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Prévention des chutes

Chutes en EHPAD : quelle dose d’exercice, selon la recherche

13 min de lecture Aurélie Mortel
Ressource recommandée Référence autonomie
Rééducation et Maintien de l'Autonomie en EHPAD — Le Guide Complet

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En EHPAD, les exercices prévention des chutes ne produisent des résultats mesurables qu’à une condition : une dose et une fréquence suffisantes, tenues dans la durée. Directions, IDEC, ergothérapeutes et enseignants en activité physique adaptée doivent donc raisonner en volume hebdomadaire et en régularité de programme, pas seulement en occasions d’animation ponctuelles. Les repères de dose détaillés plus loin proviennent pour l’essentiel d’essais conduits hors EHPAD, auprès de personnes âgées vivant à domicile ou en habitat non médicalisé ; ils s’y transposent avec prudence, en adaptant l’intensité au niveau de dépendance de chaque résident.

Fondamentaux — cadre et état des lieux

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En France métropolitaine, 9 334 personnes de plus de 65 ans sont décédées suite à une chute accidentelle sur l’année de référence des certificats de décès étudiés par la HAS. La même période, 76 100 hospitalisations ont été motivées par une fracture de l’extrémité supérieure du fémur (FESF) chez les personnes âgées de 65 ans ou plus, et Ces fractures sont survenues 9 fois sur 10 à la suite d’une chute. Pour l’établissement qui doit organiser un retour d’hospitalisation, la durée du séjour compte : La durée moyenne d’hospitalisation pour chute chez les 65 ans et plus était de 12,2 jours. La tendance de fond reste toutefois favorable : les taux standardisés de mortalité ont diminué de 3,2 % par an en moyenne.

À l’échelle d’un établissement, l’enjeu n’a rien de marginal : 43 % des résidents ont chuté au cours des 12 mois précédant l’enquête, en moyenne, dans les EHPAD interrogés par l’enquête bientraitance de la HAS — une donnée mesurée directement en établissement, à la différence des tailles d’effet présentées plus loin. Or l’offre de prévention reste inégale : les séances de prévention des chutes avec un animateur ne sont proposées que par 53% des EHPAD interrogés. Ce déficit d’offre s’inscrit dans un constat plus général : Les personnes âgées sont physiquement moins actives et plus sédentaires que tous les autres groupes d’âge, ce qui rend la structuration d’un programme d’exercice d’autant plus déterminante en collectivité. Pour une vue d’ensemble de la démarche, notre guide complet de la prévention des chutes en EHPAD détaille le protocole global et les outils associés ; cet article se concentre sur un point précis : la dose et la fréquence d’exercice qui font la différence.

Analyse approfondie — quelle dose d’exercice, pour quel effet

Pour la population des 65 ans et plus, le repère d’endurance relayé par la HAS est au moins 30 min, d’intensité modérée et élevée, au moins 5 jours par semaine. Le renforcement musculaire suit une autre logique, complémentaire : intensité modérée à élevée 2 à 3 fois/semaine à raison d’une dizaine d’exercices répétés au moins 10 fois. Ce sont deux briques distinctes d’un même programme, pas deux options interchangeables : l’endurance travaille la capacité cardio-respiratoire, le renforcement construit la force nécessaire au relevé, à la marche et au transfert. Notre article sur l’activité physique adaptée (APA) en EHPAD détaille comment un programme d’APA peut combiner ces deux dimensions selon le profil du résident.

Quand ces briques sont assemblées dans un programme structuré, l’effet devient mesurable. La méta-analyse de référence associe les programmes d’exercice multi-catégoriels (en groupe ou à la maison) qui comprenaient pratiquement tous des exercices de stimulation de l’équilibre et de la marche à une diminution du taux de chute d’environ 30 %. Le référentiel HAS sur l’activité physique et le risque de chute affine ce chiffre selon le format retenu : en groupe (moins 29 % du taux de chutes, moins 15 % du risque de chuter), contre en individuel au domicile (moins 32 % du taux de chutes, moins 22 % du risque de chuter). Dans les deux cas, les programmes efficaces d’exercices « multicatégories » ciblent plusieurs composantes de la condition physique à la fois — équilibre, force, marche — plutôt qu’un seul paramètre isolé. Ces résultats s’appuient notamment sur la revue Cochrane Interventions for preventing falls in older people living in the community, référence bibliographique citée par le référentiel HAS — littéralement, des personnes âgées « vivant en communauté ». Ce périmètre se retrouve dans le détail des chiffres eux-mêmes : le meilleur résultat rapporté ci-dessus concerne le format mené en individuel au domicile, une population comparable à celle du programme ICOPE/VIVIFRAIL, qui s’adresse aux personnes autonomes et vivant à domicile. Ces tailles d’effet ne proviennent donc pas d’essais conduits en EHPAD ; elles servent de repère de dose à transposer avec prudence, en tenant compte du niveau de dépendance plus élevé des résidents.

