Durée de passage aux urgences : la moitié des patients passent désormais plus de 3 h 10 aux urgences, contre 2 h 15 en 2013, selon l’étude DREES Études et Résultats n° 1372, juin 2026. Pour vos résidents de plus de 75 ans, ce délai atteint 4 heures en médiane, contre 2 h 10 pour les 15-74 ans. Cinq leviers concrets pour réduire l’impact sur vos équipes et vos résidents.
Ce que révèle l’étude DREES 2026 sur les urgences
L’enquête nationale analysée par la DREES dresse un bilan préoccupant de l’engorgement hospitalier. La durée médiane de passage aux urgences est passée de 2 h 15 en 2013 à 3 h 10 en 2023, soit une hausse de 55 minutes en dix ans. Cette progression s’observe à tous les niveaux du parcours :
- Consultation seule : la durée passe à moins de 1 h 35, soit +20 minutes par rapport à 2013
- Soins avec plateau technique : plus de 3h50 pour la moitié des cas, soit +1 h 15
- Patients hospitalisés : plus de 6 h 30, soit +1 h 45 par rapport à 2013
- Patients admis en UHCD : plus de 17 h 30, soit +2 h 40
Les établissements à forte activité enregistrent des attentes encore plus longues, quelle que soit la nature de la prise en charge. Ce constat est particulièrement critique pour les EHPAD situés à proximité de grandes agglomérations.
Vos résidents : des patients particulièrement exposés aux délais
Les personnes âgées constituent une part significative mais vulnérable des passages aux urgences. Les 75 ans et plus représentent 14 % des patients accueillis aux urgences en France, une proportion qui varie fortement selon les territoires : de 9 % en Île-de-France jusqu’à 17 % en Bourgogne-Franche-Comté.
La complexité de leur prise en charge allonge mécaniquement leur durée de présence : les parcours longs concernent 36 % des personnes de 75 ans ou plus, contre seulement 24 % en 2013. Et 94 % des 75 ans ou plus font l’objet d’au moins un acte médical lors de leur passage. Ce chiffre illustre bien pourquoi un simple passage aux urgences se transforme souvent en demi-journée d’attente pour vos résidents.
Ce qui rend la situation encore plus délicate pour les EHPAD : seulement 5 % des patients âgés passés aux urgences retournent dans leur établissement d’hébergement. L’immense majorité est hospitalisée, avec toutes les conséquences que cela implique pour la continuité des soins et la charge de coordination de votre équipe. Rappelons le profil de vos résidents : fin 2023, 697 000 personnes fréquentent un établissement d’hébergement pour personnes âgées ou y vivent en France, avec une moitié ayant plus de 87 ans et 11 mois et plus de la moitié des résidents en EHPAD en forte perte d’autonomie (GIR 1 ou 2). Ces profils de grande dépendance multiplient les risques de recours non planifié aux urgences. Consultez notre guide complet sur la prévention des chutes en EHPAD, première cause de recours aux urgences.
Des hospitalisations en partie évitables : le constat de la HAS
La HAS, dans ses recommandations sur la réduction des hospitalisations non programmées des résidents d’EHPAD, rappelle que les hospitalisations et passages aux urgences potentiellement évitables représentent entre 19 % et 67 % des cas selon les études.
Les causes les plus fréquentes ? Selon la HAS, les chutes et les effets indésirables médicamenteux sont au premier rang des déclencheurs d’hospitalisation non programmée depuis les EHPAD. Deux phénomènes sur lesquels les équipes EHPAD ont une réelle marge d’action — voir notre guide sur le circuit du médicament en EHPAD pour réduire la iatrogénie médicamenteuse. La HAS souligne également que ces hospitalisations accélèrent la perte d’autonomie et le déclin cognitif des résidents les plus fragiles.
5 actions concrètes pour les directeurs et l’IDEC
Face à ces données, les équipes de direction et les IDEC disposent de leviers d’action clairs :
- Constituer et maintenir le DLU de chaque résident : un Dossier de Liaison d’Urgence doit être accessible 24 h/24 pour tous les soignants, et il doit être constitué dès l’entrée du résident, le risque d’hospitalisation étant plus élevé lors des premières semaines. En cas de transfert, le patient est toujours accompagné d’une édition papier du DLU. Le dossier d’urgence dématérialisé peut réduire les délais de prise en charge.
- Activer la permanence des soins 24 h/24 : la HAS recommande une permanence soignante 24h/24 couplée à une régulation médicale via le SAMU Centre 15, ainsi que la mise en place systématique des dossiers de liaison d’urgence. Un médecin joignable peut éviter un transfert inutile.
- Renforcer le lien avec le médecin traitant : consultez nos 6 stratégies pour renforcer le lien médecin traitant-EHPAD. Un médecin traitant joignable la nuit ou le week-end réduit drastiquement le recours aux urgences.
- Sécuriser la coordination à la sortie d’hospitalisation : la liaison hôpital-EHPAD est un point critique. L’utilisation du DLU permet de diminuer les hospitalisations non programmées inappropriées. Un protocole formalisé de retour évite les ré-hospitalisations précoces.
- Former l’IDEC à l’évaluation gériatrique d’urgence : l’IDEC est souvent le premier interlocuteur lors d’une dégradation nocturne. Sa capacité d’évaluation rapide et son lien avec le SAMU Centre 15 sont décisifs pour orienter sans envoyer systématiquement aux urgences.
Perspectives : une pression structurelle qui nécessite une réponse organisationnelle
En 2023, les passages aux urgences en France s’élèvent à 20,9 millions, après un rebond post-pandémie. Cette pression structurelle va de pair avec le vieillissement de la population. Pour les EHPAD, cela se traduit par une responsabilité accrue : être un acteur actif de la réduction des hospitalisations évitables, en s’appuyant sur une coordination territoriale renforcée et une technologie DUI adaptée au signalement précoce. Les recommandations HAS sur les EHPAD fournissent un cadre opérationnel pour structurer cette démarche.