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Escarres & Soins cutanés

Soins de plaies en EHPAD : guide pratique des pansements, protocoles et coordination [2026]

12 avril 2026 18 min de lecture Aurélie Mortel
Ressource recommandée Nouveauté 2026
Guide Pratique : Soins de plaies & Cicatrisation en EHPAD

Guide Pratique : Soins de plaies & Cicatrisation en EHPAD

Soins de plaies en EHPAD : évaluation, pansements, suivi cicatrisation.

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Mis à jour le 6 avril 2026. Les soins de plaies en EHPAD constituent un défi quotidien pour les équipes soignantes : avec une prévalence de 8,3 % toutes plaies confondues dans les établissements français, et un coût estimé à 3,35 milliards d’euros par an pour les seules escarres, maîtriser l’évaluation, le choix du pansement et la coordination pluridisciplinaire n’est plus une option — c’est une exigence de qualité. Ce guide pratique, destiné aux IDE, IDEC, aides-soignantes et médecins coordonnateurs, fait le point sur les protocoles, les outils d’évaluation et les évolutions réglementaires de 2025 à mettre en place dès aujourd’hui dans votre établissement.

Contexte et enjeux des soins de plaies en EHPAD

Environ 2 millions de personnes sont atteintes de plaies chroniques en France. En EHPAD spécifiquement, les données de l’étude Iquare (Gérontopôle de Toulouse) révèlent une prévalence des escarres de 3 à 4 %, et une prévalence toutes plaies confondues de 8,3 % (escarres 6,4 %, ulcères 1,6 %). Ces chiffres masquent une réalité plus préoccupante : seulement 20 à 40 % des EHPAD pratiquent une évaluation systématique du risque à l’admission, alors que la prévention est le levier le plus efficace — et le moins coûteux.

Sur le plan réglementaire, deux textes majeurs ont reconfiguré le cadre de prise en charge en 2025 :

  • L’arrêté du 13 mars 2025 encadre la prescription de pansements en limitant la première délivrance par le pharmacien à 7 jours maximum. Ce délai oblige les équipes à anticiper et à structurer leurs protocoles de renouvellement.
  • La loi du 27 juin 2025 sur la profession d’infirmier reconnaît aux IDE un droit de prescription autonome élargi, notamment pour les pansements relevant du rôle propre (AMI 4 — pansement lourd et complexe). Cette évolution renforce le rôle central de l’infirmière dans la gestion des plaies chroniques en EHPAD.

Concrètement sur le terrain, ces évolutions impliquent de réviser les procédures internes, de former les équipes aux nouvelles marges de manœuvre, et de clarifier les délégations entre professions. C’est précisément l’objet de ce guide.

Évaluer une plaie en EHPAD : la méthode TIME et les outils de risque

Avant tout choix de pansement, une évaluation rigoureuse de la plaie est indispensable. La méthode TIME — validée internationalement — offre une grille d’analyse structurée en quatre dimensions, applicable par l’IDE dès la première consultation.

LettreSignificationCe qu’on observeAction clinique
T — TissueNature du tissuNécrose sèche ou humide, fibrine, tissu de granulation (bourgeon), épithélium néoforméDétersion adaptée (mécanique, autolytique ou enzymatique)
I — Infection/InflammationSignes infectieuxRougeur péri-lésionnelle, chaleur, douleur augmentée, exsudat purulent, odeurTraitement antimicrobien local (argent, PHMB) ou systémique si sepsis
M — MoistureÉquilibre de l’humiditéMacération des berges (excès) ou dessèchement du lit de la plaie (déficit)Ajuster la classe de pansement (absorbant ou hydratant)
E — EdgeÉtat des bergesBerges décollées, hyperkératoses, épidermisation absente ou bloquéeTraitement local des berges, décision de greffe si indication

En pratique, la méthode TIME se complète par les échelles de risque utilisées en prévention. L’échelle de Norton reste la plus répandue en EHPAD (score < 14 = risque élevé). L’échelle de Braden, plus fine, est recommandée par la HAS pour une cotation initiale à l’admission puis toutes les semaines pour les résidents à risque. Ces deux outils doivent être tracés dans le Dossier Usager Informatisé (DUI) et renseignés à chaque changement d’état clinique.

