détection des chutes
Prévention des chutes

Détection des chutes en EHPAD : que faire de l’alerte

12 min de lecture Aurélie Mortel
Ressource recommandée Conforme HAS
Guide Pratique : Prévention des chutes en EHPAD

Guide Pratique : Prévention des chutes en EHPAD

Prévenez les chutes, sécurisez vos résidents et vos pratiques en EHPAD

À partir de 14,90 € Je sécurise mon EHPAD
Partager

La détection des chutes en EHPAD n’a de valeur que si l’alerte qu’elle produit déclenche une réponse organisée : évaluation clinique, ajustement des traitements, adaptation de l’environnement et traçabilité au dossier. Voici ce qui se joue concrètement une fois le signal reçu, et ce que montrent réellement les études d’efficacité disponibles.

Chutes en EHPAD : l’ampleur du problème, et les limites honnêtes de la prédiction

Notre sélectionRéférence autonomie
Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet
Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet

Le guide complet pour entretenir l'autonomie des résidents au quotidien.

  • Exercices, transferts, mobilité
  • Pour AS, IDE, ergo, kiné
  • Approche pluridisciplinaire

En 2024, 174 824 hospitalisations en lien avec une chute ont été dénombrées chez les personnes âgées ≥65 ans, en augmentation de 20,5 % par rapport à 2019, selon les données publiées par Santé publique France. Sur la même période, 20 148 personnes âgées de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute, en augmentation de 18 % par rapport à 2019. Le risque s’accentue nettement avec l’âge : le taux d’hospitalisation en lien avec une chute est 8,6 fois plus élevé chez les ≥85 ans que chez les 65-74 ans, et le taux de mortalité en lien avec une chute est 29 fois plus élevé.

Chez la personne âgée, la chute est un marqueur de fragilité et un facteur prédictif de dépendance et d’admission en institution, ce qui explique l’intérêt porté aux outils censés l’anticiper. Mais l’honnêteté impose une limite claire : une revue systématique de 2025 sur les approches numériques de détection et de prédiction des chutes constate que Most models lacked external validation and were not linked to clinical care pathways — autrement dit, la plupart des modèles n’ont pas été validés sur des données extérieures à leur échantillon d’origine et ne sont pas reliés aux parcours de soins réels. Cet article ne fixera donc aucun horizon de prédiction chiffré : ce que la détection permet, ce n’est pas d’annoncer une chute à échéance connue, c’est de déclencher plus tôt une évaluation clinique qui, elle, est bien documentée.

Les facteurs de risque réellement repérables, et les outils pour les objectiver

Avant même qu’un dispositif de détection n’entre en jeu, le repérage clinique reste le socle. Les chutes répétées se définissent par au moins deux chutes sur un intervalle de temps de 12 mois, et leur prévalence a été calculée, elle est comprise entre 10 et 15 % chez la personne âgée. Le repérage des personnes âgées à risque de chutes utilise l’interrogatoire et différents tests de performance physique, simples et réalisables en cabinet médical, à commencer par le Timed Up and Go test, dont le seuil de 12 à 20 s selon les auteurs en fait un Marqueur de fragilité et de risque de chutes. Ce test, comme le test de lever de chaise ou la mesure de la vitesse de marche, ne nécessite aucun capteur : il repose sur l’observation directe par un professionnel formé.

Le bilan qui suit un repérage — humain ou technologique — porte sur les mêmes dimensions cliniques : un bilan des capacités fonctionnelles (marche, équilibre, transferts, fatigabilité). C’est là que la doctrine de la HAS sur le repérage des risques de perte d’autonomie en EHPAD prend tout son sens : Le personnel soignant et non-soignant connaît les principaux facteurs de risque de chute, et identifie les signes d’alerte, et Il sait sur quels dispositifs (outils) s’appuyer pour faire remonter cette information — que le signal provienne d’une observation de terrain ou d’un dispositif installé dans la chambre. Pour les résidents dont le risque de chute est associé à une déambulation nocturne, les équipes disposent aussi de stratégies non médicamenteuses spécifiques.

Le fonctionnement technique des capteurs, ainsi que les questions de consentement et de responsabilité médicale qu’ils soulèvent, sont traités en détail dans notre article sur l’IA prédictive en EHPAD, tout comme le choix d’une solution fait l’objet d’un comparatif dédié. Cet article se concentre, lui, sur l’aval : ce qu’un repérage de risque, quelle qu’en soit l’origine, doit déclencher dans l’organisation des soins.

