Depuis septembre 2025, la délégation du directeur d’EHPAD à l’IDEC dispose enfin d’un cadre réglementaire clair. Le Décret 2025-897 et la Loi 2025-581 ont officiellement reconnu le rôle de l’infirmier coordinateur — mais ils ont aussi précisé les limites de cette délégation. Ce guide pratique explique aux directeurs ce qu’ils peuvent déléguer à leur IDEC, comment formaliser cette délégation et quelles responsabilités chacun conserve.
Le nouveau cadre légal : Loi 2025-581 et Décret 2025-897
Longtemps, l’infirmier coordinateur exerçait dans un vide réglementaire. Ce n’est plus le cas depuis l’été 2025. La Loi n°2025-581 du 27 juin 2025 a posé la base législative de la reconnaissance de l’infirmier coordonnateur en EHPAD, exerçant en collaboration avec le médecin coordonnateur et en lien avec l’encadrement administratif et soignant de l’établissement. Dans la foulée, le Décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025 relatif aux missions et conditions d’exercice des infirmiers et médecins coordonnateurs en EHPAD est entré en vigueur. Ce décret est entré en vigueur le lendemain de sa publication (7 septembre 2025).
Pour une décryption complète des 11 missions de l’IDEC instituées par ce décret, voir notre article sur le Décret 2025-897 : les 11 missions officielles de l’IDEC en EHPAD décryptées.
La position de l’IDEC dans la ligne hiérarchique
Le texte est sans ambiguïté sur l’autorité. Sous la responsabilité et l’autorité administratives du responsable de l’établissement, et sous l’autorité du cadre de santé le cas échéant, l’infirmier coordonnateur participe à la coordination de l’équipe paramédicale, à l’organisation et à la qualité des soins paramédicaux réalisés par l’équipe soignante et contribue aux projets d’amélioration continue de la qualité des soins.
La même logique vaut pour le médecin coordonnateur : sous la responsabilité et l’autorité administratives du responsable de l’établissement, le médecin coordonnateur assure l’encadrement médical de l’équipe soignante. L’EHPAD fonctionne donc avec un directeur au sommet de la ligne administrative, à qui les deux acteurs médicaux rendent compte.
La condition de présence de l’IDEC est désormais structurelle : tout établissement EHPAD dispose d’une équipe pluridisciplinaire comprenant au moins un médecin coordonnateur et un infirmier coordonnateur, titulaire du diplôme d’État d’infirmier. L’IDEC n’est donc plus une option mais une obligation réglementaire. Voir la fiche métier IDEC en EHPAD pour les conditions d’exercice détaillées.
Ce que l’IDEC peut concrètement prendre en charge : les 6 missions déléguées
L’IDEC concourt à l’exercice des missions des médecins coordonnateurs mentionnées aux 1°, 2°, 4°, 5° et 8° à 10° de l’article D. 312-158 du CASF. Ces missions représentent l’essentiel du travail concret délégable :
- Projet de soins (1°) : élaborer, avec le concours de l’équipe soignante, le projet général de soins s’intégrant dans le projet d’établissement, coordonner et évaluer sa mise en œuvre
- Admissions (2°) : donner un avis sur les admissions des personnes à accueillir en veillant notamment à la compatibilité de leur état de santé avec les capacités de soins de l’institution
- Évaluation dépendance (4°) : évaluer et valider l’état de dépendance des résidents et leurs besoins en soins requis
- Qualité des soins (5°) : veiller à l’application des bonnes pratiques gériatriques et contribuer à l’évaluation de la qualité des soins
- Formation (8°) : contribuer à la mise en œuvre d’une politique de formation
- Dossier de soins et RAMA (9°-10°) : élaborer un dossier type de soins et coordonner un rapport annuel d’activité médicale
Ces missions sont déléguables du directeur à l’IDEC dans leur mise en œuvre quotidienne, tout en restant sous la responsabilité administrative du directeur.
Délégation de signature : le cadre juridique applicable
La délégation de tâches ne doit pas être confondue avec la délégation de signature — cette dernière a un cadre juridique propre. Le directeur d’un établissement public social ou médico-social peut déléguer sa signature dans des conditions et sur des matières définies par décret. Sur le plan de l’autorité globale, le directeur assure la gestion et la conduite générale de l’établissement et en tient le conseil d’administration informé. Il nomme le personnel et exerce son autorité sur l’ensemble de celui-ci.
