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Accueil de jour EHPAD : ce que le décret 2025-875 change concrètement en 2026

9 mai 2026 10 min de lecture Nicolas Mortel
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Le décret n° 2025-875 du 2 septembre 2025, publié au Journal officiel du 3 septembre et entré en vigueur le 4 septembre, réforme en profondeur les conditions d’organisation de l’accueil de jour en EHPAD. Pris en application de la loi du 8 avril 2024 dite « Bien vieillir », il simplifie radicalement les règles pour les structures de moins de 60 lits : plus d’obligation de locaux dédiés, seuil de places abaissé, admission allégée. Ce que directeurs, IDEC et animateurs doivent savoir pour agir dès 2026. (5 obligations de la loi Bien Vieillir à maîtriser avant l’été 2026)

L’accueil de jour en EHPAD : de quoi parle-t-on ?

L’accueil de jour permet à une personne âgée dépendante de fréquenter un établissement médico-social à la journée, sans y résider en permanence. Distinct de l’hébergement temporaire, il s’adresse en priorité aux personnes atteintes de troubles cognitifs — Alzheimer ou maladies apparentées — et aux familles aidantes qui ont besoin d’un répit structuré. L’accueil de jour cumule trois fonctions : stimulation cognitive et sociale, surveillance médicale légère, et soutien psychologique aux aidants.

En pratique, la personne arrive le matin et repart en fin d’après-midi, souvent transportée par l’établissement. Les activités proposées — ateliers mémoire, musicothérapie, jardinage thérapeutique, sorties — s’intègrent à l’animation globale de la structure. Pour les aidants familiaux, ce dispositif représente souvent la première étape avant une entrée en hébergement permanent.

Jusqu’en 2025, la réglementation imposait des conditions strictes : au moins 6 places dédiées, des locaux séparés du reste de l’établissement, et une organisation administrativement complexe. Ces contraintes limitaient de fait le déploiement de l’accueil de jour, particulièrement dans les petits EHPAD ruraux.

Les trois assouplissements majeurs du décret 2025-875

1. Fin de l’obligation de locaux dédiés pour les structures de moins de 60 lits

C’est l’assouplissement le plus structurant. Avant le décret, un EHPAD devait disposer d’espaces physiquement distincts pour ses résidents en accueil de jour : salle de repos séparée, espace repas cloisonné, circulation indépendante. Ce prérequis architectural rendait l’ouverture d’un accueil de jour impossible ou très coûteuse pour les petites structures.

Le décret 2025-875 supprime cette obligation pour tout EHPAD dont la capacité n’excède pas 60 places d’hébergement permanent. Ces établissements peuvent désormais mutualiser les espaces communs — réfectoire, salon d’animation, espaces de vie — entre résidents permanents et résidents en accueil de jour. Une mutualisation qui simplifie à la fois l’organisation et le budget.

2. Un seuil de places radicalement abaissé

L’ancienne réglementation imposait un minimum de 6 places d’accueil de jour. Ce seuil, pensé pour assurer la viabilité économique du dispositif, excluait de nombreux petits établissements qui ne pouvaient garantir un flux suffisant de bénéficiaires. Le décret 2025-875 remplace ce seuil fixe par une règle proportionnelle : pour les EHPAD de moins de 60 lits, le minimum est ramené à 1 place d’accueil de jour par place d’hébergement permanent. Un EHPAD de 45 lits peut donc ouvrir son accueil de jour avec une seule place, et monter en charge progressivement.

3. Des conditions d’admission simplifiées

La loi du 8 avril 2024 « Bien vieillir » avait ouvert la voie à une simplification de l’admission en accueil de jour. Le décret 2025-875 l’opérationnalise : plus de commission d’admission spécialisée distincte, admission par dossier simplifié évaluant l’autonomie (niveau GIR) et la compatibilité avec le projet de vie de l’établissement. Cette simplification réduit les délais d’attente et facilite l’accès pour les familles qui découvrent tardivement ce dispositif.

Financement de l’accueil de jour en 2026 : ce que couvre l’APA

L’accueil de jour est financé selon un mécanisme mixte. L’établissement fixe un tarif journalier qui couvre les soins, l’animation et le repas — en 2026, ce tarif oscille entre 25 et 40 €/jour dans le secteur public et associatif, et entre 35 et 60 €/jour dans le privé lucratif. À ce tarif s’ajoute un forfait transport de 13,06 €/jour, fixé réglementairement.

L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) peut contribuer au financement, dans la limite d’un plafond annuel de 573,77 € dédiés à l’accueil de jour. Ce plafond, distinct des enveloppes APA domicile et hébergement, est souvent méconnu des familles. Le conseil départemental peut également cofinancer le dispositif dans le cadre de schémas gérontologiques territoriaux.

Pour les familles, les dépenses d’accueil de jour ouvrent droit au crédit d’impôt pour les aidants (services à la personne, 50 % des dépenses dans certaines conditions). Une optimisation financière à ne pas négliger lors des entretiens d’admission.

