En mars 2026, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie de nouvelles infographies sur la répartition des médecins coordonnateurs en EHPAD par statut d’établissement. Le constat est sans appel : un tiers des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes fonctionnent sans couverture médicale coordonnée, exposant résidents et équipes soignantes à une organisation des soins fragilisée.
Notre guide directeur 2026 pour recruter et fidéliser un médecin coordonnateur détaille les leviers concrets face à cette pénurie : sourcing, package salarial, télécoordination et fidélisation à 3 ans. Face à cette pénurie, certains dispositifs viennent compenser partiellement le déficit de couverture médicale interne. C’est notamment le cas de la téléconsultation assistée par infirmier, dont l’expérimentation Article 51 menée dans 17 EHPAD du Grand Est a réduit de 27 % les passages aux urgences.
Ce que révèlent les données DREES 2026
L’enquête EHPA (Établissements d’hébergement pour personnes âgées) de la DREES fournit les données les plus complètes sur la démographie des médecins coordonnateurs. Ses résultats dressent un tableau préoccupant : 32 % des EHPAD ne déclarent aucun équivalent temps plein (ETP) de médecin coordonnateur dans leur liste de personnel au 31 décembre. Par ailleurs, 14 % en déclarent moins de 0,2 ETP, soit une présence quasi symbolique.
La question démographique aggrave encore la situation : 72 % des médecins coordonnateurs en poste ont plus de 50 ans, et 30 % ont dépassé 60 ans. Dans les dix ans à venir, une vague de départs à la retraite risque d’accentuer drastiquement la pénurie, sans que le vivier de remplaçants soit suffisant pour compenser les départs.
En termes de répartition par statut, les infographies de la DREES confirment que les disparités sont marquées entre les EHPAD publics (hospitaliers et autonomes), les établissements privés à but non lucratif et les établissements privés commerciaux. Les petites structures privées indépendantes sont les plus exposées à l’absence prolongée de médecin coordonnateur.
Le cadre réglementaire : ce que dit le décret 2024-779
Le décret n° 2024-779 du 9 juillet 2024, pris en application de la loi Valletoux du 27 décembre 2023, a apporté une clarification attendue : en deçà de 200 places, la fonction de coordination peut être occupée par un seul médecin. Au-delà, l’établissement est fondé à recruter plusieurs praticiens à temps partiel. Ce seuil vise à adapter les obligations aux réalités des petites structures tout en maintenant l’obligation générale de couverture.
Les ratios réglementaires en ETP selon la capacité restent les suivants :
| Capacité de l’établissement | ETP médecin coordonnateur requis |
|---|---|
| Moins de 59 places | 0,40 ETP |
| 60 à 99 places | 0,60 ETP |
| 100 à 199 places | 0,80 ETP |
| 200 places et plus | 1 ETP minimum |
Le décret 2025-897 : des missions élargies pour combler les lacunes
Le décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025 a considérablement élargi le périmètre d’action du médecin coordonnateur. Deux évolutions majeures méritent l’attention des directeurs et des équipes soignantes.
L’extension du droit de prescription : auparavant limité aux situations d’urgence vitale, le médecin coordonnateur peut désormais prescrire tout acte — y compris médicamenteux — lorsque le médecin traitant du résident n’est pas disponible. Cette évolution répond à la réalité du terrain où les délais d’intervention des médecins traitants peuvent parfois compromettre la continuité des soins.
La télécoordination : le décret ouvre la possibilité d’exercer certaines missions à distance, sur une période limitée, après information préalable de l’ARS. Cette disposition vise à maintenir une coordination médicale même en cas de vacance partielle du poste, notamment dans les zones médicalement sous-dotées.
Le même décret a par ailleurs formalisé le cadre d’action des infirmiers coordonnateurs (IDEC), reconnaissant légalement leur rôle de pivot dans la coordination des soins infirmiers.
Ce que dit la loi : l’absence ne peut justifier un refus d’admission
Une clarification juridique importante a été apportée en mars 2026 : l’absence de médecin coordonnateur ne peut pas être invoquée pour refuser l’admission d’un résident. Ce motif est légalement irrecevable. La loi impose à l’établissement de trouver des solutions organisationnelles alternatives — recours à un médecin partagé, télécoordination, convention avec un établissement voisin — sans que cela puisse conditionner le droit à l’accueil du résident.
Pour les directeurs d’EHPAD, cette clarification renforce l’impératif de trouver des solutions pérennes plutôt que de subir passivement la situation. Le directeur d’établissement reste responsable de l’organisation des soins, quelle que soit la disponibilité du médecin coordonnateur.
L’IDEC en première ligne : rôle et limites en l’absence du médecin coordonnateur
Lorsqu’un EHPAD se retrouve sans médecin coordonnateur, c’est souvent l’IDEC qui absorbe la surcharge organisationnelle. Mais la frontière entre coordination infirmière et coordination médicale est clairement définie par les textes : l’IDEC ne peut pas se substituer au médecin coordonnateur dans ses fonctions propres (validation des admissions sur le plan médical, présidence de la commission de coordination gériatrique, élaboration du projet général de soins).
En pratique, l’IDEC peut assurer la continuité des soins infirmiers, maintenir les transmissions avec les médecins traitants et alerter la direction sur les situations à risque. Sa responsabilité s’étend à son domaine de compétence infirmier, pas au-delà. Une documentation rigoureuse de chaque décision prise en l’absence du médecin coordonnateur est indispensable pour se protéger juridiquement.
Solutions concrètes pour les établissements en tension
Face à la pénurie, plusieurs pistes opérationnelles permettent de maintenir une coordination médicale de qualité :
- Le médecin coordonnateur partagé : plusieurs EHPAD d’un même territoire peuvent mutualisent un médecin coordonnateur à temps partiel sur chaque établissement. Cette formule, validée par la réglementation, permet de répartir les coûts et de maintenir une présence médicale régulière.
- La télécoordination : depuis le décret 2025-897, certaines missions peuvent être exercées à distance pour les établissements en zone sous-dotée, après déclaration à l’ARS. Des outils numériques permettent désormais d’assurer des visites médicales à distance via le DUI et les logiciels de télémédecine.
- Les conventions inter-établissements : un EHPAD disposant d’un médecin coordonnateur peut conclure une convention de mise à disposition avec un établissement voisin dépourvu de praticien.
- Le recrutement ciblé : valoriser la formation DES de gériatrie, proposer des temps de travail modulables, s’appuyer sur les réseaux universitaires et les facultés de médecine locales pour identifier des candidats.
La démarche d’évaluation HAS et le circuit du médicament sont deux domaines directement impactés par l’absence de médecin coordonnateur : ils requièrent une vigilance accrue de la part de l’équipe soignante et de la direction.
Ce que les professionnels doivent anticiper pour 2027-2030
La démographie médicale est implacable : avec 30 % des médecins coordonnateurs actuels âgés de plus de 60 ans, les prochaines années verront s’accélérer les vacances de poste. Pour les directeurs, cette réalité impose d’inscrire la question de la couverture médicale dans la stratégie à 3-5 ans de l’établissement : ne pas attendre le départ pour chercher un remplaçant, anticiper les formules alternatives, budgéter les coûts de médecin partagé ou de télécoordination dans les CPOM.
Pour les médecins coordonnateurs en poste, le décret 2025-897 ouvre de nouvelles perspectives professionnelles avec l’élargissement de la prescription et la reconnaissance de la télécoordination. Des leviers pour rendre la fonction plus attractive auprès des praticiens généralistes et gériatres.


