Centre de ressources territorial (CRT) : entre la fin mai et la mi-juin 2026, plusieurs agences régionales de santé ont ouvert, coup sur coup, des appels à candidatures pour déployer ces dispositifs au service des personnes âgées. Pour les directeurs d’EHPAD, c’est à la fois une fenêtre stratégique et un nouveau modèle de financement à saisir, parfois avant l’été. Décryptage de ce que cette vague change concrètement pour les établissements.
Les faits : une vague d’appels à candidatures CRT au printemps 2026
Le CRT n’est pas une nouveauté réglementaire : l’article 47 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2022 avait créé une nouvelle mission facultative pour les EHPAD, comme le rappelle la Fédération hospitalière de France à propos du cahier des charges. Sur le plan juridique, le décret n° 2022-731 du 27 avril 2022 modifie l’article D 312-155 du CASF pour encadrer la mission. Plus largement, la loi de financement de la sécurité sociale 2022 a modifié le CASF et confié aux EHPAD et services à domicile (SSIAD, SAAD, SPASAD) une nouvelle mission facultative de centre de ressources territorial.
Ce qui est nouveau, c’est l’accélération du déploiement. L’ARS Occitanie a relancé un appel à manifestation d’intérêt fin mai 2026, portant sur dix départements (de l’Ariège au Tarn, en passant par la Haute-Garonne, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales), avec un dépôt des dossiers attendu au plus tard le 26 juin 2026. La région partait déjà d’un socle solide : un premier AMI en 2023 qui avait permis de créer 33 CRT dans la région, les nouveaux projets devant être déployés de 2026 à 2028.
En Auvergne-Rhône-Alpes, l’enveloppe est chiffrée précisément : au titre de l’appel à candidatures 2026, 17 nouveaux CRT seront autorisés, pour une enveloppe totale de 6 800 000 euros, assortie d’une dotation annuelle de 400 000 euros sera versée aux structures retenues, l’ARS fixant un dépôt des candidatures jusqu’au 15/07/2026 à minuit dernier délai. En Centre-Val de Loire, l’appel à candidatures est ouvert sur les départements suivants : Cher ; Eure-et-Loir ; Indre ; Indre-et-Loire ; Loiret. Et en Pays de la Loire, l’ARS rappelle l’ampleur du plan national : un montant total de 200 M€ est prévu sur la période 2022-2028 permettant de financer 500 projets sur l’ensemble du territoire national et 28 sur la région Pays de la Loire. En Normandie, le dispositif est déjà installé, avec une liste de 16 établissements porteurs d’un CRT.
Le cadre : deux volets de mission, deux types de porteurs
Concrètement, le CRT recouvre deux volets complémentaires. D’abord un volet d’appui aux professionnels du territoire : actions de formation, soutien administratif et logistique, partage de compétences gériatriques et gérontologiques, mise à disposition d’équipements spécialisés ou de locaux adaptés. Ensuite un volet d’accompagnement renforcé à domicile, plus intensif, coordonné et sécurisé, destiné aux personnes âgées en perte d’autonomie. Cette logique prolonge le virage domiciliaire face au défi de la raréfaction des aidants et la transformation des établissements en plateformes de services, déjà explorée dans notre dossier sur l’EHPAD hors les murs et la révolution territoriale du service.
Côté gouvernance, la souplesse est réelle : le dispositif peut être porté soit par un EHPAD travaillant avec des services à domicile, soit par un service à domicile conventionné avec un EHPAD. L’équipe-type est identifiée : un coordinateur, un médecin coordonnateur, ainsi que des infirmiers, des aides-soignants, des assistants de soins en gérontologie et des auxiliaires de vie. Pour les EHPAD, devenir CRT, c’est donc structurer une offre tournée vers l’extérieur — un changement de posture proche de celui décrit dans notre analyse de la transformation de l’EHPAD en centre de ressources territorial.
Mise en perspective : une montée en charge financière progressive
La trajectoire budgétaire du dispositif éclaire l’urgence des appels actuels. À l’échelle nationale, le financement est passé de 20 M€ en 2022, 80 M€ en 2025, avec un objectif affiché de déploiement d’environ 200 dispositifs à l’horizon 2025, soit une cible de l’ordre de 2 par département. Autrement dit, les ARS rattrapent et amplifient une cible fixée dès 2022, ce qui explique la concentration d’appels à candidatures observée ce printemps. Pour les directeurs, l’enjeu n’est plus de savoir si le modèle se généralise, mais comment positionner son établissement dans le maillage territorial qui se dessine.
Cette dynamique s’inscrit dans le mouvement plus vaste de structuration territoriale de l’autonomie, dont fait partie le service public départemental de l’autonomie : voir notre article sur la façon dont la CNSA place les maires et les élus locaux au cœur de la coordination. Candidater à un CRT suppose aussi d’anticiper l’articulation avec son contrat pluriannuel : un point que nous détaillons dans notre guide pour négocier son CPOM en EHPAD en 2026.
Impact concret par profil métier
Pour le directeur d’EHPAD. Le CRT est d’abord une décision stratégique : il faut évaluer la capacité de l’établissement à porter une offre tournée vers le domicile, sécuriser le conventionnement avec les services à domicile et bâtir un dossier de candidature avant les échéances régionales (par exemple le 26 juin en Occitanie, le 15 juillet en Auvergne-Rhône-Alpes). La dotation dédiée — 400 000 euros par an dans le cas rhônalpin — change l’équation économique et doit être intégrée à la réflexion budgétaire, en lien avec les nouvelles obligations issues de la loi Bien Vieillir 2024 pour les directeurs d’EHPAD.
Pour l’IDEC et le médecin coordonnateur. Le volet d’accompagnement renforcé à domicile suppose de repenser l’organisation des soins au-delà des murs : coordination des passages, sécurisation des situations complexes, appui aux professionnels libéraux du territoire. L’équipe CRT mobilise médecin coordonnateur, infirmiers, aides-soignants et assistants de soins en gérontologie : autant de compétences à projeter hors de l’établissement, ce qui interroge les plannings et la juste répartition des temps. Les pistes de réorganisation détaillées dans notre dossier sur les modèles d’EHPAD centre de ressources pour réduire les hospitalisations sont ici directement utiles.
Perspectives : ce qu’il faut surveiller d’ici l’automne 2026
Les calendriers régionaux s’étalent de l’été à l’automne, et de nouvelles régions devraient publier leurs propres appels. Les directeurs intéressés ont intérêt à se rapprocher dès maintenant de leur délégation départementale d’ARS pour vérifier l’éligibilité de leur territoire, identifier les partenaires domicile et caler le portage (EHPAD seul ou conventionnement). Avec une cible nationale de l’ordre de deux dispositifs par département et un plan pluriannuel courant jusqu’en 2028, la fenêtre reste ouverte — mais les territoires les mieux dotés seront ceux qui auront construit un projet solide, articulé à leur CPOM et à la coordination territoriale de l’autonomie.
