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Prévention des chutes

Prévention des chutes en EHPAD : protocoles et outils pour les équipes soignantes (2026)

18 mai 2026 12 min de lecture Aurélie Mortel
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Mis à jour le 13 mai 2026 — Avec 174 824 hospitalisations et 20 148 décès liés aux chutes chez les personnes âgées en 2024, la prévention des chutes en EHPAD n’est plus une option mais une obligation réglementaire. Ce guide détaille les protocoles validés par la HAS, les outils d’évaluation du risque et les interventions multifactorielles que les équipes soignantes peuvent mettre en place dès aujourd’hui.

Chutes en EHPAD : ampleur du problème et obligations réglementaires

En EHPAD, entre 30 et 50 % des résidents chutent au moins une fois par an, avec un taux moyen de 1,7 chute par résident et par an. Le coût humain est considérable : fractures du col du fémur, syndrome post-chute, perte d’autonomie accélérée, décès prématuré. Le coût financier l’est tout autant : entre 2 000 et 8 000 euros par chute selon la gravité, pour un total estimé à 2 milliards d’euros annuels pour la société.

Sur le plan réglementaire, la HAS a publié en mars 2024 deux fiches de synthèse actualisant ses recommandations, s’appuyant sur les guidelines de l’OMS de 2022. La certification HAS intègre désormais la prévention des chutes parmi ses 157 critères d’évaluation des ESSMS. Tout EHPAD doit pouvoir démontrer qu’il dispose d’une démarche structurée de prévention, documentée et tracée.

Le Plan national antichute 2022-2024 avait fixé un objectif de réduction de 20 % des chutes mortelles ou invalidantes chez les personnes de 65 ans et plus. En 2026, les ARS déploient 209 programmes probants d’activité physique adaptée (APA) dans les EHPAD — avec des enveloppes régionales dépassant 3,7 millions d’euros en Nouvelle-Aquitaine seule.

Évaluation systématique du risque : les outils validés par la HAS

La première obligation des équipes soignantes est l’évaluation régulière du risque de chute pour chaque résident. La HAS recommande une interrogation annuelle systématique sur les chutes de l’année antérieure, avec réévaluation à 6 mois pour les résidents à risque modéré ou élevé. En cas d’événement intercurrent (décompensation, changement de traitement, hospitalisation), une réévaluation immédiate s’impose.

OutilPopulation cibleSeuil d’alerteFréquence recommandée
Test de Tinetti (POMA)Tous résidents ambulants≤ 19/28 : risque très élevé ; 20-23 : risque élevéÀ l’admission, puis annuel
Timed Up and Go (TUG)Résidents debout> 20 secondes = anormal (seuil HAS)Semestriel pour résidents à risque
Test StratifyTous résidentsScore ≥ 2 = risque confirméÀ l’admission + après chaque chute
Test unipodalRésidents valides< 5 secondes = anormalAnnuel
Vitesse de marcheRésidents ambulants< 0,8 m/s (seuil OMS 2022)Semestriel

Ces évaluations doivent être tracées dans le dossier de soins informatisé (DUI) et intégrées au projet de soins individualisé. L’IDE et l’IDEC coordonnent cette démarche en lien avec le médecin coordonnateur.

Stratification du risque : trois niveaux d’intervention

La HAS recommande une approche stratifiée qui adapte l’intensité des interventions au niveau de risque identifié.

Risque élevé

Résidents ayant des antécédents de chute avec blessure, des chutes multiples ou une incapacité à se relever seuls. L’intervention comprend : une évaluation gérontologique standardisée complète, un programme d’activité physique adaptée personnalisé (2 à 3 séances par semaine), une révision médicamenteuse systématique (dépistage iatrogénie), et une adaptation environnementale immédiate de la chambre et des espaces communs.

Risque modéré

Résidents présentant des troubles de l’équilibre, un TUG supérieur à 15 secondes ou une peur de tomber déclarée. L’intervention cible : un programme d’APA adapté (exercices d’équilibre + renforcement musculaire), une correction des troubles sensoriels (vue, audition), et une réévaluation médicamenteuse ciblée.