Ce que le repérage change concrètement, selon les fonctions

Pour l’IDEC : déclencher et coordonner l’évaluation

Qu’un risque soit repéré par observation clinique ou par un dispositif de détection, la même logique de systématisation s’applique. La HAS, dans son analyse des événements indésirables graves liés aux chutes, recommande de Systématiser en équipe l’évaluation du risque de chute, dès l’arrivée du patient lorsque celui-ci est hospitalisé ou institutionnalisé, et le réévaluer régulièrement. C’est typiquement l’IDEC qui met en musique cette évaluation multifactorielle, qui a pour objectif d’identifier les facteurs de risque de chute, d’évaluer le risque de nouvelles chutes et le risque lié à ces chutes (risque de fracture, risque de perte d’autonomie) et d’évaluer les besoins d’aide de l’individu. Il lui revient aussi de Tracer l’ensemble des chutes dans le dossier médical du patient et systématiser la déclaration des chutes graves (EIGS) pour permettre l’analyse des facteurs contributifs en équipe pluriprofessionnelle — un suivi qui rejoint le pilotage mensuel de la prévention des chutes par l’IDEC, dans lequel une alerte de détection n’est qu’une entrée parmi d’autres.

Pour le médecin coordonnateur : réévaluer traitements et rééducation

Une alerte répétée sur un même résident doit d’abord interroger l’ordonnance. Les actions attendues incluent de Réévaluer les traitements, en particulier psychotropes et favoriser les traitements non-médicamenteux, et de Dépister et traiter une hypotension orthostatique. Plus largement, la HAS demande d’Evaluer systématiquement le bénéfice risque des traitements prescrits (médicaments susceptibles de provoquer les chutes ou d’entraîner des risques graves pour la santé en cas de chute) et les réévaluer régulièrement. Sur le plan fonctionnel, Chez le sujet chuteur, une prise en charge rééducative et réadaptative par un masseur kinésithérapeute est presque toujours nécessaire, pour corriger les déficiences (ex. : renforcement musculaire des quadriceps), et les troubles fonctionnels par un travail de l’équilibre et de la marche.

Pour le directeur : sécuriser l’environnement et objectiver la démarche

Au niveau de l’établissement, il faut rappeler que les suicides et tentatives de suicide, les chutes de patients et les erreurs médicamenteuses constituent les trois thématiques les plus fréquemment déclarées au titre des événements indésirables graves associés aux soins. La réponse organisationnelle attendue par la HAS est concrète : Aménager la chambre et la salle de bains des patients à risque de chute de façon à limiter ce risque au maximum, et Disposer d’une procédure décrivant la conduite à tenir en cas de chute, connue de l’ensemble des professionnels, y compris des intérimaires. Le référentiel d’évaluation de la qualité des ESSMS en fait un point de contrôle explicite : Les professionnels adaptent le projet d’accompagnement aux risques liés aux chutes auxquels la personne est confrontée — un critère directement observable lors d’une évaluation HAS de l’établissement.

Le protocole de réponse : de l’alerte à la traçabilité

Qu’elle vienne d’un dispositif installé dans la chambre ou d’une observation de l’équipe, une alerte de détection de chute n’a de valeur que si elle déclenche une chaîne d’actions identifiée à l’avance, et non une réaction au cas par cas.

  • Réception et qualification de l’alerte par l’IDE ou l’IDEC de garde, qui statue sur son caractère avéré avant toute action.
  • Déclenchement de l’évaluation multifactorielle du résident concerné, en lien avec le médecin coordonnateur.
  • Réévaluation des traitements en cours, en particulier psychotropes, et dépistage d’une éventuelle hypotension orthostatique.
  • Adaptation de l’environnement immédiat : chambre, salle de bains, éclairage nocturne, aides techniques.
  • Orientation vers une prise en charge rééducative si un déficit fonctionnel est identifié.
  • Traçabilité de l’évaluation et des actions dans le dossier, et information de l’entourage.

