polymédication personne âgée
Santé seniors

Polymédication de la personne âgée : le rôle clé de l’aidant

12 min de lecture Nicolas Mortel
Ressource recommandée Référence gériatrie
Gériatrie 360° — Le guide pluridisciplinaire de la prise en charge globale de la personne âgée

Gériatrie 360° — Le guide pluridisciplinaire de la prise en charge globale de la personne âgée

La prise en charge globale du grand âge : 14 spécialités en 1 ouvrage.

Mis à jour · juillet 2026

À partir de 29,90 € Découvrir l'ouvrage
Partager

La polymédication de la personne âgée pose une question concrète aux familles : comment savoir si les nombreux médicaments pris chaque jour par un parent âgé lui font plus de bien que de mal ? Entre les ordonnances qui s’empilent, les piluliers à remplir et les allers-retours chez le médecin ou le pharmacien, l’entourage occupe une place que les autorités de santé reconnaissent explicitement. Cet article explique ce que recouvre la polymédication, les signes qui doivent alerter à domicile, le rôle du médecin traitant et du pharmacien — notamment via le bilan partagé de médication — et ce qui change lorsque le proche entre en EHPAD.

Fondamentaux : ce que recouvre la polymédication de la personne âgée

Notre sélectionNouveauté 2026
Le domicile, nouveau lieu du soin — Accompagner l'autonomie des personnes âgées, entre savoir-faire et nouveaux outils
Le domicile, nouveau lieu du soin — Accompagner l'autonomie des personnes âgées, entre savoir-faire et nouveaux outils

Accompagner l'autonomie des personnes âgées à domicile : fondamentaux du soin et outils numériques.

  • 15 chapitres, 203 pages
  • À jour loi Bien vieillir & télésanté 2026
  • Pour IDE, AS, aides à domicile, AVS, ergo

La polymédication n’a pas de définition unique. Le rapport de la DREES sur l’état de santé de la population reprend celle de l’Organisation mondiale de la santé : l’administration de nombreux médicaments de façon simultanée ou l’administration d’un nombre excessif de médicaments. Chez une personne âgée souffrant de plusieurs pathologies, cette situation devient vite la norme : la fiche parcours de la HAS sur la personne âgée polypathologique retient les personnes âgées de 75 ans et plus, ayant au moins 3 maladies chroniques pour définir la polypathologie, et observe qu’elle s’accompagne d’une polymédication (en moyenne 8 à 10 médicaments) qui accroît les risques d’interactions, de mauvaise observance et d’événements indésirables.

La HAS en donne la mesure dans sa fiche consacrée à la polypathologie : 57 % des personnes âgées de 75 ans et plus ont au moins 1 affection de longue durée (ALD), 40 % ont au moins 2 ALD, ce qui explique la fréquence des ordonnances multiples passé un certain âge. La même fiche invite à ne pas négliger les 4 principaux facteurs de risque d’hospitalisation : chute, polymédication, dénutrition, dépression chez une personne âgée polypathologique — quatre points de vigilance que l’entourage peut, lui aussi, garder à l’esprit.

Analyse approfondie : les signaux à repérer au domicile

Formulée pour le domicile et les professionnels qui y interviennent, la recommandation de l’Anesm sur le repérage des risques de perte d’autonomie détaille les signaux à surveiller autour de la prise des médicaments. Plusieurs concernent directement ce que l’entourage peut observer au quotidien :

  • « Prise irrégulière, mauvaise utilisation du pilulier (jour passé et case pleine par exemple) »
  • « Se rendre dans plusieurs pharmacies »
  • « vivre seul et/ou baisse des capacités de l’aidant »
  • « consommer plus de 5 médicaments »

Ces signaux ne sont pas anodins : la chute reste l’une des complications les plus redoutées d’un traitement mal ajusté, comme le détaille notre guide sur la prévention des chutes en EHPAD. Le risque proprement médicamenteux, lui, est développé dans nos dossiers sur la polymédication en EHPAD et la réduction de l’iatrogénie et sur la sécurisation du circuit du médicament face à la polypharmacie, deux ressources pensées pour les équipes mais utiles pour comprendre les enjeux en jeu.

Impact concret : le rôle de chaque proche selon les situations

Vous n’êtes pas seulement témoin de la polymédication de votre proche : les autorités de santé vous reconnaissent un rôle actif, à condition de rester à votre juste place, en lien avec les professionnels. Ce rôle prend une forme différente selon les moments de la vie de votre proche — c’est ce qu’explore plus largement notre article sur le proche aidant d’une personne âgée dépendante.