La délégation de signature doit respecter des règles formelles strictes. Toute délégation doit être écrite et mentionner : le nom et fonction de l’agent, la nature des actes délégués et matières précises avec durée, les conditions et réserves éventuelles, et l’obligation de rendre compte (Décret 2004-135). La délégation peut être retirée à tout moment et doit correspondre aux fonctions, qualification ou grade du délégataire.
En pratique, un directeur peut déléguer à son IDEC la signature des courriers relatifs à l’organisation des soins, des avis d’admission préparés par l’IDEC, des plans de soins. En revanche, les actes relevant de la gestion administrative globale de l’établissement (CPOM, marchés, ressources humaines) ne peuvent être délégués à un professionnel paramédical. Voir aussi notre article sur le comité de direction en EHPAD : piloter et fédérer ses équipes.
Responsabilité : ce que le directeur et l’IDEC conservent chacun
La responsabilité propre de l’IDEC
La délégation ne transfère pas toute responsabilité. L’IDEC reste personnellement responsable de ses actes. L’infirmier est personnellement responsable de ses décisions ainsi que des actes professionnels qu’il est habilité à effectuer. Il ne doit pas exercer sa profession dans des conditions qui puissent compromettre son indépendance, la qualité des soins ou la sécurité des personnes prises en charge . En matière d’encadrement, l’infirmier chargé de toute fonction de coordination ou d’encadrement est responsable des actes qu’il assure avec la collaboration des professionnels qu’il encadre et veille à la compétence des personnes qui lui apportent leur concours .
Le principe de responsabilité pénale individuelle
En cas d’incident grave, /dev/null n’est responsable pénalement que de son propre fait (article 121-1 du Code pénal). Autrement dit, déléguer une tâche à l’IDEC ne dégage pas le directeur si l’erreur est imputable à son propre manque de supervision. La responsabilité pénale des personnes morales n’exclut pas celle des personnes physiques auteurs ou complices des mêmes faits (article 121-2 alinéa 3 du Code pénal). Le directeur, l’IDEC et l’établissement peuvent donc tous trois être engagés simultanément.
Pour les aspects de responsabilité juridique et pénale en EHPAD, se référer à notre guide complet sur la responsabilité juridique et pénale en EHPAD.
Impact concret par profil métier
Pour le directeur(trice)
Le directeur doit formaliser par écrit le périmètre de délégation, le faire signer par l’IDEC et le conserver dans le dossier de l’établissement. La supervision reste de sa responsabilité : point de suivi hebdomadaire, remontée d’informations sur les admissions complexes, les incidents qualité. La délégation n’est pas un désengagement mais un outil de management par la confiance.
Pour l’IDEC
L’IDEC gagne en légitimité formelle avec ce nouveau cadre. Il doit toutefois documenter ses décisions (traçabilité des avis d’admission, des évaluations GIR, des réunions de coordination) pour pouvoir rendre compte au directeur et se protéger en cas de litige. Les missions de l’IDEC comprennent la coordination de l’équipe paramédicale, l’organisation et la qualité des soins paramédicaux réalisés par l’équipe soignante. Cette traçabilité est son meilleur outil de protection. Pour les stratégies de prévention du sous-effectif IDEC, voir notre article IDEC en EHPAD : sous-effectif chronique, burnout et 5 leviers concrets pour 2026.
Formation : se former à la délégation et au management
L’ANFH propose des formations spécifiques pour les IDE en poste de coordination. La formation ANFH « IDE en EHPAD : rôle, responsabilités et positionnement professionnel » (code 53AFR, durée 21 heures) est spécifiquement conçue pour les IDEC souhaitant structurer leur positionnement managérial. La fiche métier du Directeur d’EHPAD détaille également les formations au management disponibles pour les directeurs souhaitant améliorer leur pratique de la délégation.
Perspectives 2026 : vers une délégation plus structurée
Le cadre légal établi en 2025 ouvre la voie à une professionnalisation de la fonction IDEC. Les établissements qui formalisent dès maintenant leurs délégations — par écrit, avec périmètre précis et obligation de rendre compte — se mettent en conformité et renforcent la sécurité juridique de toutes les parties. Voir notre guide complet du management en EHPAD pour aller plus loin sur les outils de pilotage.