prévention Alzheimer
Maladies neurodégénératives & Alzheimer

Alzheimer : jusqu’à 45 % des cas évitables, ce que l’EHPAD peut faire

9 min de lecture Patrice Martin
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Prévention Alzheimer : la Fondation Médéric Alzheimer place désormais ce levier au cœur de son action. Son rapport d’activité 2025, mis en ligne fin juin 2026, acte que le plan stratégique 2025-2028 est désormais bien engagé et le structure autour de trois priorités. Pour les équipes d’EHPAD, l’intérêt n’est pas institutionnel : il tient aux chiffres que la Fondation met sur la table, et à ce qu’ils impliquent en pratique.

Les faits : une stratégie recentrée sur trois priorités

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Dans son rapport d’activité 2025, la Fondation indique que le conseil d’administration a structuré l’action de la Fondation autour de trois priorités complémentaires : prévenir l’apparition des troubles, ralentir l’évolution de la maladie et améliorer la qualité de vie des personnes malades et de leurs proches. La formulation publique de cette stratégie retient les mêmes axes : prévenir l’apparition des troubles cognitifs, ralentir l’évolution de la maladie et permettre aux personnes concernées de vivre dignement dans une société plus inclusive.

Le basculement vers la prévention s’appuie sur un argument scientifique désormais stabilisé : les travaux scientifiques montrent aujourd’hui qu’en agissant sur 14 facteurs de risque modifiables, il serait possible de prévenir ou retarder jusqu’à 45 % des cas de maladie d’Alzheimer. Il faut lire cette donnée pour ce qu’elle est — un potentiel maximal, à l’échelle d’une population et sur toute une trajectoire de vie — et non comme une promesse individuelle.

La Fondation a traduit cette hypothèse en modèle économique. Elle retient, pour ses propres calculs, qu’en agissant sur les facteurs de risque modifiables, jusqu’à 37 % des cas de maladie d’Alzheimer pourraient être évités ou retardés. Sur cette base, le coût total estimé pour déployer un programme national de prévention primaire du déclin cognitif est évalué à 3,44 milliards d’euros, un investissement ponctuel pouvant être étalé sur plusieurs années, tandis que le gain net pour la collectivité serait compris entre 918 millions et 1,34 milliard d’euros, chaque euro investi dans la prévention pouvant générer entre 1,27 et 1,39 euro d’économies pour la société.

Côté opérationnel, la Fondation expérimente. Le programme PREVALZ s’appuie notamment sur les résultats de l’étude finlandaise FINGER (2009-2014), menée auprès de personnes âgées de 60 à 77 ans ; au 31 décembre, ce sont 25 personnes qui ont intégré le programme. En parallèle, plus de 3 500 personnes ont ainsi pu être sensibilisées à la prévention de la maladie d’Alzheimer lors de ses rendez-vous grand public.

Mise en perspective : un sujet massif en établissement

La maladie n’est pas un sujet périphérique pour les EHPAD : selon la DREES, environ 268 200 résidents souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée en 2023, soit 38 % des personnes accueillies. Nous avions montré ce que cette proportion change au quotidien dans notre article sur les pratiques adaptées côté animation.

La dynamique démographique accentue la pression. La Fondation rappelle qu’en France, le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus devrait passer de 4,1 millions aujourd’hui à 8,4 millions d’ici 2060, et qu’on estime à près de 1,4 million le nombre de personnes vivant avec l’une de ces pathologies en 2025, un chiffre qui pourrait atteindre 2,3 millions en 2050. Chaque année, environ 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués, alors que seuls 35 % des personnes malades seraient actuellement diagnostiquées.

Ce déficit de diagnostic a une conséquence directe en établissement : une partie des résidents arrive sans repérage formalisé, ce qui retarde l’adaptation de l’accompagnement. Notre guide complet sur Alzheimer et les maladies neurodégénératives en EHPAD détaille les étapes de ce repérage.

Bonne nouvelle en revanche sur les pratiques : les travaux de l’Observatoire de la Fondation montrent leur diffusion progressive dans les pratiques professionnelles (en 2024, 83 % des EHPAD contre 76 % en 2021, et 79 % des accueils de jour contre 68 %). Les approches non médicamenteuses ne sont plus marginales.