Un critère d’efficacité souvent négligé : si la surface de la plaie ne diminue pas d’au moins 20 à 40 % après 4 semaines de prise en charge adaptée, le protocole doit impérativement être réévalué — avec avis spécialisé si nécessaire. Pour approfondir la prévention et la gestion des escarres, consultez notre guide complet sur les escarres en EHPAD, qui couvre en détail les échelles de risque, les surfaces et les protocoles de prévention.

Guide des pansements par type de plaie : classes, indications et fréquences

Le choix du pansement découle directement de l’évaluation TIME. Chaque classe a ses indications précises — utiliser un hydrocolloïde sur une plaie infectée, par exemple, est une erreur fréquente qui aggrave la situation. Voici le tableau de référence, aligné avec les recommandations HAS et le guide OMEDIT Grand-Est :

Classe de pansementIndication principaleFréquence de changementPoints de vigilance
HydrogelNécroses sèches, plaies déshydratées1 à 3 joursProtéger les berges saines (risque de macération)
AlginatePlaies infectées très exsudatives1 à 3 joursNe pas utiliser sur plaie sèche — sèche les berges
Hydrofibre (CMC)Plaies cavitaires très exsudatives1 à 4 joursVérifier l’absence de contact avec l’os ou le tendon
Hydrocellulaire (mousse)Plaies exsudatives bourgeonnantes3 à 7 joursDisponible en version adhésive ou non-adhésive
HydrocolloïdePlaies peu exsudatives en épidermisation3 à 7 joursCONTRE-INDIQUÉ si infection — risque d’extension
Charbon actifPlaies malodorantes, tumorales2 à 4 joursAction sur l’odeur, pas sur la cicatrisation
Argent (Ag)Plaies infectées ou à risque infectieux élevéSelon exsudat (notice)Usage limité dans le temps — réévaluer à 2 semaines
Film polyuréthanePhase de ré-épidermisation, plaies superficielles5 à 7 joursNe pas utiliser si exsudat — risque de macération

En pratique, la gestion des stocks de pansements en EHPAD mérite une attention particulière. Les erreurs de péremption des pansements sont fréquentes et coûteuses — une bonne gestion des DMS (durée de mise en stock) est un levier d’optimisation directement actionnable par l’IDEC. De même, pour les plaies complexes ne répondant pas aux protocoles standards, notre article sur l’optimisation des protocoles pour plaies complexes détaille les stratégies de recours.

Ulcères des membres inférieurs : l’IPS au cœur de la décision

Les ulcères de jambe représentent 1,6 % de la population en EHPAD, mais leur prise en charge est souvent inadaptée faute de mesure systématique de l’Indice de Pression Systolique (IPS). Cet examen simple — réalisable avec un Doppler portable — conditionne pourtant l’ensemble de la stratégie de compression :

Valeur IPSÉtiologie probableCompression
≥ 0,8Composante veineuse dominanteCompression forte autorisée (bas, bandes multicouches)
0,5 à 0,8Composante mixte (veineux + artériel)Compression légère possible, sous surveillance médicale
< 0,5Artériopathie oblitérante sévèreContre-indication absolue à la compression — avis vasculaire urgent

En EHPAD, l’IPS est souvent non mesuré, par méconnaissance ou par absence de matériel. Or la mise en place d’une compression sur un ulcère artériel peut entraîner une ischémie critique — une erreur aux conséquences graves. Le guide de l’OMEDIT Grand-Est sur les pansements recommande de systématiser la mesure de l’IPS à chaque nouvel ulcère des membres inférieurs, et de l’inscrire dans le protocole institutionnel.

La gestion de la douleur liée à l’ulcère est indissociable du soin. Les changements de pansement sont souvent le moment le plus douloureux pour le résident : prémédication antalgique 30 minutes avant, humidification du pansement avant le retrait, et choix de pansements non-adhérents sur plaie douloureuse sont des réflexes à intégrer dans le protocole. Notre guide complet sur la gestion de la douleur en EHPAD détaille les échelles d’évaluation adaptées aux résidents avec troubles cognitifs (ECPA, Doloplus).

Rôles et coordination pluridisciplinaire autour des soins de plaies

La prise en charge d’une plaie chronique en EHPAD ne repose jamais sur un seul professionnel. La coordination est la clé — et chaque acteur a un rôle précis à tenir.

