Effectifs salariés hospitaliers 2024 : la DREES vient de publier ses séries longues couvrant 20 ans. Un constat central : la progression a été nettement plus rapide de 2004 à 2014 (+1,1 % par an en moyenne) qu’entre 2014 et 2024 (+0,4 % seulement) Pour les directeurs d’EHPAD confrontés au recrutement, ces données éclairent un marché du travail soignant sous tension structurelle.
Les données clés DREES 2024 : effectifs et structure du secteur
La DREES a actualisé en mai 2026 ses séries longues sur les effectifs salariés du secteur hospitalier couvrant 20 ans de données. Ces données font référence pour comprendre l’évolution du marché du travail soignant.
Le secteur hospitalier français comptait fin 2024 quelque 1,4 million de salariés, trois quarts travaillant dans le secteur public. Côté médico-social, la DREES chiffre désormais le décrochage des effectifs en EHPAD et la vacance durable de postes. En vingt ans, ce chiffre a crû de 16 % (de 2004 à 2024). Mais ces chiffres globaux cachent une divergence sectorielle : le privé a progressé davantage (+23 % vs +14 % pour le public sur vingt ans).
Pour accéder aux données détaillées, consultez directement la note DREES 2026 (données 2004-2024) et le jeu de données en libre accès.
Décélération depuis 2014 : le signal d’alarme pour les EHPAD publics
C’est le chiffre le plus préoccupant du rapport : la progression a été nettement plus rapide de 2004 à 2014 (+1,1 % par an en moyenne) qu’entre 2014 et 2024 (+0,4 % seulement) Pour les personnels soignants non médicaux — le cœur des EHPAD —, ce ralentissement est encore plus marqué côté public.
En effet, dans le secteur public hospitalier, infirmiers et aides-soignants du secteur public n’ont quasiment pas progressé depuis 2014 — à peine +0,1 % par an chacun — alors qu’ils augmentaient respectivement de +1,5 % et +1,2 % par an dans la décennie précédente. Un quasi-gel des effectifs publics dans les deux professions phares des EHPAD, alors que la demande de soins liée au vieillissement progresse régulièrement.
À titre de comparaison, près de la moitié des effectifs hospitaliers sont des infirmiers ou aides-soignants : 46 % dans le public et 47 % dans le privé en 2023, confirmant le poids de ces deux métiers dans la structure du secteur. Fin 2024, six salariés sur dix dans le secteur hospitalier exercent un métier soignant non médical — infirmiers en tête (42 %), suivis des aides-soignants (33 %).
Pour décrypter la crise de recrutement, voir notre article : Recrutement en EHPAD 2026 : postes vacants et leviers pour directeurs.
Médecins et internes : une croissance structurelle qui ne profite pas directement aux EHPAD
À rebours du gel des soignants non médicaux, le personnel médical croît régulièrement : en 2024, 78 600 praticiens médicaux salariés représentent 13 % de l’ensemble des personnels hospitaliers, contre seulement 10 % deux décennies auparavant sur l’ensemble de la période. Les internes montrent même une accélération : le nombre annuel de nouveaux internes tournait autour de 1 000 avant la crise sanitaire, puis a presque doublé — environ 2 000 supplémentaires chaque année depuis 2020.
Pour les EHPAD, cette croissance médicale bénéficie peu directement : les médecins coordonnateurs sont souvent à temps partiel, et les internes se concentrent dans les CHU. La pression sur les IDE et AS en EHPAD n’est donc pas compensée par l’essor médical.
Ce que les données DREES signifient concrètement pour les EHPAD
Les données EHPAD spécifiques disponibles dans d’autres études DREES éclairent la situation avec précision. Côté difficultés de recrutement : 44 % des EHPAD déclarent rencontrer des difficultés de recrutement, et dans 63 % d’entre eux, la présence de postes non pourvus depuis plus de six mois est la norme. Le taux de vacance de postes dans le secteur médico-social a presque doublé : passé de 2,1 % à 4,5 % entre 2017 et 2023.
Les écarts d’encadrement entre secteurs illustrent les inégalités structurelles : secteur privé lucratif : 22,8 postes par tranche de 100 places et secteur public hospitalier : 36,7. Les EHPAD privés lucratifs doivent donc faire plus avec moins de personnels par résident — un enjeu de qualité important.
Le taux de rotation aggrave la pression : dans le secteur médico-social, le taux de rotation du personnel médico-social a fortement progressé dans le secteur médico-social selon la CNSA. Ce que cela coûte en recrutement et formation permanente est considérable. Nos ressources connexes : EHPAD 2025 : turnover et difficultés de recrutement aide-soignante | Guide Recrutement et Fidélisation en EHPAD.
Perspectives : une pression soignante qui va s’aggraver
Les projections à long terme sont préoccupantes. Selon une étude DREES de décembre 2024, les besoins en soins infirmiers s’accroîtraient de 50 % entre 2021 et 2050, et il faudrait 80 000 infirmières supplémentaires en 2050. La formation reste l’unique levier pour répondre à cette demande, mais elle se heurte à une réalité : 10 % des étudiants en IFSI abandonnent leurs études en première année, soit trois fois plus qu’en 2011 (3 %). Un décrochage qui a triplé en dix ans et que les EHPAD ne peuvent ignorer dans leurs projections de recrutement.
Pour les directeurs d’EHPAD public, ces séries longues DREES fournissent un cadre solide pour vos argumentaires dans le cadre du CPOM, des demandes d’emplois budgétaires supplémentaires ou lors des discussions avec l’ARS. Voir aussi : Crise du recrutement en EHPAD 2025 | Guide recrutement IDEC en EHPAD.


