Vertiges chez un parent âgé : il dit que la pièce tourne, qu’il se sent instable ou qu’il a eu un malaise, et vous ne savez ni à qui en parler ni dans quel délai. Cet article aide à distinguer ces situations, à repérer les signes qui appellent une consultation immédiate, puis à comprendre qui consulter et quels examens peuvent être demandés. Il revient aussi sur le lien avec les chutes et les médicaments, et sur les bons réflexes au quotidien.
Vertige, instabilité, malaise : ne pas tout confondre
Quand un parent âgé se plaint de « vertiges », le mot recouvre des réalités différentes. Les pages de l’Assurance Maladie citées dans cet article ne précisent pas de public particulier et ne traitent pas spécifiquement de la personne âgée. Les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) servent, elles, à éclairer le lien avec l’âge, les chutes et les médicaments, chacune avec son propre public, précisé au fil du texte.
Selon la fiche de l’Assurance Maladie sur la définition et les causes des vertiges, « Le vertige est une illusion de mouvement de ce qui entoure (murs, plafond, objets…) ou une sensation de déplacement de soi-même dans l’espace. »
La même fiche décrit d’autres sensations, qu’elle appelle vertigineuses, et dit à leur sujet qu’elles « ne causent pas d’impression de mouvement de l’environnement, mais plutôt une sensation de déséquilibre, d’instabilité (tangage comme dans un bateau), d’ébriété ou de chute imminente ».
Elle ajoute, à propos du malaise : « Les malaises, qui ne sont pas liés à un trouble de l’équilibre, ne doivent pas être confondus avec des vertiges. »
Concrètement, interrogez votre parent avec des mots simples. La pièce bouge-t-elle autour de lui ? Se sent-il instable sur ses jambes, comme sur un bateau ? Ou s’est-il senti mal, sans aucune impression de déséquilibre ? Notre conseil : notez ses réponses telles qu’il les formule, sans les traduire en termes médicaux.
Du côté des causes, l’Assurance Maladie indique que « trois maladies sont à l’origine de plus de la moitié des cas de vertiges diagnostiqués ». Cette indication porte sur l’ensemble des patients, tous âges confondus, et la page ne la décline pas pour les personnes âgées. Elle ne dit pas non plus laquelle de ces maladies concerne tel ou tel patient : c’est l’affaire du médecin, après examen.
Consulter tout de suite ou plus tard : signes d’alerte, chutes et médicaments
Les cas où la consultation ne peut pas attendre
L’Assurance Maladie est nette sur un premier point, dans sa fiche sur les bons réflexes en cas de vertiges : « En cas de vertiges invalidants, une consultation doit avoir lieu en urgence. »
La fiche détaille ensuite des situations précises. Elle les introduit ainsi : « Lorsqu’une crise de vertiges survient, la personne doit consulter immédiatement dans les cas suivants », puis énumère plusieurs situations, dont :
- « elle souffre de troubles de la conscience ou a un comportement anormal »
- « elle a subi récemment un traumatisme crânien »
- « elle est exposée à des risques cardio-vasculaires importants (ex. : hypertension artérielle, diabète, angine de poitrine, trouble du rythme cardiaque, antécédent d’accident vasculaire cérébral) »
- « elle ne tient plus debout »
- « elle voit double, ou plus du tout »
- « elle a des difficultés à parler, à se déplacer ou à contrôler ses membres »
Ces critères ne sont pas propres à la personne âgée. Le critère sur les risques cardio-vasculaires renvoie à des sujets que nous traitons par ailleurs : voir notre article sur la surveillance et le traitement de l’hypertension artérielle en EHPAD et celui sur la prévention de l’AVC et les protocoles de rééducation en EHPAD.
Une autre ligne de la même fiche concerne les situations moins spectaculaires : « Il est indispensable de consulter un médecin après tout vertige ou malaise accompagné d’une incapacité (ex. : déséquilibre, trouble de l’audition), même brève. »
Hors de ces cas, la fiche indique que « Dans les autres cas, une consultation quelques jours ou quelques semaines après l’épisode de vertige est utile. » La consultation reste donc au programme, simplement à un autre rythme.
