Patients partenaires : l’expression gagne du terrain dans le secteur médico-social. En juin 2026, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié un guide visant à mieux structurer et faire vivre le rôle des patients partenaires dans le système de santé. Si ce guide vise d’abord l’hôpital et la médecine de ville, il résonne directement avec les enjeux des EHPAD, où la participation des résidents dispose déjà d’un cadre légal solide. Directeurs, IDEC, psychologues et animateurs y trouveront une grille de lecture pour passer d’une participation formelle à un véritable partenariat.
Ce que dit le guide HAS de juin 2026
Dans son guide mis en ligne fin juin 2026, la HAS rappelle que le partenariat produit des effets tangibles et concourt à renforcer la qualité comme la sécurité des soins. L’autorité pose une définition exigeante : le guide présente cette démarche comme reposant sur la reconnaissance de savoirs complémentaires — ceux des professionnels et ceux, expérientiels, des personnes concernées. Loin d’une simple consultation, il repose nécessairement sur une logique de décision, de construction et d’évaluation partagées. (Guide HAS, juin 2026.)
Le guide précise également les terrains d’intervention et le statut de ces personnes ressources. ces personnes ressources interviennent surtout dans quatre champs : le parcours de soins, la vie de l’établissement, la formation des équipes et la recherche. Leur cadre d’engagement est souple : affiliés ou non à une association conventionnée avec la structure, ils peuvent agir bénévolement ou contre rémunération. Ce statut n’exonère de rien : ils demeurent tenus aux mêmes obligations que les soignants qu’ils côtoient durant leurs missions, à commencer par la confidentialité et le secret professionnel.
Le conseil de la vie sociale, socle réglementaire de la participation en EHPAD
En EHPAD, la participation des personnes accompagnées n’est pas une nouveauté : elle s’appuie sur le conseil de la vie sociale (CVS), profondément rénové en 2022. Le décret n° 2022-688 du 25 avril 2022, qui réforme le CVS et les autres dispositifs de participation, en constitue la clé de voûte : le texte, publié au journal officiel du 27 avril 2022, refond le dispositif. Concrètement, le décret du 25 avril 2022 a modifié les missions, la composition et le fonctionnement des conseils de la vie sociale dans les établissements médico-sociaux, avec un objectif clair : le décret du 25 avril 2022 a pour objectif de renforcer le rôle des CVS et la participation plus globale des personnes accompagnées et leurs proches. (Décret sur Légifrance.)
L’entrée en vigueur a été progressive : les dispositions de l’article 1er entrent en vigueur le 1er janvier 2023. Le texte n’est d’ailleurs pas tombé seul ; il traduit aussi certains des « engagements en faveur du bien vieillir en établissement ou à domicile » annoncés par le gouvernement le 8 mars dernier. Trois règles structurent aujourd’hui la gouvernance participative en établissement : les représentants des résidents et de leurs proches (ou de leurs représentants légaux) doivent y être majoritaires, au-delà de la moitié des sièges ; l’instance se réunit au moins 3 fois par an ; et le CVS ne détient qu’un pouvoir consultatif. (Portail national Pour les personnes âgées.)
Cette dernière précision est essentielle pour comprendre l’apport potentiel du partenariat. Le CVS garantit une voix majoritaire aux résidents comme à leurs proches, mais son avis ne lie pas la direction. C’est précisément sur ce point que la logique de co-décision portée par la HAS invite à aller plus loin que le minimum réglementaire. Pour situer ce cadre dans l’ensemble des garanties dont bénéficient les personnes hébergées, notre dossier sur les droits fondamentaux des résidents en EHPAD détaille l’articulation entre liberté, dignité et participation.
De l’engagement des usagers à la pair-aidance : le cadre HAS antérieur
Le guide 2026 ne part pas de zéro. Dès 2020, la HAS avait posé les bases avec une recommandation consacrée à l’engagement des usagers dans le champ social, médico-social et sanitaire. Elle y définit que l’engagement recouvre toute action, individuelle ou collective, menée au bénéfice de sa propre santé, de son bien-être ou de sa qualité de vie. Parmi ses leviers opérationnels, la HAS invite à renforcer l’accompagnement par les pairs dans tous les lieux de soins comme au domicile, sous ses différentes formes — pair-aidance, pair-éducation ou pair-navigation. (Recommandation HAS 2020.)