Le facteur le plus souvent sous-estimé sur le terrain est celui de la durée cumulée du programme. La HAS précise qu’il s’agit d’atteindre une dose suffisante d’exercice (plus de 50 heures au total) — un seuil qui ne se franchit pas avec quelques séances isolées mais suppose un programme tenu sur plusieurs mois. Fractionner ce volume en séances courtes et régulières, plutôt que de concentrer l’effort sur de rares séances longues, est une option d’organisation qui facilite l’atteinte de ce total sans alourdir chaque journée ; il s’agit là d’un choix pratique de terrain, la HAS ne fixant pas de repère de durée quotidienne précis pour ce fractionnement.

Impact concret par profil métier

IDEC. L’activité physique n’est pas un supplément d’animation mais l’une des actions attendues de la prise en charge multifactorielle du risque de chute. La fiche HAS sur la réduction des hospitalisations en EHPAD recommande de Promouvoir une activité physique régulière et adaptée à l’état de fragilité et aux facteurs de risque du résident. Chez un résident déjà chuteur, une prise en charge rééducative et réadaptative par un masseur kinésithérapeute est presque toujours nécessaire, ce qui suppose une coordination resserrée entre l’IDEC et le kinésithérapeute, libéral ou salarié. Cette adaptation individuelle du projet d’accompagnement au risque de chute est également attendue par le référentiel d’évaluation des ESSMS : Les professionnels adaptent le projet d’accompagnement aux risques liés aux chutes auxquels la personne est confrontée. Le suivi de ces actions s’articule avec le pilotage mensuel des chutes par l’IDEC et avec la fiche métier IDEC, qui détaille ce périmètre de coordination.

Ergothérapeute et enseignant en activité physique adaptée (EAPA). Ces deux professionnels partagent un principe commun de personnalisation : le contenu, le rythme et la fréquence des séances sont adaptés à chaque patient et aux objectifs recherchés. Quand un simple conseil verbal ne suffit plus, la HAS recommande d’orienter le patient vers un enseignant en activité physique adaptée (EAPA) ou un masseur-kinésithérapeute pour étayer les conseils à donner. Pour structurer un programme de maintien des capacités motrices, ces professionnels peuvent s’appuyer sur des outils existants : Le programme ICOPE utilise un outil numérique et s’appuie sur le programme européen VIVIFRAIL d’exercices physiques, sachant que ce programme s’adresse aux personnes âgées de 60 ans et plus, autonomes et vivant à domicile — un public de référence à adapter selon le niveau de dépendance de chaque résident. Sur l’individualisation du rythme des exercices en cas de pathologie ostéoarticulaire associée, voir aussi notre article sur l’arthrose après 70 ans, réadaptation et activité physique.

Aide-soignante. Son rôle est moins celui de prescriptrice que de vigie et de relais quotidien : elle observe la fatigabilité et l’équilibre du résident au fil des transferts et des déplacements, encourage la régularité des exercices prescrits entre deux séances encadrées, et signale à l’IDEC toute rupture de rythme dans le programme individuel. Cette observation continue est ce qui permet d’ajuster le programme avant qu’une chute ne survienne, plutôt qu’après.

Médecin coordonnateur. Le cadre réglementaire de la prescription est un point de départ concret pour organiser l’orientation des résidents : Depuis mars 2017, les médecins peuvent prescrire de l’activité physique adaptée (APA) aux patients atteints de maladies chroniques. Cette activité peut être dispensée par des professionnels de santé (masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens), ce qui ouvre plusieurs options d’orientation selon les ressources disponibles dans l’établissement ou en ville. Le médecin coordonnateur reste le pivot qui relie la prescription initiale au suivi effectif des séances par l’équipe.

Mise en œuvre — organiser les séances dans l’établissement

Sur le plan cognitif, la régularité du programme est également un objectif documenté, ce qui renforce l’intérêt d’un rythme hebdomadaire tenu dans la durée plutôt que d’une animation occasionnelle : La pratique d’une activité physique au moins 2 fois par semaine, sur une période d’au moins 6 mois, apporte un réel bénéfice, avec un repère alternatif souvent cité pour la mémoire : pratiquer 150 minutes d’activité physique par semaine après 65 ans. Ces seuils donnent à l’établissement un langage commun pour bâtir un planning : nombre de séances par semaine, durée cumulée visée sur plusieurs mois, et suivi de l’assiduité individuelle.

