La Semaine Bleue, coordonnée par l’Uniopss, lance sa campagne estivale 2026 : « À côté de chez vous… ». À travers une série de podcasts, l’initiative met en avant l’engagement de retraités bénévoles dans leurs territoires, en écho au thème retenu cette année : « Relions tous les âges dans des territoires engagés ! ». Du 4 août au 10 septembre, ces podcasts sont diffusés sur les réseaux sociaux, ouvrant un compte à rebours de six semaines avant la Semaine Bleue (du 5 au 11 octobre 2026) — le temps, pour les équipes d’animation, de bâtir un programme fidèle à ce thème.
Les faits
une campagne pour découvrir l’engagement local des aînés — c’est ainsi que l’Uniopss présente cette initiative estivale. « À côté de chez vous… » donne la parole à des bénévoles dont les témoignages illustrent l’impact local et les ponts intergénérationnels créés par leur engagement. Après une édition précédente centrée sur changer le regard porté sur le grand âge, la campagne de cette année déplace le projecteur vers l’ancrage territorial : des bénévoles enregistrés près de chez eux, dont les récits peuvent nourrir directement les temps d’animation d’octobre.
Un thème à décliner localement
Le thème retenu cette année invite chaque établissement à identifier les liens qui existent déjà entre le grand âge et son territoire — associations locales, écoles, clubs de retraités, structures culturelles. C’est un fil conducteur exploitable dès la rentrée pour construire un fil rouge d’animation, plutôt qu’un empilement d’activités isolées les unes des autres.
Mise en perspective
Ce thème ne sort pas de nulle part. Plusieurs travaux officiels, menés à des dates différentes, documentent depuis longtemps combien la vie relationnelle des résidents dépend de ce tissu extérieur — familles, bénévoles, voisinage.
Une réalité contrastée d’un établissement à l’autre
une enquête nationale déjà ancienne de la Haute Autorité de santé sur le déploiement des pratiques de bientraitance en Ehpad le montrait : la situation variait fortement d’un établissement à l’autre, puisque 1 Ehpad sur 2 compte moins de 5 % de personnes isolées. Mais la moyenne masque des situations individuelles préoccupantes : 10 % des résidents n’ont reçu aucune visite, ou n’en ont effectué aucune au domicile de l’entourage depuis 6 mois. La majorité de ces résidents (64 %) n’a par ailleurs eu aucun contact à distance avec son entourage (c’est-à-dire téléphonique, par courrier postal ou électronique, etc.). Ces personnes particulièrement isolées socialement représentent 6 % de l’ensemble des résidents accompagnés par les Ehpad — une minorité, mais une minorité que le thème « territoires engagés » désigne directement.
Le rôle documenté des bénévoles
Pour l’ensemble des résidents, mais plus particulièrement pour ceux-là, la présence de bénévoles au sein de l’établissement peut représenter une opportunité de rompre l’isolement relationnel et d’offrir des activités ou modalités de soutien individuel différentes de celles proposées par les professionnels, notait déjà la même enquête. C’est très exactement le terrain que la campagne de l’Uniopss vient labourer avant la Semaine Bleue.
Les visites, un droit fragilisé depuis la crise sanitaire
le rapport du Défenseur des droits consacré aux droits fondamentaux des personnes âgées en Ehpad a documenté les séquelles durables de la crise sanitaire sur le lien social des résidents. Acceptées pendant la première période de confinement strict, les limitations de visites ont par la suite été parfois vécues comme injustes par certaines familles. Dans de nombreux établissements, les visites n’ont été possibles qu’à une faible fréquence : visites hebdomadaires, parfois moins, voire bimensuelles ; limitées à 30 ou 45 minutes ; sur des plages horaires pouvant être imposées ; et, en tout état de cause, systématiquement limitées à un ou deux visiteurs. Le rapport chiffre l’effet cumulé : à raison d’une moyenne d’une visite de trente à quarante-cinq minutes par semaine, les résidents ne bénéficient de contact avec un proche qu’à raison de trois heures par mois environ. Le Défenseur des droits recommande : D’inscrire dans une disposition du CASF le droit de visite quotidien du résident par ses proches s’il le souhaite.
Impact concret par profil métier
Ce que documentent ces travaux se traduit différemment selon les métiers qui construisent, au quotidien, la vie sociale de l’établissement.
