Réduisez la récurrence des EIG en EHPAD grâce à la méthode ALARM en 7 étapes
Droits des résidents & Bientraitance

Réduisez la récurrence des EIG en EHPAD grâce à la méthode

Mis à jour le 14 min de lecture Aurélie Mortel
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Mis à jour · août 2026

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En EHPAD, chaque événement indésirable grave (EIG) représente bien plus qu’un incident : c’est un signal d’alarme qui révèle des failles organisationnelles à corriger d’urgence. Pourtant, de nombreux établissements négligent encore l’analyse systématique de ces événements, favorisant leur récurrence. La méthode ALARM offre un cadre structuré pour transformer chaque déclaration en levier d’amélioration continue. Cet article vous aide à comprendre comment déclarer, analyser et prévenir efficacement les EIG dans votre établissement.


Comprendre les événements indésirables graves et leur enjeu pour l’EHPAD

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Un événement indésirable grave se définit comme tout incident qui entraîne ou aurait pu entraîner des conséquences graves pour un résident : décès, hospitalisation imprévue, séquelles fonctionnelles, atteinte à la dignité. En 2025, la HAS a renforcé ses exigences dans le cadre de la certification des EHPAD, plaçant l’analyse des EIG au cœur des critères de qualité et de sécurité des soins.

Les données du secteur sont éloquentes. Selon les derniers rapports, près de 40 % des EIG déclarés en EHPAD ne font l’objet d’aucune analyse approfondie. Cette absence de retour d’expérience favorise la répétition des mêmes erreurs : chutes à répétition, erreurs médicamenteuses récurrentes, pertes de traçabilité, défauts de communication entre équipes.

Pourquoi analyser systématiquement les EIG ?

L’analyse permet d’identifier les causes profondes d’un dysfonctionnement plutôt que de se limiter à chercher un responsable. Elle favorise une culture de sécurité où l’erreur devient source d’apprentissage collectif.

« Un EIG non analysé est une bombe à retardement : il se reproduira sous une autre forme, ailleurs, avec d’autres résidents. »

Exemple concret : Un résident hospitalisé en urgence après une mauvaise administration médicamenteuse. Sans analyse, l’équipe incrimine la fatigue de l’infirmière. Avec la méthode ALARM, on découvre : un étiquetage défaillant des piluliers, une interruption pendant la préparation, l’absence de double vérification et un manque de formation sur les nouvelles prescriptions. Quatre leviers d’amélioration identifiés.

Les obligations réglementaires en 2026

Depuis janvier 2024, le décret relatif à la qualité et à la sécurité des soins impose aux EHPAD :

  • La déclaration obligatoire de tout EIG auprès de l’ARS dans un délai de 72 heures.
  • La traçabilité de l’analyse réalisée et des actions correctives mises en œuvre.
  • La présentation annuelle des EIG et des retours d’expérience lors de la Commission de Surveillance (secteur public) ou du Conseil d’Administration (secteur privé).

Checklist réglementaire :

  • [ ] Procédure de déclaration EIG formalisée et accessible
  • [ ] Fiche d’analyse standardisée (type ALARM)
  • [ ] Registre des EIG tenu à jour
  • [ ] Actions correctives suivies et évaluées
  • [ ] Diffusion des enseignements auprès des équipes

À faire dès maintenant : Vérifiez que votre procédure de déclaration est connue de tous les professionnels. Organisez un point rapide lors de la prochaine réunion d’équipe pour rappeler les situations devant faire l’objet d’une déclaration.


La méthode ALARM : un outil structuré pour analyser les EIG

La méthode ALARM (Association of Litigation And Risk Management) est aujourd’hui la référence pour analyser les événements indésirables en établissement de santé et médico-social. Elle permet une investigation approfondie, multifactorielle et non punitive des causes d’un EIG.

Les 7 étapes de la méthode ALARM

Étape Objectif Durée indicative
1. Identifier l’événement Décrire factuellement ce qui s’est passé 15 min
2. Décider d’analyser Prioriser selon gravité/récurrence 10 min
3. Sélectionner l’équipe Constituer un groupe pluridisciplinaire 1 jour
4. Organiser la chronologie Reconstituer le fil des événements 1h
5. Identifier les facteurs contributifs Analyser les causes profondes (humaines, matérielles, organisationnelles) 2h
6. Formuler des recommandations Proposer des actions concrètes et hiérarchisées 1h
7. Élaborer un plan d’action Planifier mise en œuvre, responsables, échéances 30 min

Les 8 domaines de facteurs contributifs à explorer

La méthode ALARM invite à questionner systématiquement huit dimensions :