La personne de confiance, un partenaire reconnu par les autorités de santé

Parmi les recommandations de la HAS : Impliquer, avec son accord, le patient : et si nécessaire son entourage (personne de confiance), en tant que partenaires actifs. Cette place n’est pas symbolique : la conciliation des traitements médicamenteux est, selon la HAS, une démarche principalement menée par les établissements de santé et médico-sociaux mais qui implique fortement les professionnels de soins de ville, les patients, leur entourage et les aidants.

L’aidant au quotidien, un partenaire dans la recherche de solutions

Le référentiel de l’Anesm consacré au domicile est clair : En encourageant la personne et/ou son aidant à exprimer ses besoins et ses attentes, l’entourage participe activement à la vigilance recommandée. Le texte va plus loin : En impliquant la personne et ses aidants dans la recherche de solution ; notamment proposer, pour ceux qui ne le font pas encore, l’utilisation d’un pilulier. Concrètement, un aidant qui remarque une case oubliée ou un traitement mal compris a toute légitimité à en parler.

L’aidant lors d’une hospitalisation, un relais d’information

La HAS observe un point simple : Le patient ne mesure pas forcément l’importance de bien communiquer sur ses médicaments à son admission dans un établissement de santé et plus particulièrement lors de son passage aux urgences. Un aidant qui a en tête la liste des traitements en cours, les horaires de prise et le nom du médecin traitant peut alors faire gagner un temps précieux à l’équipe hospitalière, au moment même où le risque d’erreur est le plus élevé.

Mise en œuvre : s’appuyer sur le médecin traitant et le pharmacien

Face à une polymédication, le premier repère reste le médecin traitant. La HAS met en exergue la responsabilité du médecin traitant pour coordonner le parcours, organiser les interventions des différents acteurs et gérer les médications multiples de la personne âgée polypathologique. C’est donc vers lui que l’entourage doit se tourner en premier lieu pour toute question sur l’utilité, les effets ou les interactions d’un traitement — jamais en modifiant une prise de son propre chef.

Le pharmacien joue un rôle tout aussi central, consacré par l’article du code de la santé publique fixant les missions des pharmaciens d’officine : les pharmaciens d’officine

  • Peuvent participer à l’éducation thérapeutique et aux actions d’accompagnement de patients définies aux articles L. 1161-1 à L. 1161-5.
  • Peuvent proposer des conseils et prestations destinés à favoriser l’amélioration ou le maintien de l’état de santé des personnes.

Notre article sur le pharmacien référent en EHPAD et l’évolution de sa mission détaille comment cette compétence se déploie une fois le proche admis en établissement.

La conciliation des traitements médicamenteux, un point de contrôle à l’hôpital

La HAS a formalisé cette démarche pour les établissements de santé. La conciliation des traitements médicamenteux est un processus formalisé qui prend en compte, lors d’une nouvelle prescription, tous les médicaments pris et à prendre par le patient. Elle associe le patient et repose sur le partage d’informations et sur une coordination pluriprofessionnelle. Concrètement : Elle prévient ou corrige les erreurs médicamenteuses en favorisant la transmission d’informations complètes et exactes sur les médicaments du patient, entre professionnels de santé aux points de transition que sont l’admission, la sortie et les transferts. Ce sont précisément ces moments — une hospitalisation, une sortie, un transfert — où l’aidant qui a préparé à l’avance la liste des traitements de son proche peut faire la différence, en s’appuyant sur le guide de la HAS sur la conciliation des traitements médicamenteux en établissement de santé.

Le bilan partagé de médication : un dispositif réservé au domicile

Parmi les outils disponibles pour faire le point sur une ordonnance complexe figure le bilan partagé de médication, que le guide du parcours de soins de la HAS définit comme une analyse critique structurée des médicaments du patient dans l’objectif d’établir un consensus avec le patient concernant son traitement. Proposé en pharmacie d’officine, ce bilan s’adresse, selon l’Assurance Maladie, à des patients de plus de 65 ans souffrant d’une ou plusieurs pathologies chroniques et présentant au moins cinq molécules ou principes actifs prescrits pour une durée supérieure ou égale à 6 mois.

Ce dispositif ne concerne toutefois pas les proches déjà entrés en EHPAD : l’Assurance Maladie précise que « Les patients résidant en Ehpad ne sont pas autonomes dans la prise de leur traitement, ils ne sont donc pas éligibles au BPM ». Pour l’organisation propre aux établissements, reportez-vous à notre dossier sur le circuit du médicament en EHPAD.

