Coussin de positionnement plaçant les talons en décharge sur un lit médicalisé
Escarres & Soins cutanés

Escarre du talon en EHPAD : repérer, décharger, soigner

12 min de lecture Aurélie Mortel
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Escarre du talon en EHPAD : que regarder chaque jour, comment décharger le talon, et qui fait quoi quand la peau s’abîme ? Cet article suit la localisation talon, de l’observation quotidienne au soin, et distingue ce qui lui est propre des règles générales de prévention.

Escarre talon : définition, sources et périmètre

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Pour la définition, la conférence de consensus Anaes sur les escarres retient : « L’escarre est une lésion cutanée d’origine ischémique liée à une compression des tissus mous entre un plan dur et les saillies osseuses. »

Ce texte date de 2001. Sauf mention expresse (décharge des talons, poches d’eau sous le talon, tendon d’Achille), ses règles visent l’ensemble des zones à risque. Son texte long complète ces points sur la mise en décharge.

La seconde source est la recommandation de la HAS sur le pied de la personne âgée, consacrée à l’approche médicale et à la pédicurie-podologie, mentionne, à propos des plaies : « les plaies aiguës ou chroniques depuis plus de 6 semaines qui peuvent être dues à une artériopathie, une néoplasie ou une ulcération d’appui (escarre). »

Pour le cadre général, le guide complet sur les escarres en EHPAD et l’article sur les stades et la conduite à tenir restent vos points d’entrée.

Repérer et décharger l’escarre du talon : observer, évaluer, positionner

Observer le talon chaque jour

La conférence de 2001 recommande ceci : « Observer de manière régulière l’état cutané et les zones à risque (au moins quotidiennement, à chaque changement de position et lors des soins d’hygiène) afin de détecter précocement une altération cutanée (grade C). » C’est une règle générale aux zones à risque. Les soins d’hygiène décrits dans le pilier sur la toilette et les soins d’hygiène sont un de ces moments.

Pour le pied, la recommandation de la HAS de 2020 cite la surveillance de « la zone talonnière afin de prévenir l’apparition de crevasses et de fissurations ». Elle vise les lésions cutanées du pied et non les escarres au sens strict, mais la zone talonnière y est nommée expressément.

Peau pigmentée : ce que le premier stade donne à voir

Le premier stade ne se lit pas de la même façon selon la peau. La classification reprise par l’Anaes décrit : « Chez les personnes à la peau claire, l’escarre apparaît comme une rougeur persistante localisée, alors que chez les personnes à la peau pigmentée, l’escarre peut être d’une teinte rouge, bleue ou violacée persistante. »

Évaluer le risque

La conférence de 2001 retient que « Seules l’immobilisation et la dénutrition sont réellement des facteurs prédictifs du risque d’escarre. » Et sur la méthode : « Pour l’évaluation du risque d’escarre, il est recommandé d’utiliser, en association avec le jugement clinique, un outil commun d’évaluation du risque dès le contact initial avec le patient (grade C). » L’échelle de Braden est détaillée dans notre article sur l’évaluation du risque d’escarre ; l’échelle de Norton l’est dans le guide de l’IDEC sur la prévention et la gestion des escarres.

Mettre en décharge : positionnement et accessoires

Deux recommandations de la conférence de 2001 sont générales et ne sont pas propres au talon. D’abord : « Des changements de position doivent être planifiés toutes les 2 à 3 heures, voire à une fréquence plus élevée (grade B) » Ensuite : « Le décubitus latéral oblique à 30° par rapport au plan du lit est à privilégier car il réduit le risque d’escarre trochantérienne (grade C). » Le bénéfice énoncé pour l’inclinaison porte sur l’escarre trochantérienne, pas sur le talon. Le planning et la cadence de ces changements d’appui sont traités dans nos articles sur le repositionnement en EHPAD et sur la cadence de l’aide-soignante.

