Une baisse de vision chez un proche âgé passe souvent inaperçue avant qu’un incident du quotidien n’alerte la famille : une chute inhabituelle, des lunettes qui ne servent plus à rien, une hésitation devant un visage familier. Vivant à domicile ou en résidence autonomie, la personne âgée n’a pas toujours conscience de ce qui change, et le repérage revient largement à l’entourage. Cet article rassemble les signes qui doivent alerter, les principales causes à connaître — DMLA, cataracte, glaucome — et le parcours de soin à activer, ophtalmologiste, orthoptiste et opticien compris.
Les signes qui doivent alerter au quotidien
À l’image de la baisse d’audition d’un proche âgé, la baisse de vision touche une part considérable des personnes âgées sans que la famille en soit toujours informée. Une grille de repérage HAS conçue pour les résidences autonomie l’affirme : Au-delà de 60 ans, plus de 82% de personnes sont concernées par une déficience visuelle et près d’un tiers par une déficience auditive. Sur la seule DMLA, le guide HAS 2022 précise que « cette maladie concerne environ 8 % de la population française, mais sa fréquence augmente largement avec l’âge : elle touche 1 % des personnes de 50 à 55 ans, environ 10 % des 65–75 ans et de 25 à 30 % des plus de 75 ans ».
Cette même grille HAS de repérage des déficiences sensorielles (volet résidences autonomie), conçue pour les résidences autonomie, cite parmi les signaux d’alerte le fait que la personne « trébuche ou se cogne régulièrement, voire chute plus souvent ». Une autre grille HAS de repérage des pertes d’autonomie (volet résidences autonomie) établit le même lien de façon plus directe : « Bute, chute, se cogne (déficience visuelle). » Ce lien entre trouble de la vue et risque de chute rejoint les repères détaillés dans notre pilier consacré à la prévention des chutes.
D’autres signaux portent sur les objets du quotidien et les relations avec l’entourage. La grille HAS retient aussi :
- « se plaint de ses lunettes, ne porte plus ses lunettes »
- « ne reconnaît plus les personnes qu’elle croise, les confond »
- « a une manière inhabituelle de regarder (plisse les yeux, ferme les yeux, etc.) »
- « perd ses objets/ les cherche/ne les reconnaît plus »
Ces manifestations peuvent avoir plusieurs origines. La grille cite, parmi les facteurs de risque à surveiller, certaines maladies (glaucome, DMLA, diabète, cataracte, AVC, etc.). Notre guide sur les déficiences sensorielles en EHPAD détaille le repérage de l’ensemble de ces atteintes, vue comprise.
DMLA, cataracte, glaucome : des causes différentes, des signes différents
La recommandation HAS sur le repérage des déficiences sensorielles, volet EHPAD, rappelle que « Les principales causes de malvoyance sont le glaucome, le décollement de la rétine (champ visuel rétréci, baisse d’acuité visuelle), la DMLA (atteinte de la vision centrale), la cataracte (vision floue), la rétinopathie diabétique (vision parcellaire) ». Cette liste figure dans le volet EHPAD de la recommandation ; pour un résident déjà accueilli en établissement, notre article sur l’accompagnement d’un résident atteint de DMLA détaille les spécificités.
La dégénérescence maculaire liée à l’âge occupe une place particulière parmi ces causes : selon le guide HAS 2022 sur la DMLA : La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est une pathologie maculaire survenant chez les sujets de plus de 50 ans. C’est la première cause de handicap visuel chez les personnes de plus de 50 ans. Pour la repérer, la HAS recommande de rechercher une pathologie maculaire, et en particulier une DMLA, en présence de métamorphopsies (perception déformée des lignes droites et des images) associées ou non à une baisse de l’acuité visuelle chez un sujet de plus de 50 ans. La DMLA existe sous deux formes, exsudative et atrophique. La dégénérescence maculaire liée à l’âge (exsudative ou atrophique) entraîne un état de déficience visuelle, communément appelé « basse vision » ou « malvoyance ».
Ce que voit réellement la personne diffère selon la pathologie en cause. La grille HAS de repérage des déficiences sensorielles (volet résidences autonomie) décrit ainsi :
| Pathologie | Ce que peut percevoir la personne |
|---|---|
| Rétinopathie pigmentaire, glaucomes | la personne a un champ visuel rétréci ou une vision tubulaire |
| DMLA | la personne a une vision uniquement périphérique |
| Rétinopathie diabétique | la personne a une vision altérée (avec tâches) |
Ce que cela change pour la personne, l’aidant et les professionnels sollicités
Une déficience sensorielle qui n’est pas repérée a un coût qui dépasse le confort visuel. La HAS le documente à l’échelle de l’ensemble des sens — vue, ouïe, goût, odorat, toucher — et non de la vision seule : Non prises en compte, ces altérations ont des conséquences sur la qualité de vie des personnes : isolement, repli sur soi, déficits et/ou troubles de la communication, dépression (pouvant mener au suicide), etc. Notre article sur l’isolement d’un proche âgé à domicile détaille ce risque d’isolement. La HAS souligne aussi, toujours à propos de l’ensemble des capacités sensorielles, que « La diminution des capacités sensorielles accélère la survenue de la dépendance, avec une augmentation non négligeable des accidents domestiques », un constat qui recoupe les repères de chutes évoqués plus haut.
