Prévention des chutes : ce que le plan antichute exige des équipes EHPAD
Prévention des chutes

Prévention des chutes : ce que le plan antichute exige des équipes EHPAD

30 avril 2026 10 min de lecture Aurélie Mortel
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Plus de 10 000 décès et 100 000 hospitalisations chaque année en France : les chutes accidentelles restent la première cause de mortalité accidentelle chez les 65 ans et plus. Trois ans après le lancement du plan national antichute 2022-2024, les agences régionales de santé prolongent les programmes jusqu’en 2028 et durcissent leurs attentes envers les EHPAD. Pour les soignants et les équipes d’encadrement, cette continuité institutionnelle pose une question concrète : comment former les équipes, formaliser les protocoles et documenter la traçabilité ?

Un coût humain et financier que trois ans de plan national n’ont pas effacé

En février 2022, le ministère chargé des Solidarités a lancé le plan national antichute des personnes âgées 2022-2024, avec un objectif explicite : réduire de 20 % les chutes mortelles ou invalidantes chez les personnes de 65 ans et plus avant fin 2024. Le point de départ de ce plan ? Des chiffres qui n’ont rien perdu de leur acuité : plus de 10 000 décès par an, plus de 100 000 hospitalisations et un coût global de 2 milliards d’euros — dont 1,5 milliard à la charge de l’Assurance maladie — directement imputables aux chutes accidentelles de personnes âgées.

Le plan s’articulait autour de cinq axes : repérage du risque, aménagement du cadre de vie, aides techniques à la mobilité, activité physique adaptée (APA) et téléassistance. Pour les EHPAD, l’accent a été mis sur l’intégration des séances d’APA dans les plannings de soin et sur la coordination entre équipes soignantes et professionnels du mouvement — kinésithérapeutes et éducateurs en activité physique adaptée. Dans plusieurs régions, des appels à projets ont permis de financer directement des programmes dans les établissements médico-sociaux.

Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé, la prévention repose sur une approche multifactorielle : évaluation de la marche et de l’équilibre (Timed Up and Go, test d’appui unipodal), correction des déficits sensoriels, révision des prescriptions médicamenteuses au-delà de quatre traitements simultanés, et adaptation de l’environnement physique. Ces interventions nécessitent une formation spécifique de l’ensemble des acteurs au contact des résidents, pas uniquement du personnel infirmier.

Les ARS prolongent l’effort : 209 nouveaux programmes déployés pour 2026-2028

L’échéance du plan triennal n’a pas signifié la fin du dispositif. Bien au contraire : les agences régionales de santé ont pris le relais avec des enveloppes financières substantielles. En Nouvelle-Aquitaine, l’ARS a lancé un appel à candidatures pour déployer 209 programmes d’activité physique adaptée en EHPAD pour la période 2026-2028, pour une enveloppe de 3 731 342 euros. Ces programmes ciblent prioritairement les résidents classés GIR 3 et 4, dont la perte d’autonomie partielle les expose à un risque de chute particulièrement élevé tout en conservant une capacité à bénéficier des séances d’APA.

En Auvergne-Rhône-Alpes, un appel à candidatures a été lancé en avril 2025 pour soutenir les actions de prévention portées par les EHPAD et les SSIAD, avec sélection des projets prévue pour septembre 2025. Ce mouvement de relais régional envoie un signal fort : la prévention des chutes en institution n’est plus un programme conjoncturel mais une composante structurelle de l’accompagnement des résidents, désormais évaluée dans le cadre du dispositif HAS.

Pour les IDEC, les cadres de santé et les directeurs, cette institutionnalisation implique un double mouvement : candidater aux financements disponibles, et structurer en interne la formation des équipes — y compris celles qui n’interviennent pas directement dans les séances d’APA. C’est précisément pour répondre à ce besoin que les ressources de formation dédiées à la prévention des chutes en EHPAD se révèlent particulièrement adaptées : 12 modules de micro-learning couvrant du repérage du risque aux protocoles de sécurité, directement déployables dans les temps d’équipe.

Ce que les données DREES 2025 changent pour la gestion du risque

La DREES a publié en novembre 2025 une mise à jour sur les résidents en EHPAD qui renforce l’urgence d’une formation continue solide. Fin 2023, 697 000 personnes résidaient en établissements d’hébergement pour personnes âgées, avec un âge médian de presque 88 ans. Plus de la moitié des résidents en EHPAD (55 %) présentent une perte d’autonomie sévère (GIR 1 ou 2). Et 38 % sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée — soit 4 points de plus qu’en 2019.

