Mis à jour le 07/08/2026 — Exemple de planning EHPAD en 10h : ce guide décrypte les seuils légaux applicables aux aides-soignantes et propose deux modèles de roulement prêts à adapter, en secteur privé comme en fonction publique hospitalière.
Ce que dit la loi sur le temps de travail des aides-soignantes
Avant de construire un planning d’aides-soignantes, encore faut-il connaître le cadre : durée du travail, repos, pauses. Ce sujet s’inscrit dans le pilotage des ressources humaines en EHPAD, détaillé dans notre guide complet du management.
Dans le secteur privé, c’est le Code du travail qui fixe les seuils. La durée quotidienne de travail effectif ne peut excéder dix heures, sauf dérogation ou accord collectif prévoyant ce dépassement, en cas d’activité accrue ou pour des motifs liés à l’organisation. La durée maximale hebdomadaire de travail est de quarante-huit heures, avec un repos quotidien minimal de onze heures consécutives et six jours travaillés maximum par semaine. Le repos hebdomadaire a une durée minimale de vingt-quatre heures consécutives, une pause de vingt minutes est due dès six heures de travail quotidien, et le temps d’habillage et de déshabillage, lorsque le port d’une tenue de travail est imposé et réalisé sur le lieu de travail, fait l’objet de contreparties.
En fonction publique hospitalière (FPH), le cadre diffère. La durée hebdomadaire de travail effectif, heures supplémentaires comprises, ne peut excéder 48 heures au cours d’une période de 7 jours, les agents bénéficient d’un repos quotidien de 12 heures consécutives minimum et d’un repos hebdomadaire de 36 heures consécutives minimum, ramené à 11 heures consécutives minimum par dérogation du chef d’établissement. Une pause de 20 minutes est accordée dès 6 heures consécutives, et 4 jours de repos sont dus pour 2 semaines, dont deux consécutifs et un dimanche — socle des « petites » et « grandes » semaines.
| Seuil légal | Secteur privé (Code du travail) | Fonction publique hospitalière |
|---|---|---|
| Durée quotidienne maximale | dix heures, dépassement possible par accord collectif | 9 heures en équipe de jour, 10 heures en équipe de nuit (travail continu) |
| Durée hebdomadaire maximale | quarante-huit heures | 48 heures sur 7 jours, 44 heures par semaine au sein du cycle |
| Repos quotidien minimal | onze heures consécutives | 12 heures (ou 11 heures par dérogation) |
| Repos hebdomadaire minimal | vingt-quatre heures consécutives + repos quotidien | 36 heures consécutives |
| Pause obligatoire | vingt minutes dès six heures de travail | 20 minutes dès 6 heures consécutives |
| Jours travaillés / repos | six jours maximum par semaine | 4 jours de repos pour 2 semaines |
La journée en 10 heures : à quelles conditions ?
Peut-on organiser une journée d’aide-soignante en 10 heures ? Dans le secteur privé, dix heures constitue précisément la durée quotidienne maximale de droit commun : ce n’est donc pas une dérogation, à condition que les missions confiées à l’aide-soignante et l’amplitude du poste (pause incluse) restent compatibles avec ce seuil. Au-delà, l’établissement doit s’appuyer sur un accord collectif prévoyant le dépassement de la durée maximale quotidienne, en cas d’activité accrue ou pour des motifs liés à l’organisation, ou solliciter une dérogation de l’inspection du travail.
En fonction publique hospitalière, en cas de travail continu, la durée quotidienne de travail ne peut excéder 9 heures pour les équipes de jour, 10 heures pour les équipes de nuit — les 10 heures y sont réservées aux équipes de nuit. En organisation discontinue, l’amplitude de la journée de travail ne peut être supérieure à 10 h 30, et cette durée ne peut être fractionnée en plus de deux vacations d’une durée minimum de 3 heures.
Avantage réel sur le terrain : moins de transmissions, plus de jours de repos groupés. Limite tout aussi réelle : la vigilance se maintient plus difficilement en fin de vacation longue, et l’effectif doit rester suffisant pour absorber une absence.
Exemples de plannings concrets pour les équipes d’aides-soignantes
Les deux modèles ci-dessous sont des constructions pédagogiques, à adapter au cycle propre de votre établissement — une période de référence qui ne peut être inférieure à la semaine ni supérieure à douze semaines. Les exemples retenus portent sur deux semaines, le format le plus répandu en EHPAD. Pour comparer les logiques de roulement, voir notre article sur le roulement 2/2/3 face au planning fixe.
