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Vieillissement à La Réunion : l’Insee chiffre les besoins en établissement

13 min de lecture Nicolas Mortel
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Le vieillissement à La Réunion fait l’objet d’une projection de l’Insee, étude commandée par le Département et l’ARS Réunion. L’Insee y écrit : « À l’horizon 2050, le nombre de seniors en perte d’autonomie à La Réunion devrait plus que doubler : 42 700 seniors seraient concernés. » Il ajoute que des places supplémentaires en établissement pourraient être nécessaires d’ici 2050. Cet article présente ces projections et les hypothèses des scénarios bas et haut, puis ce que l’ARS et le Département écrivent dans leur dossier de presse.

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Le cadre : une étude et des États généraux

Le document de l’Insee s’identifie ainsi : « Insee Analyses La Réunion • n° 109 • Août 2026 ». Le communiqué de l’ARS La Réunion consacré à ces États généraux est titré « États généraux du Bien-Vieillir : préparer aujourd’hui La Réunion de 2050 » et indique : « Les 26 et 27 octobre 2026, le Conseil départemental et l’ARS La Réunion organisent les premiers États généraux du Bien-Vieillir, à Saint-Denis. »

Le dossier de presse de l’ARS et du Département décrit ainsi l’étude de l’Insee : « Une étude de l’INSEE – commandée par le Département et l’ARS Réunion – portant sur les “Projections de personnes âgées en perte d’autonomie” constitue un apport essentiel aux États généraux du Bien-Vieillir. »

Qui est concerné par la perte d’autonomie

Dans l’étude de l’Insee, la perte d’autonomie a une définition administrative : « Une personne est en perte d’autonomie si son groupe iso-ressource (GIR) est compris entre 1 et 4 ». Pour ces niveaux, voir notre guide sur la grille AGGIR.

L’Insee distingue deux niveaux : « Les personnes confinées au lit ou au fauteuil ou dont les fonctions mentales sont altérées et qui nécessitent une surveillance permanente sont considérées en perte d’autonomie sévère (GIR 1 ou 2). La perte d’autonomie modérée correspond aux GIR 3 et 4. »

Pour la situation de départ, l’Insee écrit : « En 2021, à La Réunion, 18 200 personnes âgées de 60 ans ou plus sont dans l’impossibilité d’effectuer, sans assistance, certains actes de la vie quotidienne. Parmi elles, 31 % sont en perte d’autonomie sévère. » Il ajoute : « La perte d’autonomie augmente fortement avec l’âge : elle concerne seulement 6 % des seniors de 60 à 74 ans, 17 % de ceux de 75 à 84 ans et 45 % des personnes de 85 ans ou plus. »

Les projections de perte d’autonomie

Résultat chiffré de l’étude : « À l’horizon 2050, le nombre de seniors en perte d’autonomie à La Réunion devrait plus que doubler : 42 700 seniors seraient concernés. » Pour la perte d’autonomie, le scénario de référence repose sur l’hypothèse que les gains d’espérance de vie se répartissent entre années avec et sans perte d’autonomie selon la structure observée de l’espérance de vie à 60 ans en 2021.

À propos du nombre de seniors en perte d’autonomie, l’Insee écrit : « Leur nombre augmenterait de 24 500 par rapport à 2021, soit +135 % en 29 ans, une hausse bien plus importante que celle attendue au niveau national (+36 %). » Pour la perte d’autonomie sévère, il indique : « Dans ce scénario de référence, la perte d’autonomie sévère devrait progresser encore plus rapidement : +159 % entre 2021 et 2050 à La Réunion (+45 % en France). Ainsi, en 2050, 14 600 seniors seraient en perte d’autonomie sévère, soit 9 000 de plus qu’en 2021. »

L’étude décrit aussi une variante plus favorable : « Dans un scénario alternatif, plus optimiste, l’état de santé des seniors s’améliorerait plus rapidement : les gains d’espérance de vie en bonne santé seraient supérieurs aux gains d’espérance de vie. » Dans ce scénario alternatif, l’Insee écrit que 34 000 personnes, soit 12 % des seniors, seraient en perte d’autonomie en 2050. Le conditionnel est celui de l’Insee : il s’agit de projections, pas de constats.

