Leasing social pour les soignants : le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé vendredi 10 avril 2026, depuis Matignon, le financement de 50 000 véhicules électriques supplémentaires à loyer modéré, dès juin. Les aides à domicile, aides-soignantes et infirmières figurent en tête des bénéficiaires prioritaires de ce dispositif relancé en pleine crise énergétique. Pour les équipes d’EHPAD — et surtout pour les soignants des zones rurales et les libéraux qui interviennent en établissement — c’est un levier concret de pouvoir d’achat et de mobilité qu’il faut comprendre et anticiper dès maintenant.
Ce qu’a annoncé le Premier ministre le 10 avril 2026
Face à la flambée des prix des carburants déclenchée par le blocage du détroit d’Ormuz fin février, Sébastien Lecornu a présenté vendredi soir une série de mesures pour « accélérer l’électrification » de la France. L’objectif affiché par le gouvernement : passer, d’ici 2030, d’un mix énergétique composé à 60 % de pétrole et de gaz à 60 % d’énergie décarbonée. Trois leviers ont été détaillés : l’arrêt des chaudières au gaz dans les logements neufs dès la fin de l’année 2026, un soutien renforcé aux pompes à chaleur et aux véhicules utilitaires électriques, et surtout le retour du leasing social.
Sur ce dernier volet, l’annonce est claire : à partir de juin 2026, l’État financera 50 000 véhicules électriques supplémentaires à loyer modéré, en priorité pour les « gros rouleurs » frappés par l’envolée du prix du gazole. Le Premier ministre a explicitement cité les aides à domicile, les aides-soignantes, les infirmières et les artisans, avant d’élargir le périmètre à « tous les salariés ou agents publics du pays ». Le dispositif serait financé par les « surplus » de fiscalité prélevés sur les carburants depuis la reprise du conflit au Moyen-Orient.
Pourquoi le gouvernement cible spécifiquement les soignants
Le choix de nommer les métiers du soin n’est pas anecdotique. Depuis le début mars 2026, un plein de 40 litres de gazole coûte en moyenne 20 euros de plus qu’avant la reprise du conflit, dans près de 70 % des stations-service françaises. Pour les professions contraintes d’utiliser leur véhicule personnel chaque jour, la facture mensuelle a bondi de 150 à 300 euros selon les cas. Les infirmières libérales et les aides à domicile, qui parcourent fréquemment 200 à 300 kilomètres par jour entre leurs patients, sont en première ligne.
Le secteur de la gériatrie est particulièrement exposé. En EHPAD, beaucoup de soignants salariés habitent loin de leur établissement, faute de logement abordable dans les bassins d’emploi tendus. Les zones rurales — où l’offre de transport en commun est quasi inexistante — concentrent une grande partie des recrutements difficiles. Selon le baromètre Axess 2025, 14 % des postes du grand âge sont actuellement vacants, soit près de 28 000 postes non pourvus. Chaque euro dépensé en carburant pour se rendre au travail pèse mécaniquement sur la capacité du secteur à retenir ses équipes.
Les conditions d’éligibilité à connaître avant juin
Les modalités précises du « leasing social 2026 » devraient être publiées dans les prochaines semaines par décret. En attendant, le dispositif s’appuiera selon toute vraisemblance sur les règles en vigueur depuis son lancement initial par le ministère de l’Économie, que l’on peut déjà rappeler : le leasing social s’adresse aux ménages modestes sous plafond de ressources et implique un contrat de location longue durée (LLD) de trois ans, avec une option d’achat.
| Critère | Condition |
|---|---|
| Revenu fiscal de référence | 16 300 € maximum par part (avis d’imposition le plus récent) |
| Usage professionnel du véhicule | Domicile à plus de 15 km du lieu de travail ou plus de 8 000 km parcourus par an dans le cadre de l’activité |
| Durée du contrat | Location longue durée de 36 mois minimum, avec option d’achat |
| Kilométrage inclus | 12 000 km/an minimum |
| Loyer mensuel | À partir de 82 €/mois pour les citadines, jusqu’à 180 €/mois pour les SUV compacts |
| Date d’ouverture prévue | Juin 2026 (date précise à confirmer par décret) |
Point d’attention : la condition du kilométrage professionnel (plus de 8 000 km par an) vise directement les soignants libéraux et les aides à domicile en tournée, mais elle peut s’avérer restrictive pour un(e) aide-soignant(e) salariée qui effectue uniquement des trajets domicile-travail. Dans ce cas, c’est le critère de distance — plus de 15 kilomètres entre le domicile et l’EHPAD employeur — qui ouvrira l’éligibilité. Un nombre important de soignants ruraux remplit cette condition sans le savoir.
Ce que cela change concrètement pour les équipes d’EHPAD
Pour les directrices et directeurs
La mesure est à intégrer dans la politique d’attractivité de l’établissement. Au-delà de la simple information aux équipes, plusieurs leviers méritent d’être activés : vérifier quelles salariées remplissent les critères, insérer l’information dans les livrets d’accueil et les entretiens annuels, et — dans certains groupes — envisager d’accompagner la démarche via le comité social et économique. C’est un argument supplémentaire à verser dans la balance du recrutement et de la fidélisation, à l’heure où le secteur peine à attirer. Les directions peuvent aussi se rapprocher de l’OPCO Santé ou de leur fédération pour relayer l’information dès que le décret d’application sera publié.
Pour les IDEC et cadres de santé
Les infirmiers coordinateurs sont souvent les premiers interlocuteurs des équipes sur les sujets du quotidien. Recenser dès à présent les soignantes susceptibles d’être éligibles permet d’anticiper l’ouverture des candidatures en juin et d’éviter l’effet « premier arrivé, premier servi » qui avait saturé le dispositif lors de ses éditions précédentes. Le leasing social est aussi un argument à intégrer dans les entretiens de recrutement, notamment pour les postes de nuit et les remplacements d’été dans les établissements isolés.