Exemple 1 — Roulement classique en 7 h 30 (cycle petite/grande semaine)
Principe des « petites » et « grandes » semaines FPH : la petite semaine compte 4 jours travaillés et 3 jours de repos (dont samedi-dimanche) ; la grande semaine, 5 jours travaillés et 2 jours de repos. Soit 5 jours de repos sur la quinzaine, au-delà du minimum réglementaire, dimanche garanti.
| Jour | Semaine 1 — petite semaine | Semaine 2 — grande semaine |
|---|---|---|
| Lundi | Matin 06h30–14h00 | Matin 06h30–14h00 |
| Mardi | Matin 06h30–14h00 | Matin 06h30–14h00 |
| Mercredi | Repos | Matin 06h30–14h00 |
| Jeudi | Après-midi 13h30–21h00 | Repos |
| Vendredi | Après-midi 13h30–21h00 | Après-midi 13h30–21h00 |
| Samedi | Repos | Après-midi 13h30–21h00 |
| Dimanche | Repos | Repos |
| Jours travaillés | 4 jours | 5 jours |
| Total hebdomadaire | 30 h 00 | 37 h 30 |
Lecture : chaque poste de 7 h 30 inclut la pause dès que le seuil de 6 heures consécutives est atteint. Notez comment ce roulement groupe les postes de même type : ce n’est pas un hasard. Enchaîner un après-midi qui finit à 21h00 avec un matin qui démarre à 6h30 ne laisserait que 9 h 30 de repos, en deçà du minimum de 11 à 12 heures selon le régime applicable. C’est l’erreur la plus fréquente des plannings construits à la main. Ici, l’écart le plus court entre deux postes est de 16 h 30. Aucune semaine ne dépasse 44 heures, et le repos sur la quinzaine reste au-dessus de 4 jours pour 2 semaines.
Exemple 2 — Roulement en 10 heures
Ce second modèle illustre des journées de 10 heures effectives, poste unique avec coupure déjeuner de deux heures, sur un nombre de jours travaillés volontairement réduit.
| Jour | Semaine 1 | Semaine 2 |
|---|---|---|
| Lundi | 07h00–19h00 | Repos |
| Mardi | Repos | 07h00–19h00 |
| Mercredi | 07h00–19h00 | Repos |
| Jeudi | 07h00–19h00 | 07h00–19h00 |
| Vendredi | Repos | Repos |
| Samedi | 07h00–19h00 | 07h00–19h00 |
| Dimanche | Repos | Repos |
| Jours travaillés | 4 jours | 3 jours |
| Total hebdomadaire | 40 h 00 | 30 h 00 |
Chaque poste 07h00–19h00 intègre 2 heures de pause, soit dix heures effectives — la durée quotidienne maximale de droit commun dans le privé, ou la borne « nuit » du continu en FPH — bien au-delà du minimum de vingt minutes dû dès six heures. Le total hebdomadaire (40h00 puis 30h00) reste très en-deçà des quarante-huit heures du privé comme des 48 heures de la FPH. Dès 5 ou 6 journées de 10 heures dans la même semaine, ces seuils sont dépassés.
Le travail de nuit : définition, seuils et contreparties
Le planning de nuit obéit à des règles propres, à articuler avec le planning de jour — voir notre dossier sur la réglementation du travail de nuit en EHPAD. Est considéré comme travailleur de nuit le salarié qui accomplit, au moins deux fois par semaine, selon son horaire de travail habituel, au moins trois heures de travail de nuit quotidiennes. À défaut d’accord de branche, le nombre minimal d’heures entraînant la qualification de travailleur de nuit est fixé à deux cent soixante-dix heures sur une période de référence de douze mois consécutifs.
Cette qualification n’est pas qu’administrative : l’accord collectif mettant en place le travail de nuit doit prévoir une contrepartie sous forme de repos compensateur et, le cas échéant, sous forme de compensation salariale, ainsi que des mesures destinées à améliorer les conditions de travail des salariés. La HAS relève que les EHPAD ne parviennent généralement pas à garantir la présence de personnels qualifiés pour mettre en œuvre une continuité des soins la nuit — un enjeu d’effectifs autant que de qualité de nuit. Voir aussi notre article sur l’astreinte de nuit IDE.
Construire et faire vivre un planning : méthode et bonnes pratiques
Un planning fiable se construit en trois temps. D’abord, fixer le cycle de référence — une période dont la durée se répète à l’identique d’un cycle à l’autre et ne peut être inférieure à la semaine ni supérieure à douze semaines — puis vérifier systématiquement les jours de repos : 4 jours pour 2 semaines, dont deux consécutifs au moins et un dimanche. Enfin, la gestion des remplacements, la plus consommatrice d’énergie au quotidien : 44 % des EHPAD déclarent rencontrer des difficultés de recrutement selon la DREES, ce qui pèse sur la capacité à absorber un arrêt sans dégrader le planning.