L’aide-soignante : premier maillon de la vigilance

L’aide-soignante est le professionnel qui passe le plus de temps auprès du résident. Son rôle dans la prévention des plaies est fondamental : surveillance quotidienne des zones à risque (talons, sacrum, trochanters, omoplates, malléoles), signalement rapide de toute rougeur persistante, participation aux soins de nursing (repositionnements, hygiène cutanée), et mobilisation autour des repas — car la dénutrition est un facteur de risque majeur d’escarre et de cicatrisation compromise. La transmission orale et écrite vers l’IDE est une responsabilité à part entière.

L’IDE : évaluation, prescription et réalisation des soins

Depuis la loi du 27 juin 2025, l’infirmière dispose d’un droit de prescription élargi pour les pansements relevant de son rôle propre (AMI 4). Concrètement, elle évalue la plaie avec la méthode TIME, choisit et adapte la classe de pansement, réalise ou supervise le soin, et met à jour le plan de soins dans le DUI. La traçabilité est non négociable : chaque soin doit être documenté avec le type de pansement utilisé, l’aspect de la plaie, les dimensions si possible, et l’évolution. Les transmissions ciblées sont l’outil privilégié pour assurer la continuité entre équipes.

L’IDEC : garant des protocoles et de la formation

L’infirmier coordinateur (IDEC) est responsable de l’élaboration et de la mise à jour des protocoles de soins de plaies. Il organise les staffs pluridisciplinaires sur les situations complexes, supervise la formation continue des équipes (notamment l’utilisation de la méthode TIME et du Doppler), gère le référentiel des pansements avec le pharmacien, et peut initier des téléconsultations auprès d’un dermatologue ou d’un chirurgien vasculaire. Le guide IDEC sur la prévention et la gestion des escarres est une ressource de référence pour structurer cette démarche.

Le médecin coordonnateur : cadrage médical et recours

Le médecin coordonnateur valide les protocoles institutionnels, oriente vers un avis spécialisé en cas de non-cicatrisation, et coordonne avec les médecins traitants lors des situations complexes (infection systémique, plaie tumorale, décision de soins palliatifs). La téléconsultation avec un dermatologue ou un centre de cicatrisation se développe en EHPAD et permet d’éviter des hospitalisations évitables tout en garantissant un avis expert.

Points de vigilance et erreurs fréquentes sur le terrain

Plusieurs erreurs reviennent régulièrement dans les EHPAD. Les identifier, c’est déjà les prévenir.

  • Utiliser un hydrocolloïde sur une plaie infectée : l’environnement occlusif favorise la prolifération bactérienne. Toujours écarter une infection avant d’utiliser cette classe.
  • Ne pas mesurer l’IPS avant de poser une compression : risque ischémique grave sur artériopathie non diagnostiquée.
  • Changer le pansement trop souvent : chaque changement est un traumatisme pour la plaie et une dépense inutile. Respecter la fréquence recommandée, sauf signes d’alarme.
  • Négliger la nutrition : une plaie qui ne cicatrise pas doit systématiquement faire évaluer l’état nutritionnel. Albumine, pré-albumine et MNA sont des indicateurs à croiser.
  • Absence de traçabilité : sans documentation des soins dans le DUI, il est impossible d’évaluer l’évolution et de coordonner les équipes de nuit et de week-end.
  • Confondre les 5 zones à risque : talons, sacrum, trochanters, omoplates et malléoles sont les sites les plus touchés en EHPAD. La vérification systématique lors des soins de nursing est à formaliser dans les procédures. Notre article sur les 5 zones à inspecter pour prévenir les escarres est un support de formation utile pour les équipes.

Cas particulier : les soins de plaies en contexte palliatif

En soins palliatifs, l’objectif n’est plus la cicatrisation mais le confort. Le soin de plaie devient un soin de confort : limiter la douleur au changement, contrôler les odeurs (charbon actif), maintenir l’intégrité cutanée sans acharnement thérapeutique. La décision de modifier les objectifs de soins doit être collégiale, tracée dans le dossier et partagée avec la famille. La fréquence des changements peut être réduite si cela est dans l’intérêt du résident. Cette approche s’inscrit pleinement dans la philosophie des 5 techniques clés de prévention appliquées avec discernement selon le stade de vie du résident.

FAQ — Questions fréquentes sur les soins de plaies en EHPAD

Comment choisir un pansement selon le type de plaie ?