Type d’établissementTarif journalier indicatifTransportPrise en charge APA
Public / associatif25 à 40 €13,06 €Jusqu’à 573,77 €/an
Privé lucratif35 à 60 €13,06 €Jusqu’à 573,77 €/an
2 jours/semaine (moy.)~300 €/mois~104 €/moisPartielle selon GIR

Impact concret par métier

Pour les directeurs : une opportunité économique et de territoire

Le décret 2025-875 crée une opportunité concrète pour les directeurs d’EHPAD de moins de 60 lits qui n’ont pas encore de service d’accueil de jour. Sans investissement lourd (plus de locaux dédiés requis), l’ouverture d’une à trois places génère une recette additionnelle de 7 500 à 15 000 € par an par place (sur 250 jours d’activité, tarif moyen 30 €). Pour des structures sous tension financière — comme le documente le rapport Igas-IGF-IGA 2026 sur le financement EHPAD — ce levier mérite d’être sérieusement étudié.

Sur le plan territorial, l’accueil de jour renforce le positionnement de l’EHPAD comme acteur du maintien à domicile, en lien avec les services d’aide à domicile et les SAAD. Ce rôle est valorisé dans le cadre du label Maisons France Autonomie, qui favorise la coordination des parcours de vie.

Pour les IDEC et IDE : adapter l’organisation des soins

L’accueil de jour mixte (résidents permanents + résidents de jour dans les mêmes espaces) impose une coordination infirmière renforcée. L’IDEC doit anticiper les besoins en soins des résidents de jour — traitement médicamenteux, surveillance tensionnelle, pansements — et les intégrer dans le planning infirmier. Lorsque l’accueil de jour dépasse 5 à 6 personnes simultanément, un temps dédié d’au moins 0,5 ETP infirmier est recommandé.

Pour les animateurs : une animation ouverte et inclusive

La suppression des locaux dédiés implique une intégration des résidents de jour dans les activités existantes : ateliers mémoire, activités physiques adaptées, groupes de parole. Pour les animateurs, cela suppose une adaptation des contenus pour des personnes aux profils d’autonomie hétérogènes. Des formations courtes en animation inclusive — disponibles via les OPCO du secteur — permettent d’accompagner cette transition.

Pour les familles : un accès simplifié, des droits à connaître

Pour les proches aidants, l’accueil de jour représente souvent la première respiration dans un quotidien éprouvant. Le décret 2025-875 facilite l’accès en levant les barrières administratives à l’admission. Les familles peuvent désormais demander un accueil de jour dans n’importe quel EHPAD disposant d’une place, y compris ceux qui n’avaient jamais proposé ce service. Pour les familles en difficulté, les dispositifs d’aide aux aidants (SSIAD, plateformes de répit) restent complémentaires de l’accueil de jour.

Ouvrir ou optimiser votre accueil de jour : guide en 5 étapes

  1. Évaluer la demande locale : recenser les personnes en liste d’attente d’hébergement, les familles en contact avec le service social, les SAAD partenaires. Même 3 à 5 candidats justifient l’ouverture d’une place test.
  2. Réaliser un bilan de faisabilité : identifier les espaces mutualisables (sans travaux pour les EHPAD < 60 lits), évaluer le besoin en personnel additionnel (0,5 ETP animateur + 0,3 ETP aide-soignant par tranche de 5 places), chiffrer le transport.
  3. Définir la tarification : fixer le tarif journalier, informer l’ARS et le conseil départemental, établir le barème de prise en charge APA. Vérifier la conformité avec les obligations de transparence tarifaire.
  4. Communiquer auprès des familles et des partenaires : informer les médecins traitants, les SAAD, les CLIC et MAIA du secteur. Mettre à jour le livret d’accueil et le site internet de l’établissement.
  5. Tracer et évaluer : mettre en place un tableau de bord mensuel (taux d’occupation, satisfaction aidants, incidents, coût par journée). Réviser la tarification au bout de 6 mois si l’activité est insuffisante.

Pour aller plus loin

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Sources officielles :

Tous les EHPAD sont-ils concernés par les assouplissements du décret 2025-875 ?
Non. Les assouplissements (suppression des locaux dédiés et abaissement du seuil de places) s’appliquent exclusivement aux EHPAD dont la capacité d’hébergement permanent n’excède pas 60 lits. Les établissements de plus de 60 places restent soumis aux règles antérieures, notamment l’obligation de disposer d’espaces d’accueil de jour distincts et d’un minimum de places.
L’APA couvre-t-elle l’intégralité du coût de l’accueil de jour ?
Non. L’APA spécifiquement dédiée à l’accueil de jour est plafonnée à 573,77 € par an, quel que soit le niveau de dépendance (GIR). Pour deux jours d’accueil par semaine à 35 €/jour, le coût annuel dépasse 3 600 € : le reste à charge pour la famille reste significatif. Le conseil départemental peut abonder ce financement, mais aucune obligation légale ne l’y contraint.
Un EHPAD peut-il refuser d’ouvrir un service d’accueil de jour malgré le décret ?
Oui. Le décret 2025-875 assouplit les conditions d’organisation mais ne crée pas d’obligation de proposer l’accueil de jour. Chaque établissement reste libre d’intégrer ou non ce service dans son projet d’établissement. En revanche, les EHPAD qui souhaitent l’ouvrir ne se heurtent plus aux contraintes architecturales et de seuil qui constituaient jusqu’ici les principaux freins.
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