de 2,1 % à 4,5 % entre 2017 et 2023. En 2023, la majorité des régions comptent autour de 4 % de vacance de postes dans les établissements et de 5 % dans les services, un phénomène qui alimente directement la pénurie de personnel déjà documentée dans le secteur.

Cette vacance de postes s’accompagne d’un absentéisme élevé : le taux d’absentéisme en 2023 s’établit à 11,4 % en EHPAD, contre 11,8 % dans les établissements pour personnes en situation de handicap et 9,4 % dans les services, selon les données publiées par la CNSA sur les tensions des ressources humaines dans le secteur médico-social. Quant à la rotation des effectifs, elle atteint désormais un niveau supérieur à celui observé ailleurs : le taux de rotation des ESMS, à 24,4 % en 2023, dépasse nettement celui du secteur privé tous secteurs confondus, qui s’établissait à 21 % la même année. La trajectoire n’est pas linéaire : ce taux a fait un bond entre 2020 et 2021, puis a repris une hausse plus modérée en 2022 et 2023. Signe que les établissements ne restent pas inactifs face à ce constat, la part des CDD dans les recrutements du secteur médico-social a reculé dans tous les types de structures, traduisant un effort de fidélisation déjà engagé — et sur lequel un parcours d’intégration structuré peut s’appuyer.

Un cadre HAS qui structure l’accueil, l’intégration et la qualité de vie au travail

Ce contexte RH tendu trouve un écho direct dans le référentiel et manuel d’évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux publié par la Haute Autorité de santé. Le chapitre consacré à la politique ressources humaines pose un cadre exigeant : l’ESSMS définit et déploie sa politique ressources humaines et met en œuvre une démarche de prévention des risques professionnels. Plus précisément, sur l’accueil des nouveaux professionnels, l’ESSMS met en œuvre un processus d’accueil et d’intégration des nouveaux professionnels et intervenants — un critère qui s’appuie sur l’article D344-5-14 du CASF.

Ce même chapitre engage aussi les établissements sur le temps long : l’ESSMS adapte sa gestion des emplois et des parcours professionnels aux évolutions du secteur et de sa stratégie, une exigence de gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP) fondée sur l’article L6321-1 du Code du travail. Elle se double d’une obligation de compétence : l’ESSMS met au service des accompagnements une équipe de professionnels formés et qualifiés.

Un objectif entier du référentiel est enfin dédié à la qualité de vie au travail : l’ESSMS met en œuvre une politique de qualité de vie au travail, qui se décline en trois critères — l’ESSMS promeut une politique favorisant la qualité de vie au travail, favorise la qualité de l’environnement de travail des professionnels et organise des espaces de discussion et de partage pour les professionnels et des temps de soutien psychologique et/ou éthique. Cette exigence de qualité de vie au travail constitue le socle sur lequel un parcours d’intégration jalonné peut légitimement s’appuyer, même si la HAS n’impose pas nommément un découpage en 30, 60 ou 90 jours : c’est une méthode de gestion RH construite à partir de ces critères, non une obligation réglementaire portant ce nom.

Pourquoi les 90 premiers jours sont décisifs pour fidéliser une aide-soignante

Pourquoi concentrer l’attention sur la période d’essai plutôt que sur le seul recrutement ? Parce que c’est là que se joue, concrètement, l’application des critères d’accueil et d’intégration du référentiel HAS — et que le tutorat par les pairs y est déjà identifié comme un indicateur qualité reconnu. Dès 2015, l’enquête bientraitance conduite par la HAS et l’Anesm interrogeait directement les établissements sur ce point : quelle proportion des membres du personnel a été accompagnée dans sa prise de poste, par un travail en doublon, un accompagnement par un pair durant le temps de travail, des formations aux spécificités des personnes accueillies et un accès aux informations individuelles. Dix ans plus tard, cette question reste d’actualité pour objectiver l’accompagnement à la prise de poste.

L’enjeu du turnover n’est pas anecdotique pour les équipes déjà en poste. L’enquête nationale de la HAS consacrée aux unités d’hébergement renforcé le confirme : les différentes catégories d’UHR se différencient principalement sur le turnover et les accidents du travail, les EHPAD publics hospitaliers étant plus nombreux à estimer que le turnover est l’un des principaux risques professionnels. Autrement dit, une rotation mal maîtrisée des effectifs pèse sur les collègues restants — un phénomène proche de l’usure professionnelle des soignants déjà présents dans l’équipe, qui absorbent la charge des postes vacants et des nouveaux arrivants en formation. Un parcours d’intégration mal structuré ne fragilise donc pas seulement le nouvel arrivant : il use aussi ceux qui l’entourent.