Chutes et médicaments : ce que disent les recommandations de la HAS
Un vertige ou une sensation d’instabilité inquiète aussi par ce qu’il peut entraîner : une chute. Les documents de la HAS cités ici ne visent pas tous le même public ; nous les présentons séparément.
En 2018, dans ses recommandations destinées aux établissements pour personnes âgées (volet EHPAD de la recommandation sur les déficiences sensorielles), la HAS écrit : « Le système vestibulaire est sujet au vieillissement et peut être altéré par la prise de médicaments ototoxiques. Cette déficience entraîne un risque accru de chute. » Vestibulaire est le terme technique qu’emploie la HAS ; ototoxiques se dit de médicaments toxiques pour l’oreille.
L’Assurance Maladie précise de son côté que « Des médicaments (certains antibiotiques par exemple) sont toxiques pour l’oreille et le nerf auditif. » Cette indication n’est pas, là encore, propre à la personne âgée.
Dans le même document de la HAS, parmi les facteurs de risque de déficience vestibulaire, figurent « certaines maladies de l’oreille interne, vertige de position (VPPB), risque cardiovasculaire, HTA, diabète ». VPPB signifie vertiges positionnels paroxystiques bénins ; HTA, hypertension artérielle.
Pour les chutes de la personne âgée, le travail de la HAS de 2020 sur le pied de la personne âgée cite parmi les facteurs de risque « une polymédication incluant des médicaments hypotenseurs (plus de quatre médicaments différents/j), ou la prise de psychotropes ». L’ordonnance de votre parent se discute avec son médecin ; nos articles sur la polymédication de la personne âgée et le rôle de l’aidant et sur le réflexe iatrogénique détaillent le rôle de l’entourage et les outils de réévaluation des traitements.
Dans son document sur le maintien des capacités motrices des personnes âgées, la HAS écrit, à propos de la pratique d’une activité physique, que « Les risques de déshydratation, d’hypotension orthostatique ou d’hypoglycémie liés à certains médicaments doivent être connus et prévenus. » Hypotension orthostatique est un terme médical dont vous pouvez demander la définition au médecin de votre parent. Sur la déshydratation, voir notre article consacré à ses signes qui doivent alerter.
Pour approfondir les chutes elles-mêmes, consultez notre guide complet de prévention des chutes en EHPAD et notre article pour distinguer les chutes avec ou sans blessure.
Ce que fait chacun : vous, le médecin, l’ORL, l’équipe de l’EHPAD
Les sources n’attribuent pas toutes les tâches à tous les acteurs. Voici ce qu’elles disent des professionnels, complété par nos conseils pour vous, signalés comme tels.
Vous, le proche
Notre conseil : tenez la place de l’observateur et de l’accompagnant — vous décrivez ce que vous voyez, vous rapportez ce que votre parent ressent, et vous l’aidez à préparer la consultation, comme expliqué plus bas.
Le médecin traitant, l’ORL et le neurologue
Selon la fiche de l’Assurance Maladie sur la consultation médicale, « Le médecin traitant ou le médecin spécialiste (médecin ORL, neurologue) interroge d’abord son patient sur les caractéristiques de ses vertiges, puis il l’examine. »
Un point mérite d’être clair pour l’entourage : « Des manœuvres thérapeutiques (manœuvre de repositionnement des otolithes ou manœuvre libératrice) sont effectuées par un professionnel de santé formé (médecin ou masseur kinésithérapeute) en cas de vertiges positionnels paroxystiques bénins (VPPB). »
L’équipe de l’EHPAD, si votre parent y vit
Dans le volet EHPAD de sa recommandation sur les déficiences sensorielles, destiné aux professionnels des établissements, un des signes d’alerte est une personne qui « se plaint d’avoir la tête qui tourne (ébrieuse) ». Il s’agit d’un repère professionnel, non d’un critère de diagnostic. Si votre parent vit en EHPAD et vous dit que la tête lui tourne, vous pouvez en parler à l’équipe : c’est un conseil de bon sens, pas une consigne de la HAS.
Pour les résidents d’EHPAD, la HAS range aussi dans les actions de prévention des chutes, en 2015, l’action suivante : « Dépister et traiter une hypotension orthostatique. » Ce document vise les résidents d’EHPAD, et seulement eux ; vous pouvez en reparler avec l’équipe de l’établissement.
