Exercice d'équilibre à domicile d'une personne âgée accompagnée de sa fille
Santé seniors

Ostéoporose d’un proche âgé : prévenir la première fracture

14 min de lecture Aurélie Mortel
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Parler d’ostéoporose chez une personne âgée, c’est parler d’une maladie silencieuse souvent révélée tardivement par une fracture survenue après un traumatisme minime. Pour l’aidant, l’enjeu est d’en parler au médecin avant cette première fracture. Cet article explique ce qu’est l’ostéoporose et la fracture de fragilité, les facteurs qui doivent alerter et amener à en parler au médecin traitant, ce qu’apporte l’examen de densité osseuse, et les gestes de prévention qui réduisent concrètement le risque de première fracture. Il aborde enfin ce qui change une fois qu’une fracture est survenue, pour éviter que la suivante n’arrive.

Qu’est-ce que l’ostéoporose et la fracture de fragilité ?

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L’ostéoporose est une maladie qui fragilise progressivement le squelette. Selon l’Assurance Maladie, « L’ostéoporose est une maladie silencieuse souvent révélée tardivement par une fracture survenue après un traumatisme minime ». C’est là toute la difficulté pour un aidant : rien ne prévient, et le diagnostic arrive souvent après coup.

Ce qui distingue une fracture liée à l’ostéoporose d’une fracture « ordinaire », c’est la faiblesse du choc qui la provoque. Cette fracture survient à la suite d’un traumatisme de faible énergie équivalent au plus à une chute de sa propre hauteur en marchant — un trébuchement dans le couloir, une glissade sur le carrelage de la salle de bain, pas un accident de la route. On parle alors de fracture de fragilité. Les sites les plus fréquents sont le poignet, la hanche et « les vertèbres responsables de tassement vertébral et de perte de taille en hauteur » : un dos qui se voûte peut être un signe visible avant une fracture plus grave.

Certains éléments augmentant le risque justifient d’en parler avec le médecin traitant. L’ostéodensitométrie n’est utile que chez les personnes présentant des facteurs de risques médicaux d’ostéoporose : ce n’est pas un examen de dépistage systématique, mais un examen ciblé. La ménopause et la santé osseuse sont traitées dans notre guide sur la santé des femmes âgées. Parmi les situations qui justifient l’examen :

  • Un antécédent familial : des antécédents de fracture du col du fémur sans traumatisme chez un parent du premier degré (père, mère).
  • La survenue d’une première fracture, notamment chez les patients ayant eu une fracture de fragilité (vertébrale ou périphérique).
  • Chez la femme ménopausée, à l’arrêt du traitement anti-ostéoporotique (en dehors de l’arrêt précoce pour effet indésirable).

L’examen de densité osseuse : quand, à quelle fréquence, à quel coût ?

Quand le médecin traitant soupçonne un risque d’ostéoporose, il peut prescrire une ostéodensitométrie, l’examen qui mesure la densité minérale osseuse. Il ne s’agit pas d’un test à réaliser systématiquement à partir d’un certain âge : « La mesure de la DMO est indiquée chez les personnes présentant des facteurs de risque d’ostéoporose, en particulier chez les patients ayant eu une fracture de fragilité (vertébrale ou périphérique) », précise la Haute Autorité de santé (HAS).

L’examen n’est pas toujours répété à l’identique : « une 2e ostéodensitométrie peut être proposée 3 à 5 ans après la réalisation de la première », notamment quand le premier examen n’avait pas conduit à un traitement. À l’inverse, il n’est pas recommandé de réaliser une ostéodensitométrie, car la prévention de l’ostéoporose est déjà assurée par ce traitement chez les femmes ménopausées qui suivent déjà un traitement hormonal substitutif — c’est au médecin d’apprécier l’utilité de l’examen au cas par cas.

Côté prise en charge : « Elle est remboursée à 70 % sur la base d’un tarif fixé à 39,96€ » par l’Assurance Maladie, lorsque l’examen entre dans le cadre prévu. Pour connaître le reste à charge exact et les conditions de prescription applicables à votre proche, la fiche de l’Assurance Maladie sur l’ostéodensitométrie reste la référence à jour.

Ce que cela change pour chacun

Face à un diagnostic d’ostéoporose ou à un simple risque identifié, chacun a un rôle différent à jouer autour de votre proche.

