Faut-il parler du vaccin contre le pneumocoque au médecin de votre parent âgé, et que lui demander ? Cet article réunit les repères publiés par la HAS, par l’Assurance Maladie et dans le projet de budget, en distinguant ce qui est recommandé de ce qui n’est encore qu’un projet. Il propose ensuite des questions à poser au médecin traitant ou à l’équipe de l’EHPAD. Il ne donne aucun conseil médical individuel : seul le médecin peut se prononcer sur la situation de votre parent.
Pourquoi le pneumocoque concerne les personnes âgées
Le pneumocoque porte le nom scientifique de Streptococcus pneumoniae. Dans sa synthèse sur la stratégie de vaccination, la HAS écrit : « Streptococcus pneumoniae demeure la première cause de pneumonies aiguës communautaires documentées en France, représentant au moins 60 000 cas annuels ». Ce chiffre porte sur l’ensemble de la population, adultes et enfants : il ne vise pas seulement les personnes âgées.
La HAS donne aussi un repère sur les suites d’une hospitalisation. Il concerne les adultes de tous âges : « Chez l’adulte, la mortalité à un an après une hospitalisation pour infection à pneumocoques atteint environ 27 % ».
Les formes graves de la maladie sont suivies sous le nom d’infections invasives à pneumocoques, abrégées IIP. Dans son rapport, la HAS indique qu’en 2024, l’incidence des IIP a atteint 10,25 cas pour 100 000 habitants, tous âges confondus. L’incidence est le nombre de nouveaux cas rapporté à une population donnée. Le même rapport décrit ensuite « les personnes âgées, avec une incidence croissant fortement avec l’âge (18,7 cas pour 100 000 chez les 65 à 69 ans jusqu’à 63,7 cas pour 100 000 chez les plus de 89 ans) ».
Pour un proche âgé, les suites comptent autant que l’infection elle-même. La HAS note que « Après une pneumonie sévère ou une septicémie, des séquelles respiratoires chroniques, une fatigue prolongée ou une perte d’autonomie sont possibles, surtout chez les personnes âgées. »
Où en est la vaccination des personnes âgées
Le rapport de la HAS relaie le bilan de couverture vaccinale de Santé publique France. Il rapporte que « moins de 20 % des personnes âgées de 65 ans et plus à risque élevé d’IIP sont correctement vaccinées ». Ce chiffre vise les personnes à risque élevé, avant l’élargissement de la recommandation décrit plus loin. La HAS ajoute : « Aucune donnée de couverture vaccinale n’est actuellement disponible pour les personnes âgées ≥ 65 ans depuis la mise en place des recommandations de 2025 ».
La HAS relève aussi, chez l’adulte, une « adhésion insuffisante, principalement en raison d’un déficit d’information ». Selon ce même document, « seuls 29 % des personnes de 65 ans et plus déclarent connaître l’existence de ces vaccins ».
La révision de la HAS sur la vaccination des plus âgés
Sur le plan légal, le Code de la santé publique prévoit que « La politique de vaccination est élaborée par le ministre chargé de la santé qui fixe les conditions d’immunisation, énonce les recommandations nécessaires et rend public le calendrier des vaccinations après avis de la Haute Autorité de santé. »
Le rapport de la HAS sur la place des vaccins à haute valence rappelle que « En France, depuis avril 2025, la vaccination est élargie à l’ensemble des personnes de 65 ans et plus, présentant ou non des facteurs de risque. » Nous avons détaillé cet élargissement de la vaccination contre le pneumocoque dans un article dédié.
La révision de la HAS porte sur le VPC21, sigle du vaccin pneumococcique conjugué 21-valent. La HAS écrit : « La HAS recommande que les adultes âgés de 65 ans et plus soient vaccinés par une dose unique du VPC21, selon l’AMM. » L’AMM est l’autorisation de mise sur le marché du vaccin. La HAS indique aussi : « La HAS préconise le recours préférentiel au VPC21 chez les adultes ».
