L’arthrose du genou et de la hanche touche la majorité des personnes après 70 ans et peut conduire à une perte de mobilité sévère, voire à des chutes. Pourtant, des programmes de réadaptation et d’activité physique adaptée (APA) permettent, à tout âge, de préserver l’autonomie et de maintenir la qualité de vie. Ce guide pratique s’adresse aux familles, aux aidants et aux soignants qui accompagnent un proche arthrosique.
L’arthrose après 70 ans : un défi majeur pour l’autonomie
En France, 10 millions de personnes sont concernées par l’arthrose, dont 65 % des plus de 65 ans, selon l’INSERM. La progression est frappante avec l’âge : la maladie ne touche que 3 % des moins de 45 ans, mais atteint 65 % des plus de 65 ans et jusqu’à 80 % des plus de 80 ans. À l’échelle mondiale, entre 2015 et 2050, la proportion des 60 ans et plus dans la population mondiale va presque doubler, passant de 12 % à 22 % : l’arthrose devient donc un enjeu de santé publique central.
Parmi toutes les localisations, le genou et la hanche sont les plus invalidantes. Les genoux sont touchés dans 30 % des cas — on parle alors de gonarthrose. La gonarthrose concerne ainsi 30 % des personnes de 65 à 75 ans et est trois fois plus fréquente que l’arthrose de hanche. L’arthrose primitive du genou survient en général après 60 ans, et les femmes, surtout après la ménopause, sont plus touchées que les hommes.
L’arthrose de la hanche ou du genou engendre un handicap sévère pour les personnes atteintes. Elle peut engendrer un handicap majeur, avec une perte de mobilité qui s’installe progressivement : difficultés à monter les escaliers, à marcher sur de longues distances, à se lever d’une chaise. Pour les familles, cette réalité se traduit par une vigilance de chaque instant et un besoin croissant d’adaptation du domicile et des habitudes.
Arthrose, mobilité réduite et risque de chute : un lien étroit
La perte de mobilité liée à l’arthrose n’est pas anodine : elle augmente directement le risque de chutes, première cause de mortalité accidentelle chez les personnes âgées. Dans le monde, 684 000 personnes perdent la vie chaque année à la suite de chutes, et les personnes qui font le plus grand nombre de chutes mortelles sont des personnes de plus de 60 ans, rappelle l’OMS. Les conséquences non mortelles sont également lourdes : Entre 20 et 30 % des personnes âgées qui chutent subissent des blessures légères à graves.
La Haute Autorité de Santé (HAS) propose des tests d’évaluation simples pour repérer ce risque. Un déficit de mobilité est détecté à partir de 20 secondes au Timed Up and Go test, et considéré comme important au-delà de 29 secondes. Ce test consiste à se lever d’une chaise, marcher 3 mètres, faire demi-tour et revenir s’asseoir. Le test unipodal — tenir sur un pied — est considéré comme anormal si la personne tient moins de 5 secondes. Ces repères simples permettent à la famille ou au soignant d’identifier rapidement une dégradation de l’équilibre. La prévention des chutes en EHPAD repose sur des protocoles structurés pour les équipes qui peuvent utilement inspirer les pratiques à domicile.
Un autre facteur aggravant souvent sous-estimé : la polymédication, au-delà de 4 médicaments, constitue un facteur de risque de chute chez la personne âgée. Pour les aidants accompagnant un proche sous traitements multiples, cette donnée mérite d’être partagée avec le médecin traitant lors de la prochaine consultation.
Un paradoxe complique la situation : la sédentarité est elle-même un facteur de risque de gonarthrose, par défaut de stimulation mécanique des cartilages. Moins on bouge, plus les cartilages s’altèrent — et plus les douleurs poussent à l’immobilité. Ce cercle vicieux justifie une intervention précoce et progressive, guidée par des professionnels de santé.
Ce que la famille et l’aidant peuvent soutenir au quotidien
Face à l’arthrose d’un proche, le rôle de la famille et de l’aidant est décisif. Il ne s’agit pas de tout faire à sa place — ce qui renforcerait la dépendance — mais de créer les conditions favorables à la reprise d’activité. La prise en charge de la douleur en EHPAD montre que le confort physique est le préalable indispensable à toute mobilisation.
Concrètement, les familles peuvent :
- Encourager les déplacements courts et réguliers à l’intérieur du domicile, sans forcer lors des poussées douloureuses ;
- Accompagner le proche lors de séances de kinésithérapie ou de marche, pour maintenir la motivation ;
- Aménager l’environnement (barres d’appui, tapis antidérapants, éclairage nocturne) pour sécuriser les déplacements ;
- Signaler au médecin tout épisode de chute, même sans blessure visible ;
- Valoriser chaque progrès, aussi minime soit-il : la motivation est un facteur clé d’adhésion.
Pour les professionnels en EHPAD, la démarche est complémentaire. La prévention des chutes passe par des stratégies de repérage du risque, d’intervention adaptée à chaque résident et de suivi individualisé, selon la HAS. Le plan antichute répond à des exigences précises pour les équipes d’EHPAD : évaluation initiale, mise en place d’interventions coordonnées, suivi des incidents. Les capteurs de chute en EHPAD offrent des solutions technologiques complémentaires pour surveiller les résidents à mobilité réduite, notamment la nuit.