Cette évolution du profil des résidents a des implications directes sur le risque de chute. Les troubles cognitifs — qu’il s’agisse d’une maladie d’Alzheimer, d’une démence vasculaire ou d’un syndrome mixte — altèrent le jugement spatial, la vigilance posturale et la capacité à intégrer les consignes de prévention. Les résidents déambulants présentent statistiquement plus de chutes et des blessures plus graves que les résidents à mobilité réduite. Pour les aides-soignantes et les IDE, cela signifie une vigilance accrue lors des transferts, des levers nocturnes et des déplacements vers les sanitaires.

C’est pourquoi ce pack de micro-formations dédié à la prévention des chutes et aux risques majeurs en EHPAD intègre les spécificités des résidents atteints de troubles cognitifs : les supports sont conçus pour être utilisés en briefing d’équipe, avec des messages adaptables selon le profil des résidents accompagnés.

Points de vigilance pour les équipes d’encadrement en 2025-2026

La traçabilité dans le DUI reste un enjeu central. Lors des visites de conformité et des inspections ARS, la documentation des chutes est un point de contrôle systématique. Une chute non enregistrée, une fiche de suivi incomplète ou l’absence de révision du plan de soins après un incident expose l’établissement à des observations formelles. La procédure doit être connue de tous les soignants, y compris des personnels remplaçants et des équipes de nuit.

La déclaration en événement indésirable grave (EIG) est obligatoire pour toute chute entraînant une fracture, un traumatisme crânien ou une hospitalisation non programmée. La mise en place d’un circuit clair de déclaration — de l’aide-soignante au médecin coordonnateur — est une exigence réglementaire que les évaluations externes HAS examinent avec attention depuis le premier cycle d’évaluation 2023-2027.

Le plan de formation annuel doit désormais prévoir un module spécifique sur la prévention des chutes. Si l’établissement sollicite un financement ARS pour un programme APA, la formation du personnel référent est généralement une condition d’éligibilité. Les supports axés sur le plan antichute et les protocoles HAS constituent un socle cohérent pour justifier cette formation auprès des financeurs et harmoniser les pratiques entre AS, IDE et IDEC.

La coordination pluridisciplinaire — entre médecin coordonnateur, kinésithérapeute, ergothérapeute et équipes soignantes — conditionne l’efficacité des interventions multifactorielles recommandées par la HAS. Sans protocole partagé et documenté, les actions restent fragmentées et leur impact reste difficile à évaluer lors des évaluations externes.

Questions fréquentes sur la prévention des chutes en EHPAD

Comment intégrer la formation à la prévention des chutes sans bloquer une journée entière ?
Le format micro-learning (15 à 30 minutes par module) est particulièrement adapté aux contraintes des équipes soignantes en EHPAD. Il permet d’intégrer la formation dans les temps de relève, les réunions de service hebdomadaires ou les staffs pluridisciplinaires. L’essentiel est de structurer les modules par thème — repérage du risque, conduite à tenir post-chute, protocoles de sécurité — et de conserver une traçabilité documentaire pour le plan de formation annuel.
Quels résidents prioriser dans un programme antichute en EHPAD ?
Selon les recommandations de la HAS et les critères des programmes ARS, les résidents classés GIR 3-4 constituent la cible prioritaire pour les programmes d’activité physique adaptée. Les résidents ayant fait une chute dans l’année précédente, ceux sous polymédication (plus de quatre traitements simultanés) et ceux présentant des troubles de la marche ou de l’équilibre doivent également faire l’objet d’une évaluation individuelle approfondie. Il est recommandé de demander systématiquement à chaque résident s’il est tombé au cours des 12 derniers mois.
Une chute doit-elle systématiquement être déclarée en événement indésirable dans le DUI ?
Toute chute doit faire l’objet d’une traçabilité dans le dossier unique informatisé (DUI) : circonstances, état clinique immédiat et décisions prises. La déclaration en événement indésirable grave (EIG) est obligatoire dès lors que la chute entraîne un préjudice sérieux — fracture, traumatisme crânien, hospitalisation non programmée. Pour les chutes sans conséquence apparente, la traçabilité interne (fiche de chute, mise à jour du plan de soins) reste indispensable pour identifier les résidents à risque répété et adapter la prévention.

Sources : Plan antichute des personnes âgées, ministère chargé des Solidarités — Résidents en EHPAD fin 2023, DREES (novembre 2025) — Appel à candidatures APA antichute 2025, ARS Nouvelle-Aquitaine.

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