C’est le texte long qui parle expressément des talons. À propos de ces installations, il indique : « Ces installations peuvent être complétées par l’utilisation d’accessoires de positionnement adaptés (oreillers, mousses) assurant systématiquement la mise en décharge des talons. » Il ajoute une limite : « Ces accessoires doivent éviter de créer une surpression au niveau du tendon d’Achille et des mollets. »

Sur les supports, la conférence indique : « L’intérêt d’un support pour la diminution de la pression a été démontré en comparaison avec un matelas standard (grade A). » Les critères de prescription sont dans le guide de prescription des matelas et coussins anti-escarres, et la question location ou achat dans l’article sur les supports anti-escarre.

Ce qu’il faut éviter : poches d’eau, massage, surpression

  • Les poches d’eau : « L’utilisation des poches remplies d’eau sous le talon est déconseillée. »
  • Le massage et la friction : « Le massage et la friction des zones à risque sont à proscrire (grade B) puisqu’ils diminuent le débit microcirculatoire moyen (grade C). »
  • Les accessoires de décharge qui appuient ailleurs : « Ces accessoires doivent éviter de créer une surpression au niveau du tendon d’Achille et des mollets. »

Escarre du talon : qui fait quoi, de l’infirmier à l’aide-soignant

Le partage des rôles repose sur le Code de la santé publique et sur l’arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des actes et soins des infirmiers. Notre article sur les actes infirmiers et les arrêtés du 26 juin 2026 en présente l’ensemble ; nous ne reprenons ici que ce qui touche à l’escarre.

IDE et IDEC

Pour l’infirmier, la délégation est encadrée par le Code de la santé publique : « l’infirmier peut, dans le cadre de son rôle propre, confier sous sa responsabilité certains actes et soins qu’il détermine en fonction de l’évaluation de la situation clinique de la personne et qui figurent sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de la santé. » Les deux fragments se lisent ensemble : la délégation porte sur les actes de cette liste.

Dans l’arrêté, plusieurs items touchent l’escarre : « réalisation de soins, surveillance et évaluation d’une plaie, d’une escarre, d’un ulcère cutané, d’une fistule ou d’une stomie », « réalisation de soins incluant la préservation de l’hydratation cutanée, les mobilisations, les mesures de décharge de la plaie, les conseils et l’adaptation de l’environnement ».

Le texte borne aussi la prise en charge des plaies chroniques : « L’infirmier prend en charge la prévention, l’évaluation et le traitement de : 1° La plaie chronique, à l’exclusion de la plaie : – du pied diabétique ». La liste d’exclusions se poursuit :

  • « spécifique liée aux soins oncologiques et à la radiothérapie » ;
  • « présentant une aggravation et une absence de cicatrisation malgré les soins prodigués ».

La plaie du pied diabétique est ainsi exclue de cette prise en charge infirmière ; l’article n’en tire pas d’autre conclusion pour le talon.

Aide-soignant

L’arrêté prévoit, à son article 2 : « Dans le cadre de son rôle propre et des données acquises de la science, l’infirmier met en œuvre les interventions et dispense les soins listés au présent article ou en confie leur réalisation sous sa responsabilité, dans les conditions prévues par l’article R. 4311-5 », à des professionnels que le texte énumère ensuite. Pour l’aide-soignant, la partie A vise « Un aide-soignant, un auxiliaire de puériculture ou un accompagnant éducatif et social titulaire du diplôme d’Etat : » Et la liste correspondante comprend « participation à la prévention et surveillance du risque d’escarres ». La partie suivante vise « Un aide-soignant ou un auxiliaire de puériculture » et comprend la « prévention du risque d’escarres ».

Ces items portent sur la prévention et la surveillance du risque. Les soins, la surveillance et l’évaluation d’une escarre figurent, eux, dans la liste de l’article 1 citée plus haut pour l’infirmier.

Médecin coordonnateur

Le guide des soins de plaies en EHPAD détaille la prise en charge des plaies.