Un parcours qui engage tout le collectif : IDEC, direction, tuteur

Un parcours d’intégration jalonné mobilise trois rôles distincts, chacun avec des responsabilités précises au regard du référentiel HAS.

Pour l’IDEC

L’infirmier coordinateur est en première ligne pour opérationnaliser le processus d’accueil et d’intégration des nouveaux professionnels et intervenants exigé par le critère 3.8.2. Concrètement, cela suppose de documenter le parcours (livret d’accueil, plannings de doublure, grilles d’évaluation à échéances fixes) et de s’assurer que chaque nouvelle aide-soignante bénéficie effectivement de l’accompagnement par un pair mentionné dans l’enquête bientraitance de 2015. L’IDEC est aussi le premier relais pour objectiver, à 30, 60 puis 90 jours, si l’intégration progresse ou si un ajustement — formation complémentaire, changement de tuteur, temps de doublure prolongé — doit être engagé.

Pour le directeur d’établissement

La direction porte la responsabilité de la politique RH globale : définir et déployer une politique ressources humaines incluant une démarche de prévention des risques professionnels, mais aussi adapter la gestion des emplois et des parcours professionnels aux évolutions du secteur et de sa stratégie. Elle doit également documenter les moyens dédiés au financement de la formation mobilisable pendant les 90 premiers jours : les aides-soignantes diplômées avant la réforme du diplôme d’État peuvent par exemple s’appuyer sur l’arrêté du 26 février 2025, qui organise une formation d’actualisation des compétences pour les aides-soignants titulaires d’un diplôme délivré avant la réingénierie du diplôme d’État de 2021. Point de vigilance juridique pour la direction : l’attestation délivrée à l’issue de cette formation peut être présentée à l’employeur, mais ne peut être exigée par celui-ci — elle ne peut donc pas devenir une condition d’embauche déguisée.

Pour le tuteur ou la doublure

Le tuteur — souvent une aide-soignante expérimentée désignée en doublure — est la clé de voûte du dispositif : c’est lui qui incarne, au quotidien, le critère d’accompagnement par les pairs identifié depuis 2015. Une IDEC exerçant depuis quinze ans dans un EHPAD public des Hauts-de-France résume l’enjeu : les 90 premiers jours sont souvent le moment où une nouvelle recrue décide, sans le formuler explicitement, si elle reste ou si elle repart. Pour ce rôle, disposer d’un temps réellement dédié — et non d’une doublure « volée » sur son propre planning de soin — conditionne la qualité de l’accompagnement. Le référentiel HAS exige d’ailleurs, plus largement, que l’ESSMS mette au service des accompagnements une équipe de professionnels formés et qualifiés, ce qui inclut la formation des tuteurs eux-mêmes à cette fonction.

Construire un parcours d’intégration jalonné sur 30, 60 et 90 jours

Sans que la HAS ne l’impose sous cette forme précise, un parcours en trois jalons permet de structurer concrètement les critères 3.8.2 (accueil et intégration), 3.8.3 (gestion des emplois et des parcours) et l’objectif 3.9 (qualité de vie au travail).

Jour 1 à 30 — accueil et sécurisation des fondamentaux

Cette première phase doit matérialiser le processus d’accueil et d’intégration des nouveaux professionnels : livret d’accueil, présentation de l’équipe, doublure systématique sur les gestes techniques et les résidents à risques, premier entretien de suivi à J30. C’est également la fenêtre où activer, si besoin, la formation d’actualisation des compétences prévue par l’arrêté du 26 février 2025 pour les aides-soignants diplômés avant 2021, en rappelant que l’attestation qui en résulte ne peut être exigée par l’employeur.

Jour 31 à 60 — autonomisation progressive et GEPP

La deuxième phase engage la logique de gestion des emplois et des parcours professionnels adaptée aux évolutions du secteur et de la stratégie de l’établissement (critère 3.8.3) : réduction progressive de la doublure, entretien intermédiaire centré sur les axes de progression, premières formations métier identifiées. C’est aussi le moment d’objectiver, avec le tuteur, si le rythme d’autonomisation correspond au profil de la personne — sans quoi le risque de rupture se concentre précisément sur cette fenêtre à mi-parcours.