Plusieurs de ces recommandations se transposent directement à la gouvernance d’un EHPAD. La HAS préconise ainsi d’impliquer les personnes concernées dans le pilotage des services comme dans l’évaluation des pratiques, de viser une une parité entre usagers et professionnels dans les groupes et instances de gouvernance, et de accompagner l’implication des personnes tenues à l’écart des lieux de dialogue et de représentation, ou aux besoins particuliers — un point décisif en gériatrie, où les troubles cognitifs peuvent écarter certains résidents des lieux d’expression. La HAS recommande aussi de rendre systématique et effective leur présence au sein des programmes d’éducation thérapeutique du patient.
Cette exigence d’inclusion de tous n’est pas nouvelle en établissement pour personnes âgées. La recommandation de bonnes pratiques sur la qualité de vie en EHPAD l’affirmait déjà : elle vise l’ensemble des résidents d’un EHPAD, quels que soient leur état de santé et leurs capacités d’expression, de compréhension ou de communication. Reconnaître la parole d’un résident désorienté rejoint le combat quotidien contre l’âgisme en EHPAD, qui consiste souvent à décider « à la place de ».
Ce que le partenariat change concrètement, métier par métier
Pour le directeur et l’équipe de direction
Le directeur reste le garant du cadre réglementaire (CVS conforme, majorité résidents/familles, trois réunions annuelles), mais le guide HAS l’invite à dépasser la conformité. Associer des résidents ou des proches à l’évaluation interne, aux enquêtes de satisfaction ou aux groupes de travail sur le projet d’établissement matérialise la logique de co-construction. Le statut souple décrit par la HAS — bénévolat ou rémunération, association conventionnée ou non — laisse une marge d’organisation réelle, à condition d’encadrer confidentialité et responsabilités.
Pour l’IDEC et les soignants
La pair-aidance ouvre un champ concret : un résident « ancien » qui accueille un nouvel arrivant, un proche aidant formé qui témoigne auprès d’autres familles, un binome usager/soignant qui co-anime un temps d’éducation à la santé. Pour l’encadrement soignant, l’enjeu est d’intégrer ces contributions sans les dénaturer, en clarifiant le périmètre de chacun et le secret professionnel. La transition entre le domicile et l’institution, souvent vécue comme une rupture, gagne à s’appuyer sur ces relais : notre guide pour préparer l’entrée d’un proche en EHPAD illustre les moments où la parole des pairs est la plus utile.
Pour le psychologue et l’animateur
Côté vie sociale, le partenariat réconcilie deux objectifs : donner du pouvoir d’agir aux résidents et lutter contre l’isolement. Les ateliers et thérapies de groupe sont un terrain naturel de co-animation, où un résident volontaire devient acteur et non plus seulement bénéficiaire. Le psychologue veille, lui, à ce que l’engagement reste un choix libre et adapté aux capacités de chacun — y compris pour les personnes les plus éloignées des espaces de représentation.
Pour les familles et les proches aidants
Les proches ne sont pas de simples visiteurs. Le CVS leur reconnaît une place majoritaire aux côtés des résidents, et le partenariat les invite à contribuer à la vie de l’établissement. Cette dynamique rejoint les initiatives nationales de reconnaissance du rôle des aidants, comme le montre notre article sur la campagne nationale des aidants 2026.
Perspectives : une culture participative encore à construire
Le principal défi n’est pas juridique — le cadre existe — mais culturel. Passer du CVS consultatif à une véritable co-décision suppose de reconnaître l’expertise d’usage des résidents et de leurs proches comme un savoir à part entière, au même titre que l’expertise clinique. Le guide HAS 2026, en posant le partenariat comme créateur de qualité et de sécurité, offre aux directeurs un argument pour investir ce chantier au-delà de l’obligation. Reste à outiller les équipes, à former — les pairs comme les professionnels — et à évaluer les effets, sans transformer la participation en case à cocher. Dans un secteur sous tension RH, faire des résidents et des familles des partenaires actifs est aussi une ressource pour la qualité de l’accompagnement.