Pédicure-podologue

La recommandation de 2020 sur le pied est celle de la pédicurie-podologie. Si votre établissement fait intervenir un podologue, notre article sur les soins podologiques présente les conditions de son intervention.

Soigner et surveiller : du stade au chaussage de décharge

Qualifier le stade et la nécrose

L’article sur les stades d’escarre décrit les stades, y compris le plus avancé, et ce qu’il implique pour l’équipe. Pour la nécrose, la conférence de 2001 retient : « En cas de nécrose, l’évaluation doit être quotidienne. »

Escarre du talon et pansement

Le choix du pansement d’une escarre du talon s’inscrit dans le cadre de la prise en charge de la plaie décrite dans le guide des soins de plaies.

Chaussage de décharge et bas de contention

La recommandation de la HAS sur le pied indique : « Les chaussages à usage temporaire ou CHUT sont indiqués pour la mise en décharge d’une zone, notamment lors de chaussage postopératoire, de douleur aiguë ou de plaie. » Ce texte décrit le chaussant ; au lit, la décharge du talon relève du positionnement exposé plus haut. Pour les bas de contention sur un pied dont le talon est fragilisé, reportez-vous à notre guide des bas de contention en EHPAD et à l’avis du prescripteur.

Points de contrôle proposés

  • Regarder le talon à chaque toilette et à chaque changement de position, et tracer l’observation.
  • Évaluer le risque avec un outil commun, en association avec le jugement clinique.
  • Installer le résident avec des accessoires qui déchargent le talon sans appuyer sur le tendon d’Achille ni sur les mollets.
  • Ne pas masser les zones à risque ; éviter les poches d’eau sous le talon.
  • Signaler toute altération à l’infirmier.
  • En cas de nécrose, programmer une évaluation quotidienne de la plaie.

Une plaie du talon peut aussi être douloureuse : la douleur se traite comme telle, dans la démarche décrite par le pilier sur la douleur en EHPAD.

Perspectives : un texte de référence ancien, des questions ouvertes

Le texte de référence sur les escarres cité ici date de 2001, et ses règles de positionnement visent l’ensemble des zones à risque : les gestes propres au talon se lisent dans ses mentions expresses.

Les textes sur les actes infirmiers, eux, sont récents et s’appliquent déjà. Vérifiez que vos protocoles internes d’escarres et vos fiches de poste d’aides-soignants parlent de participation à la prévention et à la surveillance, et que le partage avec l’infirmier est écrit. Nous mettrons cet article à jour si un texte HAS plus récent sur la prévention des escarres paraît.

Mini-FAQ : escarre du talon en EHPAD

Que faire devant une escarre du talon avec nécrose ?
La conférence de consensus de 2001 retient que « En cas de nécrose, l’évaluation doit être quotidienne. » La répartition des rôles entre infirmier, aide-soignant et médecin est décrite dans la section consacrée aux profils métier.
Peut-on masser le talon ou poser une poche d’eau dessous ?
D’après la conférence de consensus, « L’utilisation des poches remplies d’eau sous le talon est déconseillée. » Elle indique aussi que « Le massage et la friction des zones à risque sont à proscrire »
L’aide-soignant peut-il prendre en charge une escarre du talon ?
L’arrêté sur les actes infirmiers prévoit que « l’infirmier met en œuvre les interventions et dispense les soins listés au présent article ou en confie leur réalisation sous sa responsabilité ». La partie qui le concerne vise « Un aide-soignant, un auxiliaire de puériculture ou un accompagnant éducatif et social titulaire du diplôme d’Etat » et sa liste comprend « participation à la prévention et surveillance du risque d’escarres ». La partie suivante, qui vise l’aide-soignant ou l’auxiliaire de puériculture, comprend la prévention du risque d’escarres. Les soins de l’escarre figurent dans la liste propre à l’infirmier.

Sources officielles

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