Pour les animateurs et responsables de la vie sociale
Ce thème est une occasion concrète de construire un programme d’animation qui documente et valorise les liens extérieurs de l’établissement, plutôt que de multiplier les activités internes. La marge existe déjà largement : 96 % des Ehpad ont mis en place des formes de participation alternatives au CVS, autant de canaux à mobiliser pour associer les résidents à la préparation d’octobre. Ces dispositifs comptent d’autant plus que plus l’entourage participe à des activités collectives organisées par l’établissement ou sort régulièrement avec le résident, plus forte est la proportion de résidents qui participent à des activités individuelles ou collectives hebdomadaires — un argument de poids pour associer familles et bénévoles dès la conception du programme, via les animations intergénérationnelles ou les projets menés avec les écoles. Dans un argumentaire consacré aux résidences autonomie, dont les définitions se transposent à l’Ehpad, la Haute Autorité de santé distingue plusieurs formes de participation sociale mobilisables. Associativité structurée : participer socialement signifie prendre part à une activité à caractère social réalisée dans une organisation dont le nom et les objectifs sont explicites, comme faire du bénévolat dans un organisme communautaire, participer aux activités d’un centre de jour ou s’impliquer dans un groupe de défense des droits des aînés. Interactions sociales : participer socialement se réalise dans des situations d’interactions sociales, qui peuvent prendre la forme de visites à des amis ou d’activités hors du domicile. Ces deux registres se recoupent avec les animations intergénérationnelles et les projets menés avec les écoles, deux leviers que la campagne « territoires engagés » remet en avant.
Pour les psychologues
Le bénévolat organisé est l’une des formes de participation sociale les plus populaires auprès des aînés. Il s’agit aussi de la plus étudiée et de la plus reconnue socialement, rappelle ce même argumentaire de la Haute Autorité de santé consacré à la qualité de vie en résidences autonomie — un point d’appui pour les psychologues qui accompagnent des résidents en perte de repères sociaux. Les mêmes travaux associent cet engagement à des effets mesurables : Le bénévolat contribue au ralentissement du déclin cognitif. Il constitue un très bon moyen de prévention contre la perte d’autonomie. Il peut être considéré comme un moyen à part entière de prévention de l’autonomie au même titre que l’activité physique. Un argument que les psychologues peuvent mobiliser pour intégrer la campagne « territoires engagés » au projet de vie personnalisé de résidents volontaires.
Pour les directeurs et IDEC
Sur le plan de la gouvernance, la campagne est une occasion de structurer l’accueil des bénévoles plutôt que de le laisser reposer sur des initiatives ponctuelles. Le recours au bénévolat reste inégal selon le statut de l’établissement : 97 % des Ehpad publics hospitaliers ont eu recours à des bénévoles en 2014 contre 84 % des Ehpad privés lucratifs. Or l’instance qui porte la parole des résidents et de leurs familles reste peu mobilisée sur ce terrain, alors que le potentiel existe : Les 2/3 des présidents de CVS considèrent que leur Ehpad favorise toujours le maintien des liens sociaux pour les personnes les plus isolées. Le Conseil de la vie sociale peut ainsi devenir un relais naturel de la préparation d’octobre. Au cours des 2 dernières années, les CVS ont formalisé en moyenne 15,4 demandes qui ont obtenu 14 réponses — un canal de dialogue déjà actif, à mobiliser sur le thème des territoires engagés.
Perspectives
D’ici la Semaine Bleue, les six semaines qui viennent sont l’occasion de transformer une campagne de communication en programme concret. Recenser les bénévoles déjà présents, contacter les écoles et associations du quartier, associer le CVS à la construction du calendrier : autant d’étapes qui redonnent du sens à la vie sociale de l’établissement sans attendre le mois d’octobre pour s’y mettre.
Pour les établissements qui n’ont pas encore de référent identifié sur ces sujets, la campagne peut aussi être l’occasion de valoriser le métier d’animateur en établissement auprès des équipes et des familles, en documentant très concrètement — podcasts à l’appui — ce que « relier les âges dans un territoire engagé » veut dire au quotidien.
Questions fréquentes
Quand se tient la Semaine Bleue cette année ?
Qu’est-ce que la campagne « À côté de chez vous… » ?
Pourquoi le bénévolat compte-t-il pour les résidents les plus isolés ?
Sources officielles
- Uniopss — présentation de la campagne « À côté de chez vous… »
- HAS — enquête sur le déploiement des pratiques de bientraitance en Ehpad
- Défenseur des droits — rapport sur les droits fondamentaux des personnes âgées en Ehpad
- HAS — argumentaire sur la qualité de vie et la participation sociale en résidences autonomie