  1. Facteurs liés au résident : état de santé, communication, adhésion au soin
  2. Facteurs liés à la tâche : complexité, protocoles, clarté des prescriptions
  3. Facteurs individuels : compétences, expérience, fatigue, charge mentale
  4. Facteurs d’équipe : communication, coordination, culture de sécurité
  5. Facteurs liés à l’environnement de travail : locaux, matériel, bruit, interruptions
  6. Facteurs organisationnels : effectifs, plannings, continuité, formation
  7. Facteurs institutionnels : gouvernance, priorités, ressources allouées
  8. Facteurs liés au contexte externe : réglementation, pressions économiques, crises sanitaires

Exemple de grille d’analyse pratique :

Une résidente chute lourdement dans sa chambre à 6h30. L’analyse ALARM révèle :

  • Résidente : troubles cognitifs non réévalués depuis 6 mois, absence de contention validée
  • Tâche : pas de protocole de lever sécurisé pour les résidents désorientés
  • Individuel : aide-soignante en poste depuis 14h consécutives (remplacement non prévu)
  • Équipe : transmission orale non formalisée, information perdue entre jour et nuit
  • Environnement : chambre mal éclairée, chaussons inadaptés
  • Organisation : sous-effectif chronique la nuit, absence de formation troubles du comportement
  • Institutionnel : pas de budget alloué aux dispositifs d’aide technique
  • Externe : pénurie de personnel sur le territoire, démissions répétées

Cette analyse permet d’agir sur plusieurs leviers simultanément : formation, matériel, protocoles, organisation.

« La méthode ALARM ne cherche pas un coupable, elle cherche des solutions. »

À faire immédiatement : Constituez un binôme IDEC/Qualité formé à ALARM. Planifiez une analyse test sur un EIG récent pour vous approprier la méthode avant de la déployer.


Mettre en place une procédure de déclaration efficace des EIG

La déclaration des EIG constitue la première brique de tout système de gestion des risques. Sans elle, aucune analyse n’est possible. Pourtant, de nombreux établissements souffrent d’une sous-déclaration chronique, liée à la peur de sanctions, au manque de temps ou à l’absence de culture sécurité.

Les 4 piliers d’une procédure de déclaration réussie

1. Simplicité et accessibilité

La déclaration doit être rapide (moins de 5 minutes) et accessible à tous les professionnels :

  • Fiche papier disponible dans chaque unité de soins
  • Version numérique via logiciel métier ou formulaire en ligne
  • QR code affiché en salle de soins renvoyant vers la fiche
  • Possibilité de déclaration anonyme pour encourager les signalements

2. Clarté des critères de déclaration

Les équipes doivent savoir précisément quels événements déclarer. Publiez une liste illustrée :

  • Chute avec blessure ou nécessitant une hospitalisation
  • Erreur médicamenteuse avérée ou évitée de justesse
  • Fugue ou évasion d’un résident
  • Incident lié à une contention
  • Acte de violence entre résidents ou envers un professionnel
  • Décès inattendu ou comportant des zones d’ombre
  • Défaillance matérielle ayant mis en danger un résident
  • Non-respect grave d’un protocole avec conséquence potentielle

3. Garantie de non-punition

La culture juste doit remplacer la culture du blâme. Cela signifie :

  • Distinguer l’erreur humaine (inhérente à toute activité) de la faute intentionnelle
  • Valoriser la déclaration comme un acte de responsabilité professionnelle
  • Protéger le déclarant de toute sanction liée au signalement lui-même
  • Réserver les sanctions aux cas de violation intentionnelle des règles

4. Retour d’information systématique

Tout professionnel ayant déclaré un EIG doit recevoir un retour dans les 15 jours maximum :

  • Confirmation de la prise en compte
  • Résumé de l’analyse effectuée
  • Actions correctives décidées
  • Remerciements pour la vigilance

Fiche type de déclaration EIG

Voici les rubriques essentielles d’une fiche efficace :

  1. Date, heure, lieu de l’événement
  2. Résident concerné (initiales, chambre)
  3. Description factuelle de l’événement (qui, quoi, comment)
  4. Conséquences immédiates observées
  5. Mesures prises dans l’urgence
  6. Déclarant (nom, fonction) ou anonyme
  7. Témoins éventuels
  8. Gravité perçue (échelle 1 à 4)
  9. Facteurs contributifs identifiés d’emblée

Question fréquente : Dois-je déclarer un EIG évité de justesse ?

Oui, absolument. Les événements porteurs de risque (EPR) ou near miss sont tout aussi instructifs. Ils révèlent des failles sans qu’un résident n’en ait souffert. Leur analyse permet d’éviter qu’ils ne se transforment en EIG avéré.

