La loi n° 2025-581 du 27 juin 2025, dite loi relative à la profession d’infirmier, marque un tournant pour le secteur médico-social : elle reconnaît pour la première fois dans le Code de l’action sociale et des familles (CASF) le statut d’infirmier coordinateur (IDEC) et élargit les capacités de prescription des infirmiers en pratique avancée (IPA). En parallèle, une campagne de financement ARS est ouverte en Île-de-France jusqu’au 12 mai 2026 pour soutenir le déploiement des IPA dans les EHPAD. Un texte ambitieux — mais une réalité de terrain encore en construction, avec seulement 3 973 IPA diplômés en France en janvier 2026 pour des besoins estimés à 10 000-15 000 d’ici 2030. Pour mieux comprendre le cadre réglementaire complet du rôle infirmier en EHPAD, consulter notre guide sur les missions et compétences IDE en EHPAD [2026].
Ce que la loi du 27 juin 2025 change en EHPAD
Publiée au Journal officiel du 28 juin 2025, la loi n° 2025-581 comporte plusieurs avancées structurantes.
Son article 2 introduit dans le CASF la première reconnaissance légale de l’infirmier coordinateur en EHPAD : « Le personnel des établissements peut comprendre un infirmier coordonnateur exerçant en collaboration avec le médecin coordonnateur et en lien avec l’encadrement administratif et soignant de l’établissement. » Cette inscription change le cadre juridique pour tous les IDEC en exercice. Un décret fixant les conditions précises d’exercice était attendu avant le 1er avril 2026.
L’article 1er exclut la consultation infirmière du champ de l’exercice illégal de la médecine — une clarification attendue de longue date. L’article 7 élargit les possibilités d’exercice des IPA aux structures médico-sociales, dont les EHPAD. En complément, le décret du 20 janvier 2025 avait déjà ouvert l’accès direct aux IPA depuis le 22 janvier 2025, sans prescription médicale préalable, dans les établissements de santé et les EHPAD — permettant un suivi en primo-intention des pathologies chroniques stabilisées.
Les cinq missions concrètes d’un IPA en EHPAD
- Suivi des pathologies chroniques stabilisées : diabète, insuffisance cardiaque, BPCO, hypertension. L’IPA renouvelle et adapte les traitements dans le cadre d’un protocole conclu avec le médecin.
- Prescriptions élargies depuis janvier 2025 : dispositifs médicaux (attelles, orthèses, fauteuils, compléments nutritionnels), examens complémentaires, arrêts de travail jusqu’à 3 jours.
- Prévention et éducation thérapeutique : dépistage précoce des risques de chutes, prévention des escarres et de la dénutrition.
- Coordination pluriprofessionnelle : rôle de pivot entre médecins traitants et équipes soignantes, lien avec les intervenants extérieurs (kinés, orthophonistes, spécialistes).
- Suppléance partielle du médecin coordonnateur : sous réserve d’une dérogation individuelle par arrêté préfectoral (articles D312-158 et D312-156 du CASF), certaines missions du médecin coordonnateur peuvent être déléguées à l’IPA, notamment le suivi des évaluations gériatriques.
IPA vs IDEC : deux profils complémentaires, pas substituables
La confusion entre les deux profils peut mener à des organisations inadaptées. Le tableau suivant clarifie les différences essentielles :
| Critère | IDEC | IPA |
|---|---|---|
| Niveau de formation | IDE Bac+3 + formation optionnelle | Master obligatoire Bac+5 |
| Rôle principal | Management d’équipe, coordination, qualité | Suivi clinique avancé, prescription |
| Compétences prescriptives | Aucune | Oui depuis jan. 2025 |
| Encadrement soignants | Oui — mission centrale | Non — rôle clinique |
| Accès direct patient | Non | Oui depuis jan. 2025 |
| Suppléance médecin co. | Non | Oui partielle sur dérogation |
Un EHPAD peut avoir les deux profils simultanément. L’IDEC gère l’organisation soignante, les transmissions et la qualité du quotidien. L’IPA prend en charge le suivi médical complexe, libérant du temps médical précieux dans les EHPAD confrontés à une pénurie de médecin coordonnateur.
Comment intégrer un IPA : guide opérationnel pour les directeurs
La rareté du profil impose une stratégie proactive. En France, seulement 3 973 IPA sont diplômés (UNIPA, janvier 2026), dont 279 exercent en Île-de-France. Le rythme de formation actuel (~1 000 diplômés/an) ne permettra d’atteindre que 7 000 IPA en 2030, loin des 10 000 à 15 000 estimés nécessaires.
Option 1 — Recrutement direct : recruter un IPA titulaire du Diplôme d’État IPA (grade master, niveau 7). Prérequis pour le candidat : être IDE avec minimum 3 ans d’expérience + master de 2 ans (60 ECTS/an, formation de l’université). L’IPA exerce sous supervision du médecin coordonnateur avec des protocoles de coopération formalisés avec les médecins traitants.
Option 2 — Mutualisation inter-établissements (recommandée pour les EHPAD de moins de 80 lits) : plusieurs établissements se regroupent pour partager un IPA à temps partagé. L’ARS Île-de-France encourage explicitement cette formule dans ses appels à projets.
Option 3 — Financement ARS pour former un IDE en poste : la campagne ARS Île-de-France 2026 est ouverte jusqu’au 12 mai 2026 sur la plateforme démarches-simplifiées. Le financement accordé est de 25 000 €/an/IPA via le Fonds d’Intervention Régional. Les résultats seront notifiés en juillet 2026. D’autres ARS ont des dispositifs similaires — se renseigner auprès de l’ARS de sa région. Les universités accréditées (Nantes, Sorbonne, Aix-Marseille, Strasbourg) ont des candidatures encore ouvertes pour la rentrée 2026-2027. Pour approfondir la stratégie d’attractivité des profils infirmiers, consulter le guide management en EHPAD.