Le choix repose sur l’évaluation TIME de la plaie : nature du tissu (T), présence d’une infection (I), niveau d’humidité (M) et état des berges (E). Un pansement hydrogel convient aux nécroses sèches, un alginate aux plaies infectées exsudatives, un hydrocellulaire aux plaies bourgeonnantes modérément à très exsudatives. L’hydrocolloïde est réservé aux plaies peu exsudatives sans infection. Consultez le tableau récapitulatif ci-dessus pour un guide rapide par classe.

Quand une plaie devient-elle chronique ?

On parle de plaie chronique lorsqu’elle ne montre pas de signe de cicatrisation après 4 à 6 semaines de prise en charge adaptée. Le critère de non-cicatrisation retenu par la HAS est une réduction de la surface inférieure à 20 à 40 % en 4 semaines. Passé ce délai, une réévaluation médicale et, si besoin, un avis spécialisé (dermatologue, centre de cicatrisation) sont indispensables.

Peut-on utiliser un pansement hydrocolloïde sur une plaie infectée ?

Non. C’est une contre-indication formelle. L’environnement occlusif créé par l’hydrocolloïde favorise la prolifération bactérienne et peut aggraver l’infection. Sur une plaie infectée, il faut choisir un pansement à base d’argent, d’alginate ou de PHMB selon le niveau d’exsudat, et réévaluer l’état infectieux sous 48 à 72 heures.

Comment évaluer une plaie avec la méthode TIME ?

TIME est un acronyme d’évaluation structurée : T (Tissue — nature du tissu : nécrose, fibrine, bourgeon, épithélium), I (Infection — signes locaux : rougeur, chaleur, douleur, odeur), M (Moisture — humidité : macération ou dessèchement), E (Edge — berges : décollées, hyperkératose). Chaque dimension oriente vers une action thérapeutique précise. L’évaluation doit être réalisée par l’IDE à chaque changement de pansement et tracée dans le DUI.

Quand faut-il recourir à un spécialiste pour une plaie en EHPAD ?

Un avis spécialisé s’impose dans plusieurs situations : absence de cicatrisation après 4 semaines de traitement adapté, plaie profonde atteignant le plan osseux ou tendineux, signes de sepsis (fièvre, confusion, hypotension), IPS inférieur à 0,5 (artériopathie sévère), plaie néoplasique, ou doute diagnostique sur l’étiologie. La téléconsultation avec un dermatologue ou un chirurgien vasculaire est désormais possible depuis l’EHPAD et évite une hospitalisation dans de nombreux cas.

Quel est le rôle de l’aide-soignante dans la prévention des plaies ?

L’aide-soignante joue un rôle de vigie au quotidien : surveillance des zones à risque (sacrum, talons, trochanters, omoplates, malléoles) lors des soins de nursing, signalement immédiat de toute rougeur persistante à l’IDE, participation aux repositionnements réguliers (toutes les 2 à 4 heures chez les résidents alités), hydratation cutanée, aide alimentaire pour prévenir la dénutrition. Elle ne réalise pas les pansements complexes (rôle propre IDE) mais est le premier professionnel à détecter une évolution péjorative.

Comment gérer une plaie en soins palliatifs en EHPAD ?

En soins palliatifs, l’objectif passe de la cicatrisation au confort. Le soin de plaie doit minimiser la douleur (prémédication antalgique 30 minutes avant, humidification du pansement avant retrait), contrôler les odeurs (pansement au charbon actif), et réduire les fréquences de changement si cela est dans l’intérêt du résident. La décision doit être collégiale et tracée dans le dossier, avec l’accord du résident et/ou de sa personne de confiance.

Quelles sont les nouvelles règles de prescription des pansements depuis 2025 ?

Deux évolutions majeures sont entrées en vigueur en 2025. L’arrêté du 13 mars 2025 limite la première délivrance de pansements par le pharmacien à 7 jours maximum, obligeant les établissements à formaliser des protocoles de renouvellement. La loi du 27 juin 2025 sur la profession d’infirmier reconnaît aux IDE un droit de prescription autonome élargi pour les pansements relevant du rôle propre (acte AMI 4 — pansement lourd et complexe), renforçant leur autonomie dans la gestion des plaies chroniques.

Pour aller plus loin

Ressources internes SOS EHPAD

Prévention et gestion des escarres

Coordination, traçabilité et pratiques soignantes

Fiches métier

Sources officielles

Formation continue pour vos équipes

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