Un territoire où l’on vit plus souvent à domicile, à l’offre en établissement moins développée

L’Insee décrit d’abord la répartition entre domicile et établissement : « À La Réunion, en 2021, 89 % des seniors en perte d’autonomie vivent à domicile. C’est beaucoup plus que dans l’ensemble du pays où 70 % des seniors sont dans ce cas. » Il ajoute : « Sur l’île, 5 % des seniors en perte d’autonomie modérée et 25 % des seniors en perte d’autonomie sévère résident en établissement. » Et pour l’ensemble du pays : « Dans l’ensemble du pays, ces proportions sont plus importantes : 17 % des personnes en perte d’autonomie modérée et 57 % des seniors en perte d’autonomie sévère vivent en établissement. »

Sur l’offre, l’étude indique : « Plusieurs raisons expliquent ces écarts. Tout d’abord, l’offre en établissement est nettement moins développée qu’au niveau national avec 48 places pour 1 000 personnes de 75 ans ou plus en 2022, contre 132 dans l’ensemble du pays. » Elle poursuit : « Cela se traduit par un taux d’occupation très élevé des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) à La Réunion (97 % en 2021). » Sur ce thème, voir notre article sur le taux d’occupation en EHPAD.

L’Insee mentionne aussi l’aide à domicile et la famille. Sur le premier point : les services à la personne sont bien implantés sur l’île : en 2021, 98 % des seniors en perte d’autonomie vivant à domicile bénéficient d’une aide professionnelle, contre 94 % dans l’ensemble du pays. Sur le second : « De surcroît, l’île se démarque de l’Hexagone avec des solidarités familiales encore dynamiques et notamment une cohabitation intergénérationnelle plus fréquente : en 2021, 33 % des personnes de 85 ans ou plus vivent avec un proche autre que leur conjoint, soit quatre fois plus qu’au niveau national (8 %). »

Le besoin en places en établissement et ses scénarios

Pour les places en établissement, l’Insee écrit que 3 100 places supplémentaires en établissement pourraient être nécessaires d’ici 2050 pour permettre la prise en charge des seniors les plus isolés ou de situations incompatibles avec le maintien au domicile. Dans le corps de l’étude, ce chiffre est assorti de son hypothèse : « Compte tenu de la hausse attendue du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie, 3 100 places supplémentaires seraient nécessaires à l’horizon 2050, sous l’hypothèse du maintien » ; la phrase se poursuit, après un encadré du document, par « des taux d’accueil en établissement selon le degré de dépendance. » L’étude décrit par ailleurs un scénario bas et un scénario haut.

Pour le scénario bas, l’Insee indique que dans un scénario bas, les places en établissement seraient réservées aux personnes en perte d’autonomie sévère. Il écrit ensuite : « Le besoin serait alors moins important : 1 500 places supplémentaires en établissement seraient nécessaires à l’horizon 2050 pour maintenir les taux d’accueil en établissement des personnes en perte d’autonomie sévère uniquement. »

Pour le scénario haut, il écrit : « À l’inverse, un scénario haut correspondant à l’alignement sur les taux d’accueil observés en établissement dans l’ensemble du pays – uniquement pour les personnes en perte d’autonomie sévère – porterait ce besoin à 6 200 places supplémentaires à l’horizon 2050. »

Précaution de lecture, qui est celle du média : chaque chiffre de besoin se lit avec le scénario dont il provient.

Ce que disent l’ARS et le Département

Le dossier de presse de l’ARS et du Département comporte des éléments sur l’offre, qui ne proviennent pas de l’Insee. Il indique que le Département poursuit le développement de l’offre médico-sociale, avec 107 nouvelles places d’EHPAD autorisées et 66 places ouvertes en résidence autonomie. Sur les résidences autonomie, voir notre article sur l’aide à la création de places en résidences autonomie.