Pour les infirmières et aides-soignantes
Vérifier dès maintenant son dernier avis d’imposition est la première étape. Le revenu fiscal de référence pris en compte sera celui de l’année 2025 (avis reçu à l’été 2026 pour les déclarations de printemps). Dans la pratique, une aide-soignante en EHPAD rémunérée autour du SMIC, ou une infirmière à temps partiel, passe sous le plafond de 16 300 € par part. Second réflexe : mesurer la distance réelle entre son domicile et son EHPAD employeur sur un itinéraire du quotidien. Au-delà de 15 km, la condition est remplie même sans justificatif de kilométrage professionnel. Les aides-soignantes d’EHPAD et les IDE salariées peuvent s’y préparer sans attendre.
Pour les infirmières libérales intervenant en EHPAD
Les IDEL qui assurent des gardes de nuit, des remplacements ou des interventions en EHPAD sans médecin coordonnateur à temps plein sont, sur le papier, les premières concernées : tournées longues, kilométrage élevé, dépendance totale au véhicule personnel. La condition des 8 000 km annuels est franchie sans difficulté dans la grande majorité des cabinets. Reste toutefois le plafond de revenus, qui peut être plus contraignant pour les professions libérales déclarant en BNC. Les fédérations syndicales ont déjà fait savoir qu’elles réclamaient un aménagement des critères pour que le dispositif ne reste pas hors de portée des soignants en activité libérale.
Modèles et loyers : ce que l’on sait aujourd’hui
Le gouvernement a maintenu l’esprit des éditions précédentes : la prime va à une sélection de véhicules électriques produits en France ou en Europe, afin de soutenir les constructeurs du continent. Les premiers modèles éligibles annoncés pour 2026 s’étalent de la citadine à prix cassé au SUV compact :
- Citroën ë-C3 : à partir de 82 €/mois
- Fiat Grande Panda : à partir de 95 €/mois
- Hyundai Inster : à partir de 99 €/mois
- Citroën ë-C3 Aircross : à partir de 106 €/mois
- Renault 5 E-Tech Five : à partir de 120 €/mois
- Fiat 500e : à partir de 129 €/mois
- Peugeot e-208 : à partir de 135 €/mois
- Renault 5 E-Tech Evolution : à partir de 139 €/mois
Ces loyers comprennent l’assurance ni la recharge, qui restent à la charge du locataire. Sur l’ensemble d’un contrat de trois ans, le coût total pour une aide-soignante qui roule 15 000 km par an peut rester inférieur de 3 000 à 5 000 € à celui d’un véhicule thermique équivalent financé en LOA classique. Le calcul devient particulièrement favorable avec la flambée actuelle du gazole.
Les autres mesures annoncées qui concernent le médico-social
L’annonce du leasing social s’inscrit dans un plan plus large dont deux autres volets peuvent intéresser directement les EHPAD et les résidences seniors. D’abord, l’interdiction des chaudières au gaz dans les logements neufs, effective à partir de fin 2026, va mécaniquement accélérer le basculement des programmes immobiliers neufs — et donc, à terme, la construction des futures résidences — vers les pompes à chaleur. Les directions qui pilotent un projet d’extension ou de reconstruction doivent d’ores et déjà intégrer ce paramètre à leurs études de faisabilité énergétique.
Ensuite, le gouvernement a évoqué une aide pouvant aller jusqu’à 100 000 € par véhicule pour l’achat de véhicules utilitaires et de poids lourds électriques par les entreprises. Les EHPAD disposant d’une flotte de minibus pour les sorties et les transferts de résidents, ou les groupes exploitant une logistique mutualisée (blanchisserie, restauration), pourraient être concernés si les modalités d’éligibilité sont étendues au secteur médico-social. Un plan d’investissement pluriannuel actualisé sera probablement nécessaire pour capter ces aides.
Calendrier et points de vigilance
Plusieurs zones d’ombre subsistent à ce stade. Le décret d’application n’a pas encore été publié au Journal officiel, et l’enveloppe budgétaire précise n’a pas été chiffrée devant le Parlement. Lors des éditions précédentes, l’objectif initial de 20 000 véhicules avait été atteint en quelques semaines, puis dépassé pour atteindre 50 000 dossiers validés. Tout laisse penser que l’ouverture de juin connaîtra le même engouement. Les candidats éligibles ont donc intérêt à rassembler leurs pièces justificatives (avis d’imposition, justificatif de domicile, attestation employeur, relevé de kilométrage) sans attendre.
Deuxième point : la question de la recharge. Le leasing social n’inclut pas l’installation d’une borne à domicile, et de nombreux soignants logés en immeuble collectif ou en milieu rural devront composer avec un réseau encore inégal. Les directions d’EHPAD ont ici un rôle à jouer : ouvrir, lorsque c’est possible, les bornes de recharge du parking aux salariés pendant leurs plages de présence peut transformer la mesure en levier concret d’attractivité. Plusieurs groupes privés ont déjà communiqué en ce sens.
Troisième point enfin : l’effet ciseau fiscal. Le financement du dispositif par les « surplus » de TICPE prélevés sur les carburants n’est pas une ressource pérenne. Si le conflit au Moyen-Orient se dénoue rapidement et que les prix du pétrole refluent — comme l’a laissé entrevoir l’annonce du cessez-le-feu du 8 avril — la base de financement pourrait se tarir. Les soignants qui hésitent à engager un contrat de 36 mois devront évaluer précisément leur capacité à assumer le loyer même en cas de baisse ultérieure du gazole.