Pour l’aidant, il ne s’agit pas de poser un diagnostic mais d’orienter et d’accompagner. Pour la basse vision liée à la DMLA, la HAS précise l’organisation : « Cette prise en charge doit être pluridisciplinaire : ophtalmologiste, orthoptiste, opticien, médecin traitant (médecin généraliste, gériatre, gérontologue) ». Dans le suivi de la forme exsudative, elle précise aussi que « L’aidant peut être associé à la consultation de suivi. » Ce rôle d’accompagnement rejoint celui que décrit notre article sur le rôle de l’aidant face à la polymédication de la personne âgée.
Le parcours de soin : quand consulter, qui voir, comment s’organiser
Pour un proche présentant des facteurs de risque, la HAS indique un rythme de suivi : Un examen ophtalmologique devrait être réalisé, tous les 1 à 2 ans, chez les personnes de plus de 50 ans ayant un ou plusieurs facteurs de risque de DMLA. Entre deux rendez-vous, une autosurveillance simple existe : Les personnes âgées de plus de 50 ans, et ayant un ou plusieurs facteurs de risque de DMLA, devraient surveiller, à domicile, régulièrement, leur vision monoculaire à l’aide d’une grille d’Amsler.
Il est recommandé d’informer les patients de la nécessité de traiter en urgence une dégénérescence maculaire exsudative, précise la HAS.
Après un premier bilan ophtalmologique, l’orthoptiste prend le relais : À la suite du bilan ophtalmologique de la basse vision dans la DMLA, il est recommandé d’adresser le patient pour un bilan orthoptique. L’opticien fait partie de cette même chaîne de professionnels, dans un cadre fixé par la loi. L’article du Code de la santé publique relatif à la délivrance des verres correcteurs dispose que « La délivrance de verres correcteurs est subordonnée à l’existence d’une prescription, par un médecin ou un orthoptiste, en cours de validité ». Le même article précise par ailleurs : Les opticiens-lunetiers peuvent adapter, dans le cadre d’un renouvellement, les prescriptions initiales de verres correcteurs en cours de validité, sauf opposition du médecin ou de l’orthoptiste, étant précisé que « L’opticien-lunetier informe la personne appareillée que l’examen de la réfraction pratiqué en vue de l’adaptation ne constitue pas un examen médical. » Le même article pose une condition supplémentaire : les opticiens-lunetiers « ne peuvent adapter et renouveler les prescriptions initiales de verres correcteurs et de lentilles de contact oculaire délivrées en application du 1° de l’article L. 4342-1 qu’à la condition qu’un bilan visuel ait été réalisé préalablement par un médecin ophtalmologiste, dans des conditions fixées par décret. » Notre article sur le repérage, l’équipement et le remboursement des lunettes détaille ce circuit ; il s’applique aussi lorsque votre proche est accompagné en EHPAD, comme le détaille notre article sur l’intervention de l’opticien en établissement.
Rester vigilant dans la durée : suivi, autosurveillance et rééducation basse vision
Le passage chez l’ophtalmologiste ou l’orthoptiste n’est pas un point final. Quand la vision ne peut plus être restaurée par un simple équipement, la prise en charge de la basse vision reste, comme rappelé plus haut, pluridisciplinaire : elle mobilise dans la durée l’ophtalmologiste, l’orthoptiste, l’opticien et le médecin traitant, avec une place explicitement prévue pour l’aidant dans le suivi. Pour la famille, l’enjeu tient autant à la vigilance qu’au relais : signaler un changement de comportement, accompagner la mise en place d’une grille d’Amsler à domicile, ou simplement rappeler la date du prochain examen ophtalmologique.
Cette vigilance partagée rejoint celle que nécessitent d’autres pertes d’autonomie liées à l’âge : notre article sur l’ostéoporose d’un proche âgé aborde, dans une logique similaire, la prévention de la première fracture.
Mini-FAQ : baisse de vision d’un proche âgé
Comment savoir si mon proche voit moins bien au quotidien ?
Quels signes justifient un avis ophtalmologique rapide ?
Qui consulter en premier : ophtalmologiste, orthoptiste ou opticien ?
Sources officielles
- HAS — fiche mémo sur la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA)
- HAS — repérage des déficiences sensorielles, volet EHPAD
- HAS — repérage des déficiences sensorielles, volet résidences autonomie
- HAS — grille de repérage des pertes d’autonomie, volet résidences autonomie
- Légifrance — délivrance des verres correcteurs par les opticiens-lunetiers