Le dossier de presse contient également la ligne suivante : « Renforcer l’offre d’accueil en EHPAD, dans le cadre du plan de rattrapage engagé avec le Département depuis 2022. » Le dossier de presse comporte aussi, parmi les chiffres clés de l’ARS : « Plus de 500 places d’EHPAD programmées dans le cadre du plan de rattrapage » Sur un projet d’EHPAD sur l’île, voir notre article consacré à un projet d’EHPAD à La Réunion.

Sur la création d’établissement, voir notre article sur un appel à projets de création d’un EHPAD.

Mise en perspective

Une lecture du média : le périmètre est la première précaution à prendre. L’Insee précise : « Les établissements accueillant des seniors sont des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des établissements non médicalisés pour personnes âgées (Ehpa), ou des unités de soins de longue durée (USLD). » L’Insee écrit aussi, au titre du constat : « En 2021, 2 000 seniors en perte d’autonomie vivent dans un établissement pour personnes âgées dont plus de 80 % dans un des 20 Ehpad de l’île. »

Une seconde lecture du média, que les sources ne formulent pas : le dossier de presse parle de places d’EHPAD autorisées ou programmées, l’étude de places en établissement nécessaires selon des hypothèses d’accueil. Ce sont deux séries de chiffres de nature différente, publiées dans deux documents distincts ; les additionner ou les soustraire reviendrait à comparer des périmètres qui ne sont pas les mêmes.

Sur les délais d’entrée, voir notre article sur les délais d’attente d’entrée en EHPAD.

Impact concret par profil métier

Les paragraphes qui suivent sont une lecture du média, que l’étude de l’Insee et le dossier de presse ne formulent pas.

Directeurs et gestionnaires d’établissement

Piste de travail pour une direction : utiliser l’étude comme une fourchette de cadrage plutôt que comme un chiffre unique. Avant de citer un nombre de places, il est prudent de préciser de quel scénario il provient et que le périmètre est celui des établissements pour personnes âgées.

Les éléments de contexte de l’étude (domicile, aide professionnelle, solidarités familiales) décrivent le territoire réunionnais ; ils ne sont pas transposables tels quels ailleurs.

IDEC et cadres de santé

Pour les équipes soignantes encadrées par un IDEC ou un cadre de santé, l’intérêt de l’étude est surtout conceptuel : elle s’appuie sur les niveaux de GIR. Piste de travail : s’appuyer sur la distinction entre perte d’autonomie modérée et sévère pour relire le profil des résidents accueillis.

Perspectives

Là encore, il s’agit d’une lecture du média, qui n’anticipe aucune suite. Sur l’évaluation des besoins, voir notre article sur l’évaluation prospective des besoins du grand âge.

Voir aussi notre article sur une enquête régionale sur les EHPAD en Martinique.

Pour les directeurs et cadres, une piste de travail raisonnable consiste à suivre les prochaines publications de l’ARS et du Département sur l’offre autorisée, et à les lire à la lumière des hypothèses de l’Insee plutôt qu’en les opposant.

Questions fréquentes

Les places projetées par l’Insee sont-elles des places d’EHPAD ?
Pas uniquement : l’étude porte sur des places en établissement pour personnes âgées, catégorie qui comprend les Ehpad. L’Insee précise : « Les établissements accueillant des seniors sont des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des établissements non médicalisés pour personnes âgées (Ehpa), ou des unités de soins de longue durée (USLD). » Le corps de l’article détaille les scénarios.
Comment l’Insee mesure-t-il la perte d’autonomie ?
L’Insee s’appuie sur le groupe iso-ressource (GIR) : il s’agit d’une mesure administrative de la perte d’autonomie qui classe les individus en fonction du niveau d’aide dont ils ont besoin pour accomplir les actes essentiels de la vie quotidienne. Les niveaux concernés sont détaillés dans le corps de l’article.
Les chiffres de l’ARS et du Département sont-ils ceux de l’Insee ?
Non, ce sont deux documents distincts : l’étude de l’Insee, commandée par le Département et l’ARS Réunion, et le dossier de presse de l’ARS et du Département. Le corps de l’article précise ce que chacun indique.

Sources officielles

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