Perspectives : ce qui change à l’entrée en EHPAD

L’entrée en EHPAD ne fait pas disparaître le risque médicamenteux, elle en change simplement le pilotage. Dans sa fiche consacrée aux personnes âgées en institution, la HAS est claire : Les chutes et la iatrogénie liée aux médicaments sont les causes les plus fréquentes d’hospitalisations non programmées. Le référentiel d’évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux, qui s’applique aux EHPAD, est tout aussi net : Les professionnels alertent en cas de risque lié à la prise en charge médicamenteuse, dont la iatrogénie.

Pour la famille, ce relais professionnel ne signifie pas une mise à l’écart : les mêmes principes d’écoute et d’échange d’informations, décrits plus haut pour le domicile et l’hôpital, continuent de s’appliquer, notamment autour des alternatives non médicamenteuses. Nos dossiers sur les psychotropes en EHPAD et les alternatives non médicamenteuses et sur le sommeil des résidents sans recours systématique aux hypnotiques montrent comment cette vigilance se traduit concrètement dans le quotidien d’un établissement.

Reste une nuance à garder à l’esprit, à domicile comme en établissement : la polymédication n’est pas un problème en soi. La DREES rappelle qu’elle est dite appropriée quand elle est justifiée par la polypathologie ou une situation médicale complexe et lorsque les traitements prescrits respectent les recommandations, et qu’à l’inverse elle devient problématique lorsqu’un ou plusieurs médicaments sont prescrits de manière inappropriée ou que leur bénéfice attendu n’est pas obtenu. C’est cette distinction, et non le nombre de boîtes dans l’armoire à pharmacie, qui doit guider l’attention de l’entourage — en lien constant avec le médecin traitant et le pharmacien, jamais en autonomie. Pour aller plus loin, notre guide comment prendre soin d’un proche dépendant et notre dossier sur les problèmes de santé de la personne âgée à prévenir complètent utilement cette vigilance au quotidien.

Mini-FAQ : polymédication et rôle de l’aidant

Comment repérer un risque lié aux médicaments de mon proche à domicile ?
Plusieurs signes peuvent alerter l’entourage au quotidien, comme une « Prise irrégulière, mauvaise utilisation du pilulier (jour passé et case pleine par exemple) » ou le fait de « Se rendre dans plusieurs pharmacies ». Le fait de vivre seul et/ou baisse des capacités de l’aidant augmente aussi le risque. En cas de doute, l’Anesm recommande d’orienter la personne : En sollicitant ou en orientant vers les partenaires et plus particulièrement le pharmacien, le gériatre, le médecin traitant, l’infirmière et/ou SSIAD.
Le bilan partagé de médication est-il accessible à un résident d’EHPAD ?
Non. L’Assurance Maladie précise que « Les patients résidant en Ehpad ne sont pas autonomes dans la prise de leur traitement, ils ne sont donc pas éligibles au BPM ».
Qui contacter en premier en cas de question sur les médicaments de mon proche ?
Le médecin traitant reste l’interlocuteur central : la HAS met en exergue la responsabilité du médecin traitant pour coordonner le parcours, organiser les interventions des différents acteurs et gérer les médications multiples. Le pharmacien est un second relais naturel, en particulier pour toute question sur la prise concrète des traitements au quotidien. Aucun de ces professionnels ne remplace l’autre : ensemble, ils permettent d’ajuster le suivi sans jamais modifier seul un traitement en cours.

Sources officielles

Ressource expert recommandée Pack INTEGRAL
PACK INTÉGRAL : Communication avec Résidents & Familles
PACK INTÉGRAL : Communication avec Résidents & Familles

Apaisez les tensions familles : la communication qui change tout.

  • 8 modules + scripts d'entretien
  • Gestion plaintes & réclamations
  • Posture validation Naomi Feil
Partager cet article
Pour aller plus loin Pack INTEGRAL
PACK INTÉGRAL : Communication avec Résidents & Familles

PACK INTÉGRAL : Communication avec Résidents & Familles

Apaisez les tensions familles : la communication qui change tout.

Mis à jour · juillet 2026

Dossier expert Grille AGGIR 2026 : les 17 variables, la cotation et le calcul du GIR

La grille AGGIR est un outil essentiel en France pour évaluer le niveau d'autonomie des personnes âgées, déterminant le soutien nécessaire selon six niveaux de...

Lire le dossier
Solution partenaire — Hello Risk Reste à charge en EHPAD : ces frais de santé que l’Assurance Maladie ne rembourse pas

Forfait journalier, chambre particulière, dépassements d'honoraires, dentaire, optique, audition : tour d'horizon chiffré des frais de santé que...

Lire l'article
Lien copie dans le presse-papier