À faire dès cette semaine : Organisez un atelier de 30 minutes avec les aides-soignants et infirmiers pour remplir ensemble une fiche de déclaration fictive. Levez les freins, répondez aux questions, rassurez sur l’absence de sanction.


Transformer l’analyse en actions préventives durables

L’analyse des EIG n’a de sens que si elle débouche sur des actions concrètes qui modifient durablement les pratiques. C’est ici que se joue la vraie prévention de la récurrence.

Du plan d’action à la mise en œuvre opérationnelle

Une fois les recommandations formulées via la méthode ALARM, il faut les prioriser selon :

  • L’impact : quelle réduction du risque attendue ?
  • La faisabilité : ressources nécessaires, complexité, délai
  • L’urgence : risque imminent ou différable ?

Exemple de tableau de priorisation :

Action recommandée Impact Faisabilité Urgence Score Priorité
Former AS au lever sécurisé ++++ +++ ++++ 11/12 1
Installer des détecteurs de chute ++++ ++ +++ 9/12 2
Revoir planning nuit (+0,5 ETP) ++++ + ++++ 9/12 2
Refaire peinture chambre + ++++ + 6/12 3

Les 5 leviers d’action à mobiliser

1. Formation et montée en compétences

Les lacunes de formation sont souvent pointées lors des analyses. Déployez des formations en ligne ciblées sur les points critiques identifiés.

2. Adaptation des protocoles et procédures

Révisez ou créez les protocoles manquants. Privilégiez des supports visuels courts, accessibles, affichés en salle de soins. Le Pack Mémos Terrain peut soutenir cette standardisation.

3. Amélioration des conditions de travail

Agissez sur l’organisation : optimisation des plannings, réduction des interruptions, limitation du travail de nuit prolongé, amélioration de l’ergonomie des postes.

4. Investissements matériels et techniques

Renouvelez le matériel défaillant, investissez dans des aides techniques (lève-personne, lit médicalisé, détecteurs, litière numérique).

5. Renforcement de la communication et coordination

Structurez les transmissions (ciblées, tracées), instaurez des briefings quotidiens, clarifiez les rôles de chacun dans les situations à risque.

Suivi et évaluation des actions

Chaque action doit être dotée d’un indicateur de suivi :

  • Nombre de professionnels formés
  • Taux de conformité au nouveau protocole
  • Nombre de chutes avec blessure (avant/après)
  • Délai moyen de réponse aux appels résidents
  • Taux d’utilisation du nouveau matériel

Question fréquente : Combien de temps faut-il pour voir les effets d’une action corrective ?

Cela dépend de sa nature. Une formation produit des effets en 1 à 3 mois. Un changement organisationnel nécessite 3 à 6 mois de rodage. Un investissement matériel a un impact immédiat mais nécessite une appropriation par les équipes (comptez 2 mois).

Le rôle clé de l’IDEC dans la prévention des EIG

L’Infirmier Coordinateur est au cœur du dispositif. Il pilote la déclaration, anime les analyses, coordonne les actions, forme les équipes. Pour structurer cette mission complexe, des outils comme IDEC 360° ou le Pack IDEC : MAÎTRISE TOTALE offrent des supports concrets pour gérer cette responsabilité sans s’épuiser.

Question fréquente : Comment mobiliser les équipes dans la durée ?

  • Communiquez régulièrement sur les résultats obtenus (baisse des chutes, zéro erreur médicamenteuse sur 3 mois)
  • Valorisez les professionnels impliqués dans les analyses
  • Organisez des retours d’expérience collectifs trimestriels
  • Intégrez la gestion des EIG dans les entretiens annuels et évaluations

À faire ce mois-ci : Créez un tableau de bord EIG visible en salle de pause : nombre déclaré, nombre analysé, principales actions en cours, résultats obtenus. Actualisez-le chaque mois pour maintenir la dynamique.


Cultiver une dynamique d’amélioration continue autour des EIG

Installer une culture de sécurité solide en EHPAD ne se décrète pas : elle se construit pas à pas, en transformant chaque événement indésirable en opportunité d’apprentissage collectif. Cette démarche dépasse largement le cadre réglementaire pour devenir un véritable levier de qualité de vie au travail et de protection des résidents.

Instaurer des rituels de retour d’expérience

Les CREX (Comités de Retour d’Expérience) doivent devenir un temps régulier de partage :

  • Fréquence : trimestrielle, voire mensuelle si volume d’EIG important
  • Participants : IDEC, médecin coordonnateur, cadre de santé, représentants AS/IDE, direction, qualité
  • Durée : 1h30 maximum
  • Objectif : présenter 2 à 3 analyses ALARM, valider les plans d’action, suivre les indicateurs

Astuce terrain : Alternez les formats. Un CREX classique un trimestre, un atelier analyse de cas en petit groupe le trimestre suivant, pour maintenir l’intérêt et toucher différents profils de professionnels.