De la crise à la consultation : les étapes concrètes
Pendant la crise
L’Assurance Maladie donne ce conseil au patient : « Lorsqu’un vertige apparaît, allongez-vous dans une pièce calme et sombre pour réduire la sensation de mouvement rotatoire. » Auprès d’un parent âgé, cela revient à l’aider à s’installer sans précipitation et à rester près de lui.
Avant la consultation
Préparer le rendez-vous évite d’oublier l’essentiel. L’Assurance Maladie conseille : « Listez l’ensemble des traitements que vous prenez (prescrits ou non) pour en faire part à votre médecin. » Pour un parent, vous pouvez dresser cette liste avec lui, ordonnances et produits pris sans ordonnance compris.
Ajoutez-y vos propres observations : le moment de la journée où le malaise survient, ce que votre parent faisait à cet instant, la durée de l’épisode, ce qu’il a ressenti. Ces observations peuvent compléter ce que votre parent dira au médecin.
Les examens que le médecin peut demander
Parmi les examens que mentionne la même fiche sur la consultation médicale, deux reviennent ici. Le premier : « La mesure de l’audition (audiométrie) est en général demandée. » Si votre parent a du mal à entendre, vous trouverez des repères dans notre article sur la baisse d’audition d’un proche âgé.
Le second dépend de la suspicion du médecin : « Si une anomalie vasculaire est suspectée (par exemple un accident vasculaire ischémique), un bilan cardiovasculaire est demandé ». Le médecin décide des examens qui conviennent à votre parent ; la fiche ne les décrit pas spécifiquement pour la personne âgée. Pour les questions de vue de votre proche, voir notre article sur la baisse de la vision chez un proche âgé.
Au quotidien, à la maison
Pour prévenir les chutes en cas de vertiges, l’Assurance Maladie donne ces conseils : « sortez du lit lentement et asseyez-vous sur le bord du lit pendant un moment avant de se lever » et « allumez la lumière si vous vous levez la nuit ».
Ces conseils s’adressent au patient lui-même ; auprès d’un parent âgé, c’est à vous de veiller à ce que la lumière soit à portée de main et que le lever soit tranquille. Pour le reste du logement, notre article sur la sécurisation du domicile d’un senior propose une démarche d’ensemble.
Ce qu’il faut retenir et ce qu’il reste à demander au médecin
Les sources réunies ici permettent de poser des repères, pas de poser un diagnostic. L’Assurance Maladie décrit la conduite à tenir sans viser spécifiquement la personne âgée ; la HAS relie, dans des documents ciblés, l’âge, les chutes et les médicaments. Entre les deux, c’est le médecin de votre parent qui fait le lien avec sa situation.
Avant de quitter le cabinet, vous pouvez préparer quelques questions :
- Que décrit exactement mon parent : un vertige, une instabilité, un malaise ?
- Quels examens sont envisagés, et pourquoi ceux-là ?
- L’ordonnance de mon parent doit-elle être revue à la lumière de ces symptômes ?
- Quels signes doivent me faire revenir ou consulter sans attendre ?
- Quels aménagements du quotidien me conseillez-vous ?
Un épisode qui s’est calmé mérite tout de même d’en parler au médecin. Les cas de consultation immédiate cités plus haut, comme les autres que liste la fiche de l’Assurance Maladie, n’attendent pas.
Mini-FAQ : vertiges chez un parent âgé
Vertige ou malaise : comment les distinguer ?
Mon parent a des vertiges : faut-il consulter en urgence ?
Qui consulter et quel examen peut être demandé ?
Sources officielles
- Assurance Maladie — définition, mécanisme et causes des vertiges
- Assurance Maladie — vertiges, consultation médicale et traitement
- Assurance Maladie — que faire en cas de vertiges
- HAS — repérage des déficiences sensorielles, volet EHPAD
- HAS — réduire les hospitalisations non programmées des résidents d’EHPAD
- HAS — maintien des capacités motrices des personnes âgées
- HAS — le pied de la personne âgée, approche médicale et pédicurie-podologie


