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EHPAD : l’accès aux infirmiers libéraux recule en 2024, les kinés progressent

23 juillet 2026 9 min de lecture Nicolas Mortel
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L’accès aux infirmiers libéraux s’est légèrement dégradé en France entre 2023 et 2024, selon les derniers chiffres de la récemment publiés par la DREES. À l’inverse, l’accès aux kinésithérapeutes progresse nettement. Pour les EHPAD, qui s’appuient largement sur des professionnels de santé libéraux pour compléter leurs équipes salariées, ce mouvement en ciseaux mérite d’être décrypté avec précision.

Les faits : ce que dit la DREES sur l’accessibilité aux soins en 2024

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La DREES a mis à jour, pour l’année 2024, son indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL), qui couvre au total cinq professions de santé de ville. Deux d’entre elles concernent directement le suivi quotidien des résidents d’EHPAD — le médecin généraliste et l’infirmier — les trois autres étant la sage-femme, le kinésithérapeute et le chirurgien-dentiste. Concrètement, cet outil statistique évalue, commune par commune, si l’offre de soins de ville — cabinets libéraux et centres de santé confondus — suffit à couvrir la demande locale.

Pour les médecins généralistes, le chiffre à retenir est de 3,3 consultations par habitant et par an en 2024 — un repli de 1,1 % sur un an. Mais le vrai signal, pour les directions d’EHPAD, se joue profession par profession : côté infirmiers, le repli atteint 0,8 % entre 2023 et 2024. À l’inverse, trois professions gagnent du terrain sur la même période : +3,3 % pour les kinésithérapeutes, +1,9 % pour les sages-femmes et +1,4 % pour les chirurgiens-dentistes — une progression que la DREES relie directement à la hausse de leurs effectifs.

Reste une réserve méthodologique posée par la DREES elle-même : comparer ce type d’indicateur sur de longues périodes est risqué, car la pyramide des âges de la population évolue et peut fausser la lecture. Un seul point de bascule d’une année sur l’autre ne suffit donc pas, à lui seul, à conclure à une tendance durable.

Une baisse limitée, mais une tension infirmière qui, elle, est durable

Le repli ponctuel de l’APL infirmiers en 2024 s’inscrit dans un contexte démographique déjà connu des directeurs d’EHPAD. Une étude DREES antérieure rappelle qu’entre 2013 et 2021, le nombre d’infirmières en emploi a augmenté de 8 %, pour s’élever à près de 600 000. Un chiffre en trompe-l’œil : les besoins en soins infirmiers ont augmenté plus rapidement que le nombre d’infirmières sur la même période, et les difficultés pour recruter dans cette profession ont augmenté, faisant d’elle l’un des métiers les plus en tension.

La projection à long terme confirme l’ampleur du défi : il faudrait 80 000 infirmières supplémentaires en 2050 pour assurer la même couverture de besoins en soins qu’actuellement, alors que selon le scénario tendanciel, 821 000 infirmières seraient en emploi en 2050. C’est cette toile de fond démographique, documentée dans notre article sur la démographie médicale et ses conséquences en EHPAD, qui rend chaque point d’APL perdu plus sensible pour les établissements déjà en tension sur leurs effectifs soignants.

Ce que cela signifie concrètement pour les EHPAD

Les EHPAD ne sont pas directement mesurés par l’indicateur APL de premier recours, mais ils dépendent largement des professionnels de santé libéraux du territoire pour certains actes. L’Assurance Maladie encadre par des contrats de coordination l’intervention des professionnels de santé libéraux, dont les kinésithérapeutes, au sein des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes — un cadre à connaître pour tout directeur ou IDEC qui doit sécuriser une intervention extérieure. Sur ce terrain, la hausse de l’APL kinésithérapeutes (+3,3 %) est plutôt une bonne nouvelle : elle traduit un vivier plus large de professionnels disponibles pour intervenir en établissement.

La baisse de l’APL infirmiers est en revanche à surveiller de près, car le niveau de dépendance des résidents ne cesse de progresser. Plus de 500 000 résidents sont aujourd’hui hébergés en EHPAD, et leur degré de dépendance moyen ne cesse de grimper, année après année. Une autre étude DREES le confirme : plus de la moitié des résidents en EHPAD (55 %) sont en forte perte d’autonomie (GIR 1 ou 2), un niveau qui rejoint les chiffres détaillés dans notre décryptage précédent des données DREES sur les professions de santé et les EHPAD. Côté financement, les départements ont fixé pour 2025 un GMP moyen de 748, avec un point GIR valorisé à 7,73 euros — soit 8,6 % de plus qu’en 2018 — des paramètres qui pèsent directement sur la capacité d’un établissement à financer du temps soignant complémentaire, qu’il soit interne ou coordonné avec des libéraux.

