Mis à jour le 22/08/2026 — Les soins de stomie en EHPAD exigent une routine rigoureuse, un partage clair des rôles entre infirmière et aide-soignante, et une surveillance attentive de la peau péristomiale. Ce guide fait le point sur le cadre professionnel en vigueur, le matériel remboursé et les complications à repérer.
Vivre avec une stomie en EHPAD : ce que cela change au quotidien
Une stomie digestive ou urinaire bouleverse le quotidien d’un résident et mobilise toute l’équipe soignante. Les poches de recueil sont indiquées pour le recueil des substances éliminées par une stomie (colostomie, iléostomie, urostomie) ou par une ouverture cutanée (plaie, fistule). Trois grands types de stomie coexistent donc en EHPAD, chacun avec ses particularités de surveillance et d’appareillage.
En pratique, la prise en charge d’un résident stomisé s’inscrit dans une démarche globale de soins cutanés, très proche de celle détaillée dans notre guide complet sur les escarres en EHPAD, pilier de référence pour la prévention des lésions cutanées en établissement. Une stomie mal appareillée expose en effet la peau péristomiale à l’humidité, à la macération et à l’irritation, comme une plaie mal protégée — voir notre guide pratique des soins de plaies en EHPAD.
Qui fait quoi : le partage des rôles depuis la réforme 2026
Le cadre réglementaire a changé, à clarifier en équipe : l’article 1 de l’arrêté du 26 juin 2026 définit la liste des interventions et soins que l’infirmier met en œuvre dans le cadre de son rôle propre non délégable. Concrètement, la pose et le changement de support et de poche de colostomie relèvent de ce rôle propre de l’infirmier : c’est l’IDE ou l’IDEC qui réalise ce geste.
Ce cadre s’inscrit dans un principe plus large de délégation encadrée. L’infirmier peut, dans le cadre de son rôle propre, confier sous sa responsabilité certains actes et soins pour des prises en charge dispensées dans un établissement ou un service à domicile à caractère sanitaire, social ou médico-social. Les actes ainsi délégués sont ceux qu’il détermine en fonction de l’évaluation de la situation clinique de la personne, et qui figurent sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de la santé. En pratique, ces actes délégués peuvent être confiés aux aides-soignants, auxiliaires de puériculture ou accompagnants éducatifs et sociaux, en fonction des formations et qualifications de chacun.
Un deuxième texte complète ce dispositif : l’article 2 de l’arrêté du 26 juin 2026 fixe les soins que l’infirmier met en œuvre dans le cadre de son rôle propre, ou dont il confie la réalisation sous sa responsabilité, dans les conditions prévues par l’article R. 4311-5, à l’aide-soignant qu’il encadre. Nous vous conseillons de faire figurer les deux listes dans le protocole interne, pour que chaque professionnel sache ce qu’il peut réaliser seul.
Un troisième niveau existe : le rôle sur prescription. L’article 4 de l’arrêté du 26 juin 2026 définit les interventions relevant du rôle infirmier sur prescription médicale. Il couvre notamment l’appareillage et l’irrigation d’une plaie, d’une fistule ou d’une stomie, ainsi que la participation aux techniques de dilatation de cicatrices ou de stomies. Pour l’IDEC, notre guide IDEC de prévention et de gestion des escarres en EHPAD propose une méthodologie de coordination transposable aux soins de stomie.
La routine de soins de stomie, étape par étape
Sur le terrain, la routine de soins de stomie suit une logique constante, même si le rythme précis doit être adapté à chaque résident et à l’état de sa peau : observation de la stomie et de la peau péristomiale, retrait délicat du support usagé, nettoyage à l’eau tiède, séchage soigneux par tamponnement, puis pose d’un nouveau support ou d’une nouvelle poche. Le matériel recueille les substances éliminées par la stomie, qu’il s’agisse d’une colostomie, d’une iléostomie, d’une urostomie, ou d’une plaie ou fistule associée.
Concrètement, l’équipe dispose de plusieurs catégories de matériel prescriptibles par l’infirmier : poches, raccord, filtre, tampon, supports avec ou sans anneau de gomme, ceinture, clamp, pâte pour protection péristomiale, ainsi que des dispositifs pour colostomisés pratiquant l’irrigation et le nécessaire pour irrigation colique. Nous vous recommandons d’associer à ce protocole une fiche de traçabilité de l’état cutané, comme pour un pansement — voir nos pansements hydrocellulaires et les avis HAS 2026.
Surveiller la peau péristomiale
La peau autour de la stomie reste la zone la plus exposée aux complications. Dans son évaluation des dispositifs d’appareillage, la Haute Autorité de Santé a recensé la fréquence des principales complications cutanées péristomiales :
| Complication cutanée péristomiale | Effectif | Part |
|---|---|---|
| Dermatite irritante aiguë | 188 patients | 41 % |
| Macération | 77 patients | 17 % |
| Dermatite irritante chronique | 72 patients | 16 % |
| Sensibilité au produit | 55 patients | 12 % |
Sur le plan de la matériovigilance, 26 événements indésirables ont été rapportés dans le monde, principalement une irritation de la peau sous la barrière protectrice nécessitant des médicaments sur ordonnance — un signal qui plaide pour une observation cutanée systématique à chaque changement de poche.