Pour vous, l’aidant

Vous n’avez pas à devenir soignant, mais votre vigilance compte : repérer un changement de démarche, un équilibre qui se dégrade, une chute même sans conséquence apparente, et en parler au médecin traitant sans attendre. Vous pouvez aussi agir sur l’environnement du logement — nous y revenons plus loin. Si votre proche vit seul, cette vigilance est d’autant plus importante : notre article sur l’isolement d’un proche âgé à domicile donne des repères pour agir avant qu’une situation ne se dégrade.

Pour la personne âgée elle-même

Rien ne remplace son ressenti et sa parole : une douleur nouvelle au dos, une perte d’appui, une appréhension à sortir doivent être exprimées, pas minimisées. L’ostéoporose n’empêche pas de rester actif — c’est même l’inverse, comme le montre la section suivante.

Pour le médecin traitant

C’est lui qui évalue les facteurs de risque, décide de l’utilité d’une ostéodensitométrie et, le cas échéant, engage un traitement. C’est aussi l’occasion, avec lui, de faire le point sur l’ensemble des traitements suivis par votre proche. Notre article sur la polymédication et le rôle de l’aidant explique comment préparer cet échange.

Pour les professionnels qui interviennent à domicile

Infirmiers, kinésithérapeutes, aides à domicile : chacun observe une part différente du quotidien. Signaler à l’aidant ou au médecin un changement d’équilibre, une baisse d’appétit ou un renoncement progressif aux sorties permet d’agir avant la fracture plutôt qu’après.

Prévenir la première fracture : activité physique et sécurité du domicile

Prévenir la fracture, c’est aussi prévenir la chute. La HAS rappelle que « Les personnes âgées sont physiquement moins actives et plus sédentaires que tous les autres groupes d’âge, et ce d’autant qu’elles sont fragiles, ont des antécédents de chutes, ont des limitations fonctionnelles ou sont atteintes de maladies chroniques ».

Son effet est documenté à plusieurs niveaux : « Elle joue un rôle majeur dans la prévention et le traitement de la fragilité et des risques de chutes, favorise le maintien de l’autonomie et prévient la dépendance avec l’avancée en âge ». Sur l’os lui-même, l’exercice physique fait une différence mesurable. Les exercices physiques « en charge » réalisés suffisamment longtemps (> 1 an) ont des effets bénéfiques sur la densité minérale osseuse : la marche, la montée d’escaliers ou des exercices portant le poids du corps, pratiqués dans la durée.

Un programme de prévention des chutes ne se limite pas à l’équilibre : « Le programme d’AP en prévention des chutes doit comporter des exercices d’équilibre, mais aussi des exercices en renforcement musculaire, en particulier des membres inférieurs, et des exercices d’endurance cardiorespiratoire », précise le référentiel de la HAS sur l’activité physique des personnes âgées (2019). Pour un proche fragile ou déjà tombé, une approche isolée ne suffit pas : « Les interventions multifactorielles sont recommandées chez les personnes âgées vivant à domicile fragiles ou à risque de chutes élevé, pour réduire le risque de chutes, mais aussi le risque de perte fonctionnelle ». Le médecin traitant peut orienter vers ce type de programme adapté.

À côté de l’activité physique, la sécurité du logement change concrètement la donne : 70 % des chutes ont lieu à domicile. Un tapis qui glisse, un éclairage insuffisant dans le couloir de nuit, une baignoire sans appui : autant de points à vérifier. Notre guide complet sur la prévention des chutes détaille les points de vigilance pièce par pièce, et des aides existent pour adapter le logement : l’aide de l’Anah pour adapter une salle de bain senior peut par exemple financer une partie des travaux.

Un document de la HAS consacré à la qualité de vie en résidence autonomie rapporte, en citant un rapport national sur l’état de santé de la population, que « Le taux d’incidence des fractures de l’extrémité supérieur du fémur a baissé de 25 % en 15 ans », une évolution pour laquelle la HAS avance plusieurs pistes : « Les campagnes de prévention des chutes et de promotion de l’activité physique adaptée chez les personnes âgées, une meilleure prise en charge de l’ostéoporose sont des facteurs possibles de cette diminution ».

Traitements et après une première fracture : éviter la suivante

Le traitement de l’ostéoporose ne relève jamais d’une décision prise seul à la maison : c’est toujours le médecin qui pose l’indication, choisit la molécule et surveille la tolérance. Un traitement de l’ostéoporose nécessite au préalable la correction d’une éventuelle carence en calcium et/ou en vitamine D, rappelle la HAS. Dans sa note consacrée à l’orthogériatrie et à la fracture de la hanche, qui vise les patients âgés ayant eu une fracture de hanche récente, la HAS indique que « Le traitement de première intention de l’ostéoporose chez les femmes et les hommes est les bisphosphonates (alendronate, risédronate et acide zolédronique) » — « Les médicaments les plus utilisés pour traiter l’ostéoporose sont les bisphosphonates », indique de son côté l’Assurance Maladie. Avant de débuter ce type de traitement, la HAS insiste : « Il est recommandé d’effectuer un bilan bucco-dentaire préalable, suivi des soins nécessaires, en raison du risque exceptionnel d’ostéonécrose mandibulaire » : un point à aborder avec le médecin ou le pharmacien.