Partager les bonnes pratiques entre établissements

De nombreux réseaux territoriaux ou groupes d’EHPAD organisent des échanges de pratiques sur la gestion des EIG. Participez-y : les solutions trouvées ailleurs sont souvent transposables rapidement chez vous.

« Un EIG analysé et partagé bénéficie à l’ensemble du secteur. C’est une responsabilité collective. »

Former en continu les équipes

La prévention des EIG doit irriguer tous les temps de formation :

  • À l’intégration : module obligatoire sur la déclaration des événements indésirables
  • En formation continue : ateliers pratiques sur les situations à risque (circuit du médicament, aide au repas, prévention maltraitance)
  • En analyse de pratiques : groupes de parole mensuels animés par l’IDEC ou un psychologue

Question fréquente : Comment financer ces formations ?

Plusieurs dispositifs existent :

  • Plan de développement des compétences de l’établissement
  • Appels à projets ARS ou Conseil Départemental
  • Contribution formation des OPCO (Opco Santé notamment)
  • Formations e-learning moins coûteuses

Protéger les professionnels pour mieux protéger les résidents

La prévention des EIG passe aussi par la préservation de la santé des soignants. Un professionnel épuisé, stressé ou en souffrance commet davantage d’erreurs. Des ressources comme Soigner sans s’oublier ou La voie du soignant permettent d’outiller les équipes sur cette dimension essentielle.

Checklist pour une culture sécurité durable :

  • [ ] Déclaration valorisée et facilitée
  • [ ] Analyse systématique selon méthode structurée
  • [ ] Actions correctives suivies et évaluées
  • [ ] Communication transparente sur les résultats
  • [ ] Formation continue des équipes
  • [ ] Soutien aux professionnels impliqués dans un EIG
  • [ ] Retours d’expérience collectifs réguliers
  • [ ] Participation aux réseaux d’échange de pratiques

À mettre en place dès demain : Proposez à un aide-soignant volontaire de devenir référent EIG sur son unité. Il sera l’interlocuteur de proximité pour les déclarations, le relais des analyses et le garant de la diffusion des bonnes pratiques. Formez-le et valorisez cette mission dans sa fiche de poste.


Bâtir un EHPAD plus sûr, un événement à la fois

Chaque EIG déclaré, analysé et transformé en action concrète représente une pierre supplémentaire dans l’édifice de la sécurité de votre établissement. Cette démarche exigeante nécessite du temps, de la rigueur et une mobilisation collective, mais elle produit des bénéfices tangibles : moins d’accidents, moins de récurrence, moins de souffrance pour les résidents et les équipes.

La méthode ALARM offre un cadre robuste pour mener ces analyses sans chercher de coupable, mais en identifiant des leviers d’amélioration. Les outils existent, les formations aussi, les réseaux d’entraide se structurent. Il ne manque plus que votre impulsion pour transformer les pratiques dans votre établissement.

En 2026, la gestion des EIG n’est plus une option ni une simple case à cocher pour la certification. C’est un pilier de la qualité des soins et de la responsabilité professionnelle. Les résidents vous confient leur vie. Les familles vous confient leurs proches. Les équipes vous confient leurs questionnements et leurs erreurs. À vous de créer le cadre pour que cette confiance soit honorée chaque jour, en transformant chaque fragilité repérée en force collective.


Mini-FAQ : Vos questions pratiques sur la gestion des EIG

Qui peut déclarer un EIG dans l’établissement ?

Tous les professionnels sans exception : aides-soignants, infirmiers, médecin coordonnateur, animateurs, agents d’entretien, équipe de direction. Même les intervenants extérieurs (kinés, podologues) doivent être informés de la procédure pour signaler un événement qu’ils observeraient.

Dois-je informer la famille lorsqu’un EIG survient ?

Oui, dans un souci de transparence et de respect. Expliquez factuellement ce qui s’est passé, les mesures prises immédiatement, et indiquez qu’une analyse sera menée pour comprendre et éviter que cela ne se reproduise. Cette communication renforce la confiance.

Combien de temps conserver les fiches de déclaration EIG ?

Les documents relatifs aux EIG doivent être conservés pendant toute la durée du séjour du résident concerné, puis 10 ans après son départ ou son décès, conformément aux règles d’archivage médico-légal. Veillez à la confidentialité de ces données.

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