Risque faible

Résidents sans facteur de risque identifié. L’intervention repose sur une éducation à la prévention, la promotion de l’activité physique collective et la vérification annuelle de l’environnement.

Interventions multifactorielles : le protocole complet

Les données probantes montrent qu’aucune intervention isolée n’est suffisante. L’efficacité maximale est obtenue avec une approche multifactorielle combinant interventions physiques, médicamenteuses et environnementales.

Interventions physiques (les plus efficaces)

  • Exercices d’équilibre : réduction de 23 % des chutes (2 à 3 sessions/semaine, 45 à 60 minutes)
  • Renforcement musculaire des membres inférieurs : réduction de 28 % des chutes
  • Combinaison équilibre + renforcement : meilleur résultat sur la prévention
  • Kinésithérapie : travail spécifique sur l’équilibre postural et la proprioception
  • Marche thérapeutique : maintien de la mobilité fonctionnelle quotidienne

Interventions médicamenteuses

  • Supplémentation vitamine D : 800 à 1 000 UI/jour → réduction de 20 % des chutes (source HAS)
  • Apport calcique : 1 à 1,5 g/jour par l’alimentation ou la supplémentation
  • Révision des traitements iatrogènes : hypnotiques, benzodiazépines, antihypertenseurs, diurétiques
  • Dépistage de l’hyponatrémie : cause fréquente et sous-diagnostiquée de chutes

La sécurisation du circuit du médicament est un levier essentiel : la polymédication est responsable d’une part significative des chutes iatrogènes en EHPAD.

Interventions environnementales

  • Sols antidérapants dans les chambres, salles de bains et couloirs
  • Éclairage adapté : minimum 150 lux dans les zones de circulation (un éclairage insuffisant augmente le risque de 50 %)
  • Barres de stabilisation aux toilettes, dans les douches et le long des couloirs
  • Suppression des obstacles : tapis, seuils de porte, câbles
  • Chaussures fermées à semelle antidérapante — à imposer dès l’admission
  • Hauteur de lit adaptée à chaque résident
  • Appel infirmier accessible depuis le lit

Rôles de chaque professionnel dans la démarche antichute

La prévention des chutes est une responsabilité collective. Chaque professionnel a un rôle précis dans la chaîne de sécurité.

ProfessionnelRôle spécifique
DirecteurValidation du protocole institutionnel, inscription dans le projet d’établissement, budget APA et équipements
Médecin coordonnateurRévision médicamenteuse, prescription vitamine D et calcium, validation des évaluations gériatriques
IDECCoordination de la démarche, formation des équipes, supervision des évaluations de risque, suivi des indicateurs
IDERéalisation des évaluations (Tinetti, TUG, Stratify), traçabilité dans le DUI, alerte post-chute dans les 48h
Aide-soignanteObservation quotidienne (changements de marche, fatigue), installation sécurisée, accompagnement aux déplacements
KinésithérapeuteProgramme de rééducation individualisé, exercices d’équilibre, renforcement musculaire
ErgothérapeuteAdaptation de l’environnement, prescription d’aides techniques, évaluation des transferts

Pour aller plus loin sur le management des équipes soignantes autour de ces protocoles, consultez notre guide sur le management en EHPAD.

Traçabilité et gestion post-chute : ce que la réglementation impose

Chaque chute doit faire l’objet d’une déclaration dans le DUI avec : circonstances, évaluation des blessures, mesures prises, information de la famille et du médecin. Le syndrome post-chute doit être dépisté dans les 48 heures suivant tout épisode : angoisse de tomber à nouveau, refus de marcher, régression psychomotrice.

La déclaration des événements indésirables graves (EIG) est obligatoire lorsqu’une chute entraîne une hospitalisation ou un décès. Ces données alimentent le dispositif d’évaluation HAS et doivent être analysées en réunion pluridisciplinaire mensuelle pour identifier les tendances et corriger les dysfonctionnements.