Qu’en est-il d’un parent déjà vacciné ? La HAS répond sur un cas précis : « La HAS ne propose pas de schéma de rattrapage destiné aux adultes antérieurement vaccinés par VPC20. » Le VPC20 est le vaccin pneumococcique conjugué 20-valent. Elle précise de plus : « À ce jour, aucun schéma séquentiel associant VPC20 et VPC21 n’a été étudié. »
La HAS signale enfin une limite de connaissance : « Aucune donnée clinique d’efficacité vaccinale n’a été rapportée pour le VPC20 chez la population pédiatrique ni pour le VPC21 chez les adultes ». Ces points se discutent avec un médecin, pas dans un article. Pour la lecture de l’avis côté établissement, voir notre article sur la bascule vers le VPC21 en dose unique.
Selon la situation de votre parent : à domicile ou en EHPAD
Les documents de la HAS cités ici ne détaillent pas les compétences de chaque profession en matière de prescription ou d’administration du vaccin. Cet article ne désigne donc personne pour le geste : il vous aide à poser les bonnes questions à l’interlocuteur que vous avez.
Votre parent vit à domicile
Son médecin traitant est l’interlocuteur naturel. La HAS souligne que « L’acceptabilité au sein de la population adulte dépend fortement de la recommandation du médecin traitant. » Parlez-en donc lors d’une consultation, en demandant ce qui est adapté à son cas.
Sur la distribution, la HAS indique : « Les caractéristiques des deux vaccins, VPC20 et VPC21, permettent leur distribution immédiate via le circuit classique (pharmacies d’officine et centres de santé) ». Pour d’autres sujets de prévention, vous pouvez consulter nos articles sur les rendez-vous de prévention, sur la polymédication et le rôle de l’aidant et sur le repérage de la sarcopénie chez un proche âgé.
Votre parent vit en EHPAD
De façon générale, sans viser les seuls EHPAD, la HAS écrit que « L’intégration de ces nouveaux vaccins dans les programmes existants nécessitera une coordination entre médecins, pharmaciens et infirmiers ». Les sources officielles consultées ne précisent pas qui vaccine : demandez à l’établissement comment cela s’organise pour votre parent.
Pour situer l’établissement, vous pouvez lire notre article sur le bilan vaccinal en EHPAD et celui sur la campagne de vaccination contre la grippe et le Covid. Pour votre propre place auprès de l’équipe, voir la place des familles en EHPAD.
Mise en œuvre : préparer le rendez-vous et comprendre le remboursement
Sur le remboursement, la page de l’Assurance Maladie consacrée à la vaccination dresse la liste des vaccins recommandés qu’elle prend en charge. Elle indique : « Ces vaccins sont remboursés par l’Assurance Maladie, sur prescription médicale, à 65 % » Cet article ne peut pas indiquer le taux applicable à un vaccin précis : c’est une question pour le médecin ou le pharmacien, au même titre que le rôle éventuel de la complémentaire santé.
Voici des questions à noter avant la consultation. Ce sont des questions, pas des réponses : les réponses dépendent de la situation de votre parent.
Questions pour le médecin traitant
- Mon parent est-il concerné par la vaccination contre le pneumocoque, compte tenu de son âge et de son état de santé ?
- A-t-il déjà été vacciné contre le pneumocoque ? Si oui, avec quel vaccin et à quelle date ?
- Faut-il envisager une nouvelle dose dans son cas, s’il a déjà reçu un vaccin ?
- Quel vaccin recommandez-vous pour lui, et que signifie « recours préférentiel » au VPC21 dans son cas ?
- Quels bénéfices et quels effets indésirables peut-on attendre pour lui ?
- Où et par qui la vaccination peut-elle être réalisée ?
- Une ordonnance est-elle nécessaire, et que restera-t-il à notre charge après le remboursement ? Notre complémentaire santé intervient-elle ?
- Peut-on faire cette vaccination en même temps que d’autres vaccins, comme celui contre la grippe ?
- Quels signes devront nous alerter après la vaccination, et qui contacter ?