Type d’exerciceFréquenceRepère de doseEffet chiffré rapporté
Endurance (marche, vélo, aquagym…)au moins 5 jours par semaineau moins 30 min, d’intensité modérée et élevée
Renforcement musculaire2 à 3 fois/semaineune dizaine d’exercices répétés au moins 10 fois
Programme multi-catégoriel en groupeséances régulièresplus de 50 heures au totalmoins 29 % du taux de chutes, moins 15 % du risque de chuter
Programme multi-catégoriel à domicile (individuel)séances régulièresplus de 50 heures au totalmoins 32 % du taux de chutes, moins 22 % du risque de chuter
Bénéfice cognitif associéau moins 2 fois par semaine, sur une période d’au moins 6 mois150 minutes d’activité physique par semaine après 65 ans
Repères de dose et de fréquence relayés par la HAS ; les effets chiffrés (2 dernières lignes) proviennent d’essais menés hors EHPAD, en population autonome vivant à domicile ou en résidence non médicalisée, hors indication de durée quotidienne (non sourcée pour l’EHPAD).

Traduire ces repères en planning suppose une répartition claire des rôles et des créneaux entre animateur, kinésithérapeute, ergothérapeute ou EAPA, et une adaptation du projet d’accompagnement de chaque résident au risque de chute, comme le rappelle le critère 2.4.3 du manuel d’évaluation des ESSMS cité plus haut. Cette organisation se formalise dans les protocoles et outils de prévention des chutes pour les équipes, et doit répondre aux exigences du plan antichute vis-à-vis des équipes. La régularité du suivi individuel de la douleur, souvent associée aux freins à l’exercice, mérite aussi d’être articulée avec le programme moteur ; voir notre guide sur la douleur en EHPAD pour ce volet complémentaire.

Perspectives

Les repères disponibles convergent vers un même message : ce n’est pas la nature de l’exercice qui fait la différence, mais sa dose cumulée, sa fréquence hebdomadaire et sa tenue dans la durée. Pour les équipes, cela déplace le pilotage d’une logique d’animation ponctuelle vers une logique de programme suivi dans le temps, avec des rôles répartis entre médecin coordonnateur, IDEC, kinésithérapeute, ergothérapeute ou EAPA, et aides-soignantes en observation quotidienne. La marge de progression identifiée plus haut — une offre de séances encadrées encore partielle selon l’enquête bientraitance de la HAS — suggère que le principal levier à court terme n’est pas la recherche d’un exercice miracle, mais l’organisation d’un volume hebdomadaire tenu et d’un suivi d’assiduité, à l’échelle de chaque résident.

Questions fréquentes

Combien de temps d’exercice par semaine faut-il viser pour réduire les chutes ?
Les repères hebdomadaires relayés par la HAS combinent au moins 30 min, d’intensité modérée et élevée, au moins 5 jours par semaine pour l’endurance et intensité modérée à élevée 2 à 3 fois/semaine à raison d’une dizaine d’exercices répétés au moins 10 fois pour le renforcement musculaire. Sur la durée du programme, l’objectif cumulé retenu est une dose suffisante d’exercice (plus de 50 heures au total), à répartir sur plusieurs mois.
Quels résultats attendre d’un programme d’exercice structuré ?
Un programme multi-catégoriel bien conduit est associé à une diminution du taux de chute d’environ 30 %, avec des résultats qui varient selon le format : moins 29 % du taux de chutes, moins 15 % du risque de chuter en groupe, et moins 32 % du taux de chutes, moins 22 % du risque de chuter en individuel à domicile. Ces chiffres proviennent d’essais menés hors EHPAD, auprès de personnes âgées autonomes vivant à domicile ; ils constituent un repère à adapter selon le niveau de dépendance des résidents.
Qui peut animer ou prescrire les séances en EHPAD ?
Depuis mars 2017, les médecins peuvent prescrire de l’activité physique adaptée (APA) aux patients atteints de maladies chroniques, une activité qui peut être dispensée par des professionnels de santé (masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens). Chez un résident déjà chuteur, une prise en charge rééducative et réadaptative par un masseur kinésithérapeute est presque toujours nécessaire.

Sources officielles

Ressource expert recommandée Référence autonomie
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  • Exercices, transferts, mobilité
  • Pour AS, IDE, ergo, kiné
  • Approche pluridisciplinaire
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