Des disparités territoriales qui pèsent différemment selon la profession

Au-delà de l’évolution annuelle, l’ampleur des écarts territoriaux distingue nettement les professions. En 2024, l’écart entre territoires les mieux et les moins bien dotés culmine à 7,9 chez les chirurgiens-dentistes, redescend à 6,8 chez les kinésithérapeutes, à 6,1 chez les infirmiers, pour se limiter à 4,9 chez les sages-femmes. Pour les médecins généralistes, l’écart est encore plus marqué : les 10 % de Français les mieux dotés affichent un score de 5,7, contre un niveau 4,3 fois inférieur pour les 10 % les moins bien lotis — un rapport qui s’est creusé de 5,3 % en un an.

Sur un an, ces écarts évoluent de façon contrastée selon la profession : ils reculent de 3,6 % pour les sages-femmes, restent quasi stables pour les infirmiers, mais grimpent pour les kinésithérapeutes (+1,3 %) et plus encore pour les chirurgiens-dentistes (+1,9 %). Pour un EHPAD implanté en zone sous-dense, cela signifie concrètement que la marge de manœuvre pour mobiliser un infirmier libéral en complément de l’équipe salariée reste, en creux, la plus contrainte de toutes les professions étudiées.

Les leviers déjà activés par les pouvoirs publics

Face à cette tension, plusieurs dispositifs ciblent spécifiquement le secteur médico-social. Depuis 2022, un nouveau type de structure existe pour épauler le maintien à domicile : le centre de ressources territorial (CRT), pensé pour renforcer l’accompagnement des personnes âgées en s’appuyant sur un EHPAD pivot — un dispositif qui complète les efforts autour de la téléconsultation en EHPAD, que la DREES documente également. Sur le volet infirmier de nuit, une évaluation citée par la CNSA suggère que ce dispositif limiterait le recours aux urgences par les résidents et permettrait de repérer plus tôt les situations à risque, en plus de réaliser certains soins techniques planifiés à l’avance.

Sur le plan réglementaire, l’article 79 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2024 ouvre la voie à une expérimentation destinée à alléger les règles de tarification des EHPAD, un chantier à suivre en parallèle des évolutions sur le financement de la section soins du CPOM avec l’ARS. Sur les autres professions paramédicales, la montée en charge des infirmiers en pratique avancée reste également un sujet suivi de près, comme le montre notre article sur les IPA en EHPAD, huit ans après le décret fondateur.

Perspectives : que surveiller dans les prochains mois

  • Le prochain millésime de l’indicateur APL (données 2025), attendu courant 2027, permettra de vérifier si la baisse infirmiers de 2024 se confirme ou se corrige.
  • Les établissements en zone sous-dense (rapport de dotation défavorable) ont intérêt à formaliser dès maintenant leurs contrats de coordination avec les kinésithérapeutes libéraux du territoire, profession où l’offre progresse.
  • Le déploiement des centres de ressources territoriaux et des dispositifs d’infirmiers de nuit mutualisés reste, à ce stade, la réponse la plus documentée à la tension sur l’accès infirmier.
  • La montée en charge des IPA, encore freinée selon la mission flash parlementaire évoquée dans notre article dédié, pourrait à terme desserrer partiellement la contrainte sur le temps médical et paramédical disponible pour les EHPAD.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL) de la DREES ?
C’est un indicateur, calculé commune par commune, qui compare l’offre et la demande de soins de ville pour cinq professions libérales ou exerçant en centre de santé : le médecin généraliste, l’infirmier, la sage-femme, le kinésithérapeute et le chirurgien-dentiste. Il ne mesure pas directement l’accès aux EHPAD eux-mêmes, mais l’offre de soins de ville disponible sur un territoire.
La baisse de l’APL infirmiers en 2024 concerne-t-elle directement les EHPAD ?
Aucune donnée DREES ne croise directement l’indicateur APL avec la situation des EHPAD. La baisse mesurée porte sur l’accès aux infirmiers libéraux et salariés de centre de santé pour l’ensemble de la population. Elle est néanmoins un signal pertinent pour les établissements qui recourent à des infirmiers libéraux en coordination, dans un contexte où le niveau de dépendance des résidents continue de progresser.
Comment un EHPAD peut-il faire intervenir un kinésithérapeute ou un infirmier libéral ?
L’Assurance Maladie encadre l’intervention des professionnels de santé libéraux en EHPAD par des contrats de coordination, qui précisent les modalités de collaboration avec l’équipe salariée de l’établissement. Ce cadre s’applique notamment aux kinésithérapeutes et aux infirmiers libéraux intervenant en complément du personnel soignant interne.

Sources officielles : DREES — Accessibilité aux soins de premier recours en 2024 · DREES — Études et Résultats n°1319, projections infirmières · CNSA — Page thématique EHPAD

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