Indicateurs de suivi à mettre en place

  • Taux de chutes : nombre de chutes / nombre de résidents / mois (objectif : < 1,5/résident/an)
  • Taux de chutes avec blessure : distinguer les chutes bénignes des chutes graves
  • Taux de résidents évalués avec Tinetti ou TUG : objectif 100 % dans les 15 jours suivant l’admission
  • Taux de résidents sous supplémentation vitamine D : objectif > 90 %
  • Taux de résidents participant à un programme APA : objectif > 70 % des résidents ambulants
  • Délai de prise en charge post-chute : objectif dépistage syndrome post-chute < 48h

Ces indicateurs sont à présenter au CVS et à intégrer dans le rapport d’activité annuel. Ils constituent un signal de qualité fort lors des visites d’inspection ARS.

Questions fréquentes sur la prévention des chutes en EHPAD

Quelle est la fréquence recommandée pour réévaluer le risque de chute en EHPAD ?
La HAS recommande une évaluation annuelle systématique pour tous les résidents, avec réévaluation à 6 mois pour ceux identifiés à risque modéré ou élevé. Une réévaluation immédiate est nécessaire après toute chute, après hospitalisation, lors d’un changement de traitement ou d’une décompensation d’une pathologie chronique.
La supplémentation en vitamine D est-elle vraiment efficace contre les chutes ?
Oui, selon la HAS. Une supplémentation de 800 à 1 000 UI/jour de vitamine D réduit le risque de chutes de 20 % chez les personnes âgées institutionnalisées. Elle agit à la fois sur la force musculaire et sur l’équilibre. Cette supplémentation doit être systématiquement évaluée à l’admission et couplée à un apport calcique adéquat (1 à 1,5 g/jour).
Quelles sont les obligations de traçabilité après une chute en EHPAD ?
Chaque chute doit être consignée dans le dossier de soins avec les circonstances exactes, l’heure, l’évaluation des blessures, les mesures prises et l’information de la famille et du médecin. En cas de chute entraînant une hospitalisation ou un décès, la déclaration en événement indésirable grave (EIG) est obligatoire. Les données de chutes doivent être analysées collectivement au moins une fois par mois.
Comment financer un programme d’activité physique adaptée (APA) en EHPAD ?
Plusieurs financements sont mobilisables : les ARS proposent des appels à candidatures spécifiques pour les programmes antichute basés sur l’APA (3,7 M€ déployés en Nouvelle-Aquitaine en 2026). La conférence des financeurs prévention perte d’autonomie finance également des programmes validés. Ces financements s’ajoutent à l’enveloppe soins du CPOM. En parallèle, la formation des aides-soignantes à l’animation d’exercices simples quotidiens permet de diffuser une culture de l’activité sans coût supplémentaire.
Le syndrome post-chute : comment le détecter et le prendre en charge ?
Le syndrome post-chute (ou syndrome de Dupré) se caractérise par une peur de rechuter, un refus de marcher, des difficultés au relevé du sol et une régression psychomotrice. Il doit être dépisté systématiquement dans les 48 heures suivant toute chute, même bénigne. La prise en charge associe kinésithérapie (programme de relevé du sol), travail psychologique avec le résident et les familles, et adaptation de l’environnement immédiat. Plus la prise en charge est précoce, plus le pronostic fonctionnel est favorable.
La contention est-elle une solution pour prévenir les chutes ?
Non — la HAS déconseille formellement la contention physique comme mesure préventive des chutes. Elle augmente le risque de blessures graves (strangulation, escarres), aggrave le déclin cognitif et porte atteinte aux droits fondamentaux du résident. La réglementation exige un protocole de prescription médicale justifiée, un consentement éclairé et une réévaluation quotidienne. Les établissements doivent viser une politique « zéro contention » en développant les alternatives (barres d’appui, matelas de sol, détecteurs de lever).

Pour aller plus loin

Ressources sosehpad.com sur la prévention des chutes :

📚 Pour approfondir — SOS EHPAD propose le PACK INTÉGRAL : Prévention des Chutes & Risques Majeurs, incluant protocoles, fiches pratiques et supports de formation adaptés à vos équipes.

Sources officielles :

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