La littérature scientifique internationale confirme l’ampleur du phénomène. Selon une étude parue dans Cureus, peristomal skin conditions are reported in 18%-55% of patients with stomas (soit : des troubles cutanés péristomiaux sont rapportés dans cette fourchette de patients porteurs de stomie, selon les séries). La même étude rappelle que long-term complication rates of 58% in colostomies and up to 76% in ileostomies have been reported (soit : des taux de complications à long terme ont été rapportés, sensiblement plus élevés pour les iléostomies que pour les colostomies). Ces complications ne se limitent pas à la peau : stomal complications include parastomal hernia, dehydration and electrolyte imbalance, stomal prolapse or retraction, necrosis, and peristomal skin complications (hernie parastomale, déshydratation et désordres électrolytiques, prolapsus ou rétraction de la stomie, nécrose, et complications cutanées péristomiales figurent parmi les complications décrites).
Cette vigilance rejoint la logique de nos grilles de l’échelle de Braden en EHPAD, transposable à la cotation du risque péristomial, et notre dossier sur le vieillissement cutané de la personne âgée, qui explique pourquoi cette peau tolère moins bien la macération.
Appareillage et matériel : systèmes de poche et prise en charge
Le choix du matériel n’est pas anodin : selon les caractéristiques cutanées et morphologiques du résident, on distingue un support standard d’un support convexe (non standard), tous deux inscrits à la liste des produits et prestations remboursables (LPPR). Le support standard de poche de stomie, en système 2 pièces, est inscrit à la LPPR sous le code 1177060, libellé « Collecteur, support poche d’urostomie ou recueil matières fécales standard », tandis que le support non standard, convexe, est inscrit sous le code 1120396, libellé « Collecteur, support poche d’urostomie ou recueil matières fécales non standard ». La prise en charge de la poche de recueil avec un support standard est assurée en cas de recueil des matières fécales chez les patients ayant une stomie.
Qui prescrit ce matériel au quotidien ? L’infirmier peut prescrire à son patient les dispositifs médicaux inscrits sur la liste des produits et prestations remboursables (LPPR), mais sous réserve de trois conditions cumulatives : agir pendant la durée d’une prescription médicale d’une série d’actes infirmiers, agir dans le cadre de sa compétence, et en l’absence d’indication contraire du médecin. En pratique, l’IDE ou l’IDEC peut ainsi ajuster le renouvellement des poches et supports sans repasser systématiquement par le médecin coordonnateur.
Éducation du résident et retentissement sur la qualité de vie
L’accompagnement d’un résident stomisé ne s’arrête pas au geste technique : il passe par une véritable éducation, quand ses capacités cognitives le permettent. Le Collège Infirmier Français a saisi la Haute Autorité de Santé pour évaluer l’efficacité du repérage préopératoire du site de la stomie chez les patients pour lesquels une intervention chirurgicale nécessitant la confection d’une stomie est envisagée. Les conclusions intéressent directement les équipes d’EHPAD qui accompagnent des résidents nouvellement stomisés à leur sortie d’hospitalisation : la réalisation de ce repérage par des infirmiers stomathérapeutes ou formés à la stomie permettrait de réduire l’incidence des complications dermatologiques, dermatite péristomiale ou irritation cutanée, et de réduire le taux de fuite de stomies tout en permettant au patient d’acquérir les compétences de gestion de sa stomie. Plus largement, la démarche éducative associée permet également au patient d’acquérir les compétences d’auto-soins et de réduire en conséquence les complications dermatologiques telles que les irritations cutanées et les fuites.
Nous vous recommandons de croiser cette dimension éducative avec le suivi nutritionnel du résident : une stomie digestive mal tolérée retentit vite sur les apports et l’hydratation, comme nous le montrons dans notre guide nutrition et cicatrisation en EHPAD et notre guide complet de la dénutrition en EHPAD. L’organisation des soins autour d’un résident stomisé grabataire ou à mobilité réduite gagne aussi à s’appuyer sur un planning de repositionnement structuré, sur le modèle que nous détaillons dans notre guide du repositionnement en EHPAD.
📚 Pour approfondir — SOS EHPAD propose un Pack INTÉGRAL Guides SOINS — 8 références cliniques EHPAD incluant protocoles, fiches techniques et supports de formation pour les équipes soignantes.
Questions fréquentes sur les soins de stomie en EHPAD
En quoi consiste, en résumé, une routine de soins de stomie ?
L’infirmière peut-elle déléguer le pansement de stomie à une aide-soignante ?
Colostomie, iléostomie, urostomie : quel point commun pour les résidents stomisés ?
Quelle est la fréquence des complications cutanées péristomiales ?
Le matériel des résidents stomisés est-il remboursé ?
Existe-t-il une alimentation type pour une stomie digestive ?
Repérer le site de la stomie avant l’opération change-t-il la suite pour le résident ?
Sources officielles
- Article R4311-5 — Code de la santé publique (Légifrance)
- Article 1 — Arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des actes et soins infirmiers (JORF)
- Article 2 — Arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des actes et soins infirmiers (JORF)
- Les règles de prescription des dispositifs médicaux (ameli.fr)
- Avis CNEDiMTS — Support de poche de stomie 2 pièces (HAS)
- Évaluation du repérage préopératoire du site de la stomie — note de cadrage (HAS)