Jour 61 à 90 — bilan qualité de vie au travail et projection

Le bilan à 90 jours doit couvrir explicitement les trois critères de l’objectif QVCT : la politique favorisant la qualité de vie au travail, la qualité de l’environnement de travail et l’existence d’espaces de discussion et de partage, voire de temps de soutien psychologique et/ou éthique. C’est le moment de vérifier concrètement la mise en œuvre de la démarche QVCT pour la nouvelle recrue, et d’inscrire, si besoin, un plan de formation dans la durée. À ce stade, il est également utile d’évaluer la formation reçue pendant les 90 jours, pour ajuster le parcours des prochaines recrues.

Perspectives : la fidélisation, un enjeu de trajectoire démographique

Ce travail d’intégration s’inscrit dans une trajectoire de long terme sur les moyens humains. Le financement de la formation continue progresse : en 2025, l’OPCO Santé a accompagné 727 818 stagiaires pour 619 millions d’euros mobilisés dans le secteur sanitaire et médico-social, et l’alternance dans ce secteur a plus que doublé depuis 2021, avec 18 720 contrats en 2025, d’après le communiqué OPCO Santé.

Les besoins projetés à moyen et long terme confirment l’urgence de fidéliser plutôt que de recruter en continu. Entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires en 2050 pour le soutien à l’autonomie des personnes âgées, selon la DREES, qui projette par ailleurs que 738 000 personnes supplémentaires seraient en perte d’autonomie en 2050. Plus proche dans le temps, la FHF a proposé en mai 2026 le recrutement de 100 000 ETP supplémentaires dans les EHPAD et services à domicile sur 10 ans, dont 60 000 sur la période 2027-2031. Cette trajectoire n’est pas nouvelle : dès 2019, le rapport El Khomri estimait à près de 93 000 les postes supplémentaires à créer dans le grand âge sur la période 2020-2024. Dans ce contexte, chaque parcours d’intégration réussi pèse directement sur la capacité des établissements à absorber cette trajectoire démographique.

Questions fréquentes

Le parcours 30/60/90 jours est-il une obligation réglementaire ?
Non. Le référentiel HAS impose un processus d’accueil et d’intégration des nouveaux professionnels (critère 3.8.2) ainsi qu’une gestion des emplois et des parcours professionnels (critère 3.8.3), mais ne définit pas de découpage en jalons à 30, 60 et 90 jours : ce séquençage est une méthode de gestion RH construite par l’établissement à partir de ces exigences.
Les chiffres de turnover et d’absentéisme concernent-ils spécifiquement les aides-soignantes ?
Non : les données disponibles, publiées par la CNSA, portent sur l’ensemble des établissements et services médico-sociaux, tous métiers confondus, et non sur le seul métier d’aide-soignante. En 2023, le taux de rotation des ESMS s’établissait à 24,4 %, contre 21 % dans le secteur privé tous secteurs confondus.
Le tutorat par un pair est-il reconnu comme un indicateur qualité ?
Oui : dès 2015, l’enquête bientraitance de la HAS et de l’Anesm interrogeait explicitement les établissements sur la proportion de personnel accompagné à la prise de poste par un travail en doublon ou un accompagnement par un pair.
Ressource expert recommandée Essentiel
Pack INTÉGRAL Guides MANAGEMENT & RH — 7 références pilotage EHPAD
Pack INTÉGRAL Guides MANAGEMENT & RH — 7 références pilotage EHPAD

Pilotez sereinement votre EHPAD : gestion RH, conformité et sécurité des résidents

  • Maîtrise RH et conformité réglementaire
  • Sécurité accrue pour les résidents
  • Montée en compétence des équipes
Partager cet article
Pour aller plus loin Essentiel
Pack INTÉGRAL Guides MANAGEMENT & RH — 7 références pilotage EHPAD

Pack INTÉGRAL Guides MANAGEMENT & RH — 7 références pilotage EHPAD

Pilotez sereinement votre EHPAD : gestion RH, conformité et sécurité des résidents

64,90 € Voir le pack
Dossier expert Recrutement et Fidélisation en EHPAD : Le Guide Complet 2026

Guide complet 2026 sur le recrutement et la fidélisation en EHPAD. Pénurie de personnel, cadre réglementaire (loi Valletoux, prime Ségur), ratios d encadrement France vs...

Lire le dossier
Solution partenaire — Famileo Pro Comment mesurer l’impact de vos actions de lien social : les indicateurs qui comptent vraiment

Nombre d’animations, taux de participation : les indicateurs de volume mesurent l’effort de l’établissement, pas le résultat pour...

Lire l'article
Lien copie dans le presse-papier