Certains événements RH bousculent par nature un cycle déjà arbitré, comme le congé de naissance, dont les nouvelles règles imposent d’anticiper le remplacement. Pour les décisions qui dépassent le planning courant, l’astreinte de direction prend le relais et doit elle-même être planifiée en amont. Sur l’équité perçue, un principe limite les tensions : la répartition des postes doit suivre une règle connue et identique pour tous — c’est souvent ce défaut de lisibilité, plus que le volume d’heures, qui nourrit le sentiment d’iniquité.
Effectifs et taux d’encadrement : ce que disent les données nationales
Un planning ne compense pas un sous-effectif structurel. La DREES montre que le taux d’encadrement varie de 22,8 postes par tranche de 100 places pour les structures privées à but lucratif à 36,7 pour les structures publiques hospitalières, et que les EHPAD privés présentent des taux d’encadrement plus faibles que les EHPAD publics. Concrètement : en 2015, pour 1 000 heures de besoins de soins d’accompagnement de la perte d’autonomie, le personnel soignant et les agents de service ne pouvaient répondre, au maximum, que par 836 heures de soins de base, dans la moitié des EHPAD.
Pour un ordre de grandeur, la HAS documente un EHPAD accueillant, de nuit ou de jour, environ 50 résidents atteints de la maladie d’Alzheimer ou de pathologies apparentées, qui emploie une cinquantaine de salariés. Rapporté à un cycle où un agent ne peut accomplir plus de 44 heures par semaine, cela donne une idée du nombre d’ETP nécessaires pour couvrir 7 jours sur 7 sans heures supplémentaires permanentes — un dimensionnement encore complexifié par les évolutions récentes sur les arrêts maladie, voir notre analyse du nouveau cadre applicable en EHPAD public.
Impact du planning sur la qualité de vie au travail
Le planning a une incidence directe sur les conditions de travail. La DREES observe que l’indice de fréquence des accidents du travail serait deux fois supérieur à la moyenne nationale toutes activités confondues en EHPAD, et que le taux d’absentéisme pour raisons de santé moyen en EHPAD serait 1,3 fois plus important que la moyenne constatée dans le secteur de la santé. Un planning mal calibré — journées longues, repos rognés, remplacements dans l’urgence — nourrit directement ces deux indicateurs.
À l’inverse, une organisation pensée en amont limite ce risque. La HAS le formule ainsi : les risques psycho-sociaux, dont le « burn out », des professionnels qui accompagnent les personnes accueillies sont anticipés et appréhendés par l’organisation — précisément le rôle d’un planning stable et conforme aux seuils légaux, détaillé dans notre guide QVT et prévention du burnout en EHPAD.
Indicateurs à suivre et pièges à éviter
Trois indicateurs méritent un suivi au-delà du seul respect formel des seuils : le taux d’absentéisme, l’indice de fréquence des accidents du travail — deux fois supérieur à la moyenne nationale toutes activités confondues en EHPAD — et le taux d’encadrement réel rapporté au GMP. Croisées avec le planning, ces données permettent souvent de repérer un point de rupture avant l’arrêt de travail ou le départ.
- Dépasser quarante-huit heures sur une semaine isolée sans base légale (accord collectif, dérogation).
- Faire travailler un agent plus de 44 heures sur une semaine du cycle en fonction publique hospitalière.
- Enchaîner deux postes sans respecter le repos quotidien minimal de onze heures (secteur privé) ou de 11 heures (FPH, par dérogation).
- Programmer plus de six jours travaillés consécutifs pour un même agent.
- Oublier la pause obligatoire dès que le poste dépasse six heures consécutives.
- Descendre sous 4 jours de repos pour 2 semaines en fonction publique hospitalière.
Questions fréquentes
Combien d’heures maximum une aide-soignante peut-elle travailler par jour ?
Quelle est la durée maximale hebdomadaire de travail en EHPAD ?
Quel repos minimal entre deux journées de travail ?
Une aide-soignante peut-elle travailler 6 jours d’affilée ?
Qu’est-ce qu’un travailleur de nuit selon le Code du travail ?
Le temps d’habillage est-il payé ?
Combien de temps dure la pause obligatoire pendant le service ?
📚 Pour approfondir — SOS EHPAD propose un Guide Pratique : Management & leadership en EHPAD incluant des méthodes, fiches pratiques et supports adaptés à votre établissement.
Sources officielles
Sources réglementaires et institutionnelles utilisées pour cet article : Légifrance — Code du travail, durée quotidienne du travail, Légifrance — décret relatif au temps de travail dans la fonction publique hospitalière, DREES — le taux d’encadrement dans les EHPAD et HAS — qualité de vie au travail dans les établissements sanitaires et médico-sociaux.

