Depuis janvier 2026, le Ségur de la santé n’est plus une prime : il est structurellement intégré dans les grilles indiciaires de la fonction publique hospitalière (FPH). Cette consolidation redessine la lecture de la masse salariale pour les directeurs d’EHPAD publics — pensionnabilité, cotisations CNRACL portées à 37,65 %, comparaison renouvelée avec le secteur privé. Tour d’horizon chiffré de ce qui change concrètement pour vos équipes.
Un tournant structurel : le Ségur n’est plus une prime
Signé en juillet 2020, l’accord du Ségur de la santé avait institué une revalorisation de 183 euros nets par mois pour les agents non médicaux du secteur sanitaire et médico-social public. Pendant cinq ans, ce montant a cohabité avec les grilles indiciaires existantes sous forme de complément distinct.
Le tournant est survenu au 1er janvier 2026 : le Complément de Traitement Indiciaire (CTI) est désormais intégré structurellement dans les grilles salariales FPH, à hauteur de 49 points d’indice, soit 241,22 euros bruts par mois (valeur calculée sur la base du point d’indice 2026 à 4,92278 euros). Pour un agent, cela signifie que ce montant entre désormais dans le calcul de sa pension de retraite — une avancée significative après des années de revendication syndicale. Pour les établissements, cela change la structure comptable : ce n’est plus une ligne de prime mais un élément de traitement soumis aux cotisations patronales habituelles.
Parallèlement, l’arrêté du 6 mars 2026 a redéfini les modalités de calcul de la prime de service FPH pour les droits acquis en 2025, prolongeant les ajustements techniques liés à cette intégration. Les effets concrets du Ségur pour les soignants restent donc à décrypter établissement par établissement.
Grilles 2026 : les chiffres par catégorie professionnelle
La valeur du point d’indice FPH est stabilisée à 4,92278 euros en 2026 (progression marginale de 0,01 % par rapport à 2025). L’essentiel de la revalorisation provient de l’intégration structurelle du CTI Ségur et des décrets d’ajustement SMIC. Voici les repères par catégorie :
| Catégorie | Échelon 1 (brut) | CTI intégré | Total brut mensuel |
|---|---|---|---|
| Aide-soignant (classe normale) | 1 836,20 € | 241,22 € | ~2 077 € |
| IDE Grade 1 | 1 919,88 € | 241,22 € | ~2 161 € |
| ASH (agent de service hospitalier) | 1 801 €* | 241,22 € | ~2 042 €* |
Un aide-soignant en fin de carrière (classe normale, échelon 11) atteint 2 545 euros bruts hors primes, soit un salaire net d’environ 1 950 euros. Pour les IDE de grade 1, la fourchette va de 1 919 euros (échelon 1) à 3 337 euros (échelon 10). Ces niveaux sont désormais comparables — voire supérieurs en début de carrière — à certaines grilles du secteur privé non lucratif, grâce notamment à la pensionnabilité du CTI. Retrouvez les détails sur le salaire de l’aide-soignante en EHPAD en 2026, y compris les majorations de nuit.
Comprendre sa rémunération Ségur avant de la négocier (vidéo)
Au-delà des grilles indiciaires, encore faut-il savoir en parler. SOS EHPAD vous explique en vidéo comment aborder salaire et prime Ségur :
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La hausse silencieuse de la CNRACL : +3 points en 2026
C’est le revers de la médaille pour les directeurs d’EHPAD publics : le taux de cotisation patronale à la Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales (CNRACL) est passé à 37,65 % en 2026, soit une hausse de 3 points par rapport à 2025. Sur une masse salariale brute de 2 millions d’euros — réalité de beaucoup d’établissements de taille moyenne — cette augmentation représente 60 000 euros de charges supplémentaires annuelles.
Pour les directeurs en cours de construction de leur EPRD 2026-2027, l’impact est double : l’intégration structurelle du CTI gonfle la base de calcul des cotisations (le CTI était auparavant une prime à régime cotisation spécifique), et la hausse du taux CNRACL s’applique sur ce montant désormais élargi. Un ajustement de la section « dépenses de personnel » est impératif lors des révisions budgétaires mi-année. Sur ce point, l’indemnité carburant de 50 euros versée aux aides-soignants fait partie des éléments à intégrer dans la masse salariale globale.
Public vs privé : où en est l’attractivité en 2026 ?
La comparaison entre secteurs reste un enjeu central pour le recrutement. Du côté du secteur privé non lucratif, la Convention Collective Nationale 51 (CCN 51, relevant de la FEHAP) a revalorisé son point à 4,568 euros en janvier 2026, soit une augmentation de 2 %. Dans le secteur privé commercial, l’avenant 70 de la branche BAD, étendu en 2026, a reclassé les aides-soignants au niveau technicien, entraînant des revalorisations importantes.
La FPH conserve des atouts structurels : la pensionnabilité du CTI (désormais réelle), la sécurité de l’emploi statutaire, et un régime indemnitaire stable. Mais le différentiel de net à payer reste faible en début de carrière, et certains bassins d’emploi voient les EHPAD privés proposer des salaires légèrement supérieurs grâce aux primes de recrutement. Face à l’objectif de 4 500 postes à pourvoir en EHPAD en 2026, la question de l’attractivité des métiers en EHPAD dépasse largement la seule grille salariale : conditions de travail, autonomie des équipes et qualité du management pèsent autant dans les décisions des candidats.
Perspectives : la Convention Collective Unique en ligne de mire
La consolidation du Ségur de 2026 n’est qu’une étape dans un chantier plus large : la négociation d’une Convention Collective Unique (CCU) pour le secteur médico-social, qui devrait harmoniser les conditions d’emploi entre FPH, CCN 51 (FEHAP), BASS (associations) et secteur commercial. Ce projet, porté par plusieurs fédérations dont Nexem et la FEHAP, vise à mettre fin aux disparités qui compliquent le recrutement interétablissements.
Les tensions salariales restent vives : plusieurs organisations syndicales ont appelé à un mouvement de grève dans le médico-social le 26 mai 2026, dénonçant l’insuffisance des revalorisations malgré la consolidation du Ségur. Les directeurs d’EHPAD publics doivent anticiper d’éventuelles perturbations sur cette date, et surtout préparer un plan de recrutement structuré pour faire face aux besoins croissants en personnel qualifié.