Ce dernier point est explicitement attendu par la HAS, qui demande de S’assurer de la disponibilité des résultats de l’évaluation du risque de chute et des actions mises en place pour les prévenir dans le dossier médical du patient, et transmettre l’information aux différents acteurs de la prise en charge du patient, y compris la famille ou les aidants. Pour les résidents atteints de troubles cognitifs, l’adaptation de l’environnement s’articule aussi avec le cadre spécifique de la géolocalisation des résidents Alzheimer en EHPAD, distinct de celui de la détection de chute.

Mesurer l’utilité réelle du dispositif : efficacité, fausses alertes, charge de travail

Un dispositif de détection ne vaut que ce que montrent les études qui l’ont évalué dans la durée, sur un échantillon défini — pas une performance générique extrapolée à l’ensemble du marché. Un essai contrôlé randomisé mené en EHPAD, connu sous le nom de TELEHPAD, en donne un exemple chiffré : 20.19 % des résidents du groupe intervention ont connu au moins une chute grave, contre 33.03 % dans le groupe témoin (p = 0.034). L’incidence annuelle des chutes graves suivait la même tendance, avec une moyenne de 0.37 chute grave par résident et par an, contre 0.24 dans le groupe intervention et 0.49 dans le groupe témoin (p = 0.022).

Le revers de la détection, c’est la fausse alerte — et son coût en charge de travail pour des équipes déjà tendues. Une étude publiée dans Gerontology (2015) sur un système de détection utilisé en conditions réelles l’illustre : le dispositif a détecté 12 chutes réelles sur 15, avec une sensibilité de 80.0 % et un taux de fausses alarmes de 0.049 alarme par heure d’utilisation. Une modification mineure de l’analyse des données a permis de réduire ce taux à 0.025 fausse alarme par heure, soit 1 fausse alerte pour 40 heures d’utilisation. Ces chiffres, obtenus sur un dispositif et un échantillon précis, ne se généralisent pas ; ils montrent en revanche qu’un même système peut voir son taux de fausses alarmes quasiment divisé par deux grâce à un simple ajustement logiciel — un indicateur que toute équipe qui exploite un dispositif de détection devrait suivre au même titre que le taux de détection lui-même, pour éviter la lassitude devant des alertes jugées trop nombreuses.

Questions fréquentes

Un dispositif de détection peut-il annoncer une chute à l’avance, avec un délai précis ?
Non. Une revue systématique récente sur les approches numériques de détection et de prédiction des chutes constate que Most models lacked external validation and were not linked to clinical care pathways. Un repérage de risque déclenche une évaluation clinique, il n’annonce pas d’échéance chiffrée.
Qui doit être informé lorsqu’un risque de chute est repéré chez un résident ?
La HAS demande de S’assurer de la disponibilité des résultats de l’évaluation du risque de chute et des actions mises en place pour les prévenir dans le dossier médical du patient, et transmettre l’information aux différents acteurs de la prise en charge du patient, y compris la famille ou les aidants.
Le risque de chute fait-il l’objet d’un contrôle lors de l’évaluation HAS de l’établissement ?
Oui. Le référentiel d’évaluation de la qualité des ESSMS prévoit que Les professionnels adaptent le projet d’accompagnement aux risques liés aux chutes auxquels la personne est confrontée.

Sources officielles

Ressource expert recommandée Référence autonomie
Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet
Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet

Le guide complet pour entretenir l'autonomie des résidents au quotidien.

  • Exercices, transferts, mobilité
  • Pour AS, IDE, ergo, kiné
  • Approche pluridisciplinaire
Partager cet article
Pour aller plus loin Référence autonomie
Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet

Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet

Le guide complet pour entretenir l'autonomie des résidents au quotidien.

À partir de 29,90 € Découvrir l'ouvrage
Dossier expert Prévention des Chutes en EHPAD : Guide Complet [2026]

Guide complet sur la prévention des chutes en EHPAD : épidémiologie (174 824 hospitalisations/an), facteurs de risque intrinsèques et extrinsèques, protocole d'évaluation multifactorielle, aménagements environnementaux,...

Lire le dossier
Solution partenaire — Hornet Medical Tensions avec les familles en EHPAD : prévenir plutôt que gérer grâce à la traçabilité

Les conflits avec les familles autour des dispositifs médicaux égarés ne naissent pas de la perte, mais du...

Lire l'article
Lien copie dans le presse-papier