Ce que les équipes peuvent en tirer dès maintenant

Pour l’IDEC

Pour l’animateur et le psychologue

  • Documenter l’effet des ateliers, et pas seulement leur tenue. C’est la logique de l’enquête nationale citée par la HAS, où les équipes des UHR ont été interrogées sur les approches non médicamenteuses mises en place et qui, selon elles, impactent le plus sur l’amélioration des troubles du comportement des résidents.
  • Puiser dans le répertoire déjà validé : notre panorama des six thérapies non médicamenteuses recommandées et notre guide complet de l’animation en EHPAD donnent le cadre.
  • Intégrer les proches : seuls 52 % des aidants se déclarent suffisamment informés sur la maladie d’Alzheimer, et on constate une large méconnaissance de l’ensemble des droits et aides possibles. Une séance d’information aux familles a donc un rendement élevé.

Pour le médecin coordonnateur

  • Réserver les traitements à leur juste place. L’ANSM rappelle que l’instauration d’un traitement antipsychotique s’inscrit toujours dans une prise en charge globale.
  • Mobiliser les techniques d’entretien validées : la HAS a élaboré des méthodes destinées à donner un cadre structurant à l’accompagnement éducatif dans les processus de changement de comportement : l’intervention motivationnelle brève et l’entretien motivationnel.
  • Cibler les facteurs de risque encore modifiables chez les résidents les plus jeunes ou en accueil de jour, seul segment où la prévention garde un sens à l’échelle de l’établissement.

Le soutien aux aidants complète le dispositif : environ 3 millions d’aidants accompagnent une personne vivant avec la maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée selon le baromètre de la Fondation. Les solutions de relais sont détaillées dans notre article sur le répit des aidants, les plateformes et les financements ARS.

Perspectives : des financements qui se déplacent

Le mouvement se lit aussi dans les enveloppes. La Fondation a renforcé son soutien à la recherche dans ce domaine en portant à 300 000 euros l’enveloppe de son appel à projets dédié, et sur les 50 candidatures reçues, trois projets innovants ont été soutenus en 2025. Sur le volet hospitalier, la dotation a été fortement renforcée en 2025, passant de 50 000 € à 400 000 €, avec 95 dossiers reçus, portés par la volonté commune de réduire le recours aux urgences, voire à l’hospitalisation.

D’autres dispositifs se structurent : neuf porteurs de projets bénéficient d’un programme personnalisé (diagnostic, formation, conseils, voyages d’études) depuis septembre, et près de 150 jeunes chercheurs ont été accompagnés pour un montant global de 1,7 million d’euros. Pour un établissement, ces guichets constituent une voie de financement réelle pour un projet d’unité, de formation ou d’ouverture sur le territoire — à condition de candidater sur un projet déjà écrit, pas sur une intention.

Mini-FAQ : prévention Alzheimer en EHPAD

La prévention a-t-elle encore un sens pour un résident déjà malade ?
Oui, mais elle change d’objet. La prévention primaire, qui vise à éviter l’apparition des troubles, s’adresse surtout à des publics plus jeunes ou accueillis en accueil de jour. En hébergement permanent, l’enjeu devient de ralentir l’évolution et de préserver la qualité de vie, ce qui correspond aux deux autres priorités affichées par la Fondation.
Pourquoi deux pourcentages différents de cas évitables ?
Les deux chiffres ne recouvrent pas la même chose. Le premier est le potentiel maximal issu de la littérature scientifique internationale sur les facteurs de risque modifiables. Le second est l’hypothèse plus prudente que la Fondation retient pour son propre modèle économique français. Citer l’un pour l’autre serait une erreur de lecture.
Comment financer un projet non médicamenteux dans son établissement ?
Plusieurs guichets coexistent : les appels à projets de la Fondation, les crédits non reconductibles de l’ARS et les financements liés aux unités spécialisées. Le facteur décisif reste la maturité du dossier : objectifs mesurables, professionnels identifiés et modalités d’évaluation décrites dès le dépôt.
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