La suite est différente lorsqu’une première fracture est déjà survenue, en particulier une fracture de la hanche. C’est alors une prise en charge hospitalière structurée qui s’enclenche, pensée pour éviter une récidive : selon la fiche points clés de la HAS, une supplémentation en vitamine D et en calcium, le traitement de l’ostéoporose et la prévention des chutes et de leurs conséquences sont associés dans ce cadre. Cette vigilance est justifiée par la fréquence des récidives : « Les récidives de FH sont fréquentes (les patients opérés de FH ont dans 50 % des cas un antécédent de FH et 7 à 10 % feront une nouvelle FH dans les 2 années suivant la première fracture) », selon les données citées par la HAS — « FH » désignant la fracture de la hanche.

Ces recommandations très précises ne s’appliquent qu’au suivi hospitalier post-fracture, décidé et ajusté par l’équipe médicale — elles ne constituent pas un conseil à appliquer de vous-même. La fiche points clés de la HAS mentionne, dans ce contexte précis : « Prescrire une supplémentation systématique au long cours de vitamine D (1 000 UI/j ou 100 000 UI tous les 3 mois) sans suivi biologique de son taux sérique » et « Garantir un apport de calcium de 1 200 mg par jour, en privilégiant les apports alimentaires (produits laitiers, eaux minéralisées) ». Rien de tout cela ne se décide à la maison : seul le médecin traitant ou l’équipe hospitalière peut adapter ces repères à la situation de votre proche.

Sur le plan médicamenteux, toujours dans ce cadre post-fracture, la HAS est claire sur la conduite à tenir : « Traiter en première intention par bisphosphonates, en l’absence de contre-indication (insuffisance rénale chronique principalement) et après correction d’une carence éventuelle en vitamine D ou en calcium ». Dans ce contexte d’après fracture de la hanche, la même fiche ajoute : « Les bisphosphonates au long cours réduisent le risque d’une nouvelle FH chez la femme et chez l’homme et améliorent la survie ».

Le retour à domicile après une hospitalisation pour fracture demande de l’organisation : rééducation éventuelle, logement à sécuriser. Notre checklist du retour à domicile après une hospitalisation détaille les points à vérifier avant la sortie. Si la fracture concerne spécifiquement le col du fémur, notre article dédié explique comment prévenir, détecter et gérer une fracture du col du fémur. Et si l’ostéoporose de votre proche est sévère ou qu’un passage en établissement devient nécessaire, notre article sur l’ostéoporose sévère en EHPAD présente les leviers utilisés côté professionnels pour réduire le risque de nouvelle fracture.

Mini-FAQ : ostéoporose et fracture chez un proche âgé

Faut-il faire systématiquement un examen de densité osseuse pour un proche âgé ?
Non : « L’ostéodensitométrie n’est utile que chez les personnes présentant des facteurs de risques médicaux d’ostéoporose ». C’est au médecin traitant d’évaluer, selon les antécédents personnels et familiaux de votre proche, si cet examen se justifie.
Que faire concrètement si mon proche s’est déjà fracturé une première fois ?
Une fracture de fragilité doit être vue comme un signal d’alerte, pas un événement isolé : la prévention d’une nouvelle fracture associe une supplémentation en vitamine D et en calcium, le traitement de l’ostéoporose et la prévention des chutes et de leurs conséquences, sous la responsabilité de l’équipe médicale. Le retour à domicile après l’hospitalisation est le moment clé pour mettre en place ce suivi, évoqué plus haut dans l’article.
L’activité physique est-elle sans risque en cas d’ostéoporose ?
Non seulement elle est sans danger lorsqu’elle est adaptée, mais elle est recommandée : « Le programme d’AP en prévention des chutes doit comporter des exercices d’équilibre, mais aussi des exercices en renforcement musculaire, en particulier des membres inférieurs, et des exercices d’endurance cardiorespiratoire ». Le choix des exercices doit toutefois se faire avec le médecin ou un kinésithérapeute, en fonction de l’état de votre proche.

Sources officielles

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