Le décret n° 2026-333 du 30 avril 2026 crée une aide forfaitaire de 50 euros pour les travailleurs à revenus modestes utilisant leur véhicule personnel pour se rendre au travail. Dans un secteur où 56,6 % des postes d’aide-soignant sont déclarés difficiles à pourvoir selon l’enquête BMO 2026 de France Travail, cette mesure soulève une question concrète pour les équipes EHPAD : qui est réellement éligible, comment faire la demande, et quel impact cela peut-il avoir sur l’attractivité des établissements en zones rurales ?
Le décret du 30 avril 2026 : ce qu’il dit exactement
Publié au Journal officiel, le décret n° 2026-333 du 30 avril 2026 instaure une indemnité carburant forfaitaire de 50 euros pour les travailleurs qui remplissent simultanément deux conditions cumulatives :
- Condition de revenus : les revenus fiscaux de référence du foyer ne doivent pas dépasser 16 880 euros par part fiscale — soit, pour un célibataire sans enfant, un revenu net mensuel d’environ 1 780 euros.
- Condition de distance ou de kilométrage : la distance entre le domicile et le lieu de travail doit être supérieure à 15 kilomètres, ou le kilométrage professionnel annuel dépasser 8 000 kilomètres.
L’indemnité concerne uniquement les véhicules à motorisation thermique (essence ou diesel). Elle est exonérée d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales. Les demandes sont à déposer sur le portail impots.gouv.fr à partir du 27 mai 2026 et jusqu’au 27 juillet 2026, soit une fenêtre de deux mois.
Contexte : une crise RH qui appelle des mesures concrètes
Cette indemnité arrive dans un secteur sous tension. Selon l’enquête BMO 2026 publiée par France Travail, le médico-social concentre 322 000 projets de recrutement, dont 62 100 postes d’aide-soignant. Parmi ces projets, 56,6 % sont classés comme difficiles à pourvoir — un record dans le secteur de la santé et du social.
Le taux de vacance de postes en EHPAD atteignait 4,1 % en 2023, contre 1,7 % en 2017, selon les données de la CNSA. Le turnover y atteint 24 % selon une étude récente publiée dans le secteur. Ces indicateurs traduisent une pression croissante sur les équipes et les directions, dans un contexte où la pénurie de personnel en EHPAD s’aggrave dans les zones peu denses.
Le PLFSS 2026 a prévu le financement de 4 500 postes soignants supplémentaires en EHPAD dans le cadre d’une trajectoire vers 50 000 créations de postes d’ici 2030. L’indemnité carburant s’inscrit dans cette dynamique d’attractivité, même si elle reste une mesure ponctuelle. Pour un panorama complet du marché de l’emploi, consultez notre analyse du BMO 2026 dans le médico-social.
Qui est éligible parmi les aides-soignants en EHPAD ?
La grille d’éligibilité croise deux variables : les revenus et la distance de trajet. Pour la grande majorité des aides-soignants débutants, la condition de revenus est remplie : un aide-soignant débutant à la Fonction publique hospitalière perçoit environ 1 836 euros brut, soit 1 544 euros net, bien en dessous du seuil de 1 780 euros net pour un célibataire. Dans le privé, les grilles CCN 51 (point à 4,568 euros en 2026) et CCN 66 positionnent les débutants à des niveaux comparables.
La condition de distance est en revanche variable selon le territoire. Les EHPAD ruraux et semi-ruraux, qui représentent une part importante du parc national, emploient souvent des aides-soignants dont le trajet domicile-travail dépasse 15 kilomètres. À l’inverse, les EHPAD situés en zone urbaine dense accueillent une proportion plus élevée de salariés vivant à proximité.
Un profil type d’aide-soignant éligible : célibataire, débutant ou avec peu d’ancienneté, travaillant dans un EHPAD rural ou de taille moyenne, résidant à plus de 15 kilomètres et utilisant un véhicule thermique. Les aides-soignantes à temps partiel pourront également être éligibles si leur kilométrage annuel professionnel dépasse 8 000 kilomètres.
À noter : l’indemnité est cumulable avec le forfait mobilité durable, dispositif optionnel de l’employeur permettant de prendre en charge jusqu’à 600 euros par an pour les trajets en vélo, covoiturage ou transports en commun, également exonéré d’impôt et de cotisations. Pour les niveaux de rémunération de nuit, consultez notre guide sur le salaire aide-soignante de nuit en EHPAD 2026.
Impact par profil : ce que chacun doit faire avant le 27 juillet
Pour les directeurs d’EHPAD
Le directeur n’est pas le prescripteur de l’indemnité — la demande est individuelle et se fait directement sur impots.gouv.fr. Mais son rôle est d’informer ses équipes avant la fermeture de la fenêtre de demande le 27 juillet 2026. Concrètement : communiquer l’information lors de la prochaine réunion d’équipe ou via affichage en salle de pause, proposer de rédiger une attestation de distance domicile-travail pour les salariés qui en feraient la demande, et valoriser cette mesure comme un argument de recrutement pour les postes en zones rurales difficiles à pourvoir.
Au-delà de cette mesure ponctuelle, les stratégies de fidélisation à moyen terme restent prioritaires. Notre guide Recrutement et fidélisation en EHPAD — Guide Complet 2026 détaille les leviers RH durables à activer en parallèle. L’enjeu est de réduire un turnover qui atteint 24 % dans le secteur.
Pour les aides-soignants
La démarche est en trois étapes : vérifier son éligibilité (revenus fiscaux sur l’avis d’imposition 2025, distance domicile-travail), puis se connecter sur impots.gouv.fr à partir du 27 mai 2026 pour soumettre la demande avant le 27 juillet, en conservant le bulletin de salaire et une attestation kilométrique comme justificatifs. Le versement est effectué directement par l’État, sans passer par l’employeur.
Pour les aides-soignants souhaitant connaître l’ensemble de leurs droits, notre dossier sur la formation aide-soignant en 2026 détaille également les nouvelles voies d’accès au métier et les grilles de rémunération.
Pour les IDEC
L’infirmier coordinateur peut jouer un rôle de relais en cartographiant son équipe soignante : identifier les collègues dont le trajet domicile-travail dépasse 15 kilomètres, signaler la mesure lors de la réunion pluridisciplinaire, et rappeler que l’indemnité est cumulable avec les indemnités conventionnelles existantes. Une démarche collective d’information réduit le risque que des agents éligibles passent à côté du dispositif faute d’avoir été informés à temps.
Au-delà de l’indemnité carburant : les autres leviers d’attractivité en 2026
L’indemnité de 50 euros est une mesure ponctuelle, non reconductible automatiquement. Elle ne saurait constituer à elle seule une réponse à la crise de recrutement du secteur. Les directeurs disposent d’autres leviers durables à mobiliser :
- Prime Ségur : 183 euros nets par mois dans la Fonction publique hospitalière, environ 160 euros dans le secteur privé selon les accords. Pérenne depuis 2021.
- Forfait mobilité durable : jusqu’à 600 euros par an, optionnel pour l’employeur, cumulable avec l’indemnité carburant. Couvre vélo, covoiturage et transports en commun.
- Revalorisation conventionnelle : le point CCN 51 s’établit à 4,568 euros en 2026 (+2 % depuis janvier). En CCN 66, une revalorisation similaire est en cours de négociation.
- Actions sur les conditions de travail : réduction de l’absentéisme, ergonomie, prévention des TMS — des leviers documentés dans notre dossier sur l’absentéisme en EHPAD — contribuent autant à la fidélisation que les mesures salariales.