Questions pour l’équipe de l’EHPAD
- Le statut vaccinal de mon parent, y compris le pneumocoque, figure-t-il dans son dossier ?
- Qui, dans l’établissement, organise la vaccination des résidents ?
- Mon parent a-t-il été consulté sur cette vaccination, et son accord a-t-il été recueilli ?
- Comment les familles sont-elles informées lorsqu’une vaccination est proposée ?
- Les projets de prise en charge des vaccins en EHPAD changeraient-ils quelque chose pour mon parent ?
Prenez les réponses en note et demandez qu’elles soient reportées dans le dossier médical ou le carnet de vaccination.
Perspectives : ce que proposent l’Assurance Maladie et le projet de budget
Tout ce qui suit relève de propositions et de projets. Rien de ce qui est décrit dans cette section n’est présenté ici comme adopté.
Dans le communiqué de présentation de son rapport Charges et produits, l’Assurance Maladie estime les infections à pneumocoques des personnes âgées à « environ 250 000 hospitalisations et plusieurs milliers de décès par an, pour un coût estimé entre 2,7 et 3,4 milliards d’euros chaque année ». Elle écrit aussi : « Or, aujourd’hui, la couverture vaccinale demeure faible (-20% des + de 65 ans) et nécessite d’être significativement accrue. » Cette source est distincte du bilan de Santé publique France cité plus haut.
Dans la présentation synthétique de ce rapport, l’Assurance Maladie propose de « construire en 2 ans, avec les professionnels de santé, les patients et les organismes complémentaires, une campagne de vaccination pneumocoques avec la même ambition que la grippe pour les assurés de 65 ans et plus ». Elle propose aussi de « financer la vaccination contre la grippe, les pneumocoques et le Covid 19 dans les établissements hospitaliers et médico-sociaux ».
Le dossier de presse du projet de budget annonce que « L’accès à la vaccination sera simplifié dans les établissements de santé et médico-sociaux et une campagne de vaccination contre le pneumocoque sera déployée pour les plus de 65 ans. » Il précise que « l’accès à la vaccination sera amélioré et simplifié pour les patients hospitalisés ou les résidents en EHPAD ». Il s’agit d’un projet, pas d’une mesure adoptée.
L’annexe du projet de loi de financement de la sécurité sociale qui évalue la mesure de prise en charge des vaccins par l’Assurance Maladie prévoit, selon ses termes, qu’elle « facilitera ainsi la vaccination des 108 000 personnes âgées aujourd’hui accueillies en EHPAD avec PUI ». La PUI est la pharmacie à usage intérieur d’un établissement. Le même document indique : « il est proposé dans un premier temps de limiter cette prise en charge aux vaccins contre la grippe saisonnière, la Covid-19 et les infections à pneumocoque, ainsi qu’aux traitements d’immunisation contre le VRS ». Le VRS est le virus respiratoire syncytial.
Ces textes peuvent évoluer au fil de la discussion parlementaire. La meilleure suite pour une famille reste la même : poser les questions ci-dessus au médecin ou à l’établissement, et leur demander ce qui s’applique à la situation de votre parent.
Mini-FAQ : le vaccin contre le pneumocoque et votre parent
Mon parent a déjà reçu le VPC20 : doit-il refaire une dose ?
Le vaccin contre le pneumocoque est-il remboursé ?
Que prévoit le projet de budget pour la vaccination en EHPAD ?
Sources officielles
- HAS — synthèse de la révision de la stratégie de vaccination contre les infections invasives à pneumocoques
- HAS — rapport sur la place des vaccins à haute valence chez l’adulte et l’enfant
- Assurance Maladie — communiqué de présentation du rapport Charges et produits
- Assurance Maladie — présentation synthétique du rapport Charges et produits
- Ministère de l’Économie et des Finances — dossier de presse du projet de budget
- Sécurité sociale — annexe du projet de loi de financement de la sécurité sociale
- ameli.fr — prise en charge de la vaccination
- Légifrance — politique de vaccination dans le Code de la santé publique