Programme d’activité physique adaptée (APA) : le cœur de la réadaptation
L’activité physique n’est pas un simple « plus » dans la prise en charge de l’arthrose : c’est un traitement à part entière. L’activité physique fait partie du traitement de l’arthrose : elle est efficace contre les douleurs et diminue l’impact de l’arthrose, souligne l’Assurance Maladie. Il est recommandé d’exercer régulièrement une activité physique à intensité modérée en dehors des poussées inflammatoires, par exemple marcher pendant une heure trois fois par semaine.
La HAS a formalisé ce qu’est un programme d’activité physique adaptée (APA). L’APA est un programme d’exercices structuré, de 2 à 3 séances de 45 à 60 minutes par semaine. Le programme comprend des exercices d’endurance et de renforcement musculaire et, selon la pathologie, des exercices d’équilibre. La durée initiale est de 3 mois, renouvelable. Cette prescription médicale, délivrée par le médecin traitant, permet d’accéder à des séances encadrées par des professionnels certifiés.
Les exercices recommandés s’adaptent aux capacités de chacun :
- Renforcement musculaire des quadriceps et ischio-jambiers (protège l’articulation du genou) ;
- Marche quotidienne sur terrain plat, avec progressivité ;
- Travail de l’équilibre (transferts de poids, appui unipodal assisté) ;
- Vélo en salle ou en plein air, particulièrement indiqué pour la coxarthrose ;
- Natation ou aquagym, qui soulage les articulations portantes.
Pour la coxarthrose, il est recommandé de favoriser la marche au quotidien en dehors des poussées très douloureuses et la pratique du vélo. Les sorties extérieures et activités en plein air en EHPAD constituent un levier précieux pour maintenir cette dynamique : l’environnement naturel stimule la marche et renforce la motivation bien au-delà des séances de kinésithérapie.
L’OMS confirme cette orientation : au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine sont recommandées pour les adultes et personnes âgées. Pourtant, après 60 ans, les niveaux d’inactivité physique augmentent chez les hommes et chez les femmes. Combler cet écart est l’un des défis les plus concrets que familles et soignants peuvent adresser ensemble.
Le rôle central du kinésithérapeute et des professionnels de la rééducation
La réadaptation ne s’improvise pas. Le niveau 1 de l’intervention correspond à la rééducation et réadaptation dispensée par des professionnels de santé de la rééducation : ergothérapeutes, psychomotriciens et masseurs-kinésithérapeutes, selon la HAS. Ce triptyque de compétences est particulièrement adapté aux personnes âgées arthrosiques, dont les besoins dépassent le seul renforcement musculaire.
La rééducation implique l’établissement d’un programme personnalisé — type d’exercices, fréquence, intensité — guidé au début par un kinésithérapeute. Ce programme initial, suivi en cabinet ou à domicile, constitue une base solide que le patient peut ensuite prolonger de manière autonome. En cas de chirurgie (prothèse de genou ou de hanche), la réadaptation par le kinésithérapeute est commencée le plus tôt possible après l’intervention pour prévenir l’enraidissement et favoriser la récupération fonctionnelle.
En EHPAD, la coordination entre kiné, ergothérapeute et équipe soignante est particulièrement importante. Le risque de syndrome de glissement — ce processus de repli sur soi qui accélère le déclin physique — guette les résidents dont la mobilité diminue brutalement. La mobilisation précoce et régulière est l’un des meilleurs antidotes. Des ressources existent également au niveau institutionnel : les financements de la CNSA pour la prévention permettent aux EHPAD de renforcer leurs programmes de réadaptation.
Perspectives : miser sur la prévention précoce et le suivi long terme
Préserver la mobilité après 70 ans ne se résume pas à traiter la douleur au coup par coup. C’est une stratégie de long terme, qui associe activité physique régulière, suivi médical, adaptation de l’environnement et soutien de l’entourage. Plus le programme de réadaptation est initié tôt — avant que la perte de mobilité ne devienne importante — plus les résultats sont durables.
Les familles qui perçoivent une dégradation de la marche, une réticence à sortir ou des douleurs articulaires croissantes chez leur proche ont tout intérêt à en parler rapidement au médecin traitant pour obtenir une prescription d’APA ou une orientation vers un kinésithérapeute. Le maintien de l’autonomie est une construction collective : chaque acteur — soignant, aidant, famille, médecin — joue un rôle irremplaçable.
Questions fréquentes
L’activité physique est-elle vraiment bénéfique en cas d’arthrose douloureuse ?
Comment savoir si mon proche est à risque de chute à cause de son arthrose ?
Qu’est-ce qu’une prescription d’activité physique adaptée (APA) et comment y accéder ?
Sources officielles
- INSERM — Dossier d’information sur l’arthrose
- Haute Autorité de Santé — Prévention des chutes accidentelles chez la personne âgée
- Haute Autorité de Santé — Consultation et prescription médicale d’activité physique à des fins de santé
- Assurance Maladie (Ameli.fr) — Traitement de l’arthrose de la hanche
- Assurance Maladie (Ameli.fr) — Arthrose du genou : définition et facteurs favorisants
- Organisation Mondiale de la Santé — Fiche sur les chutes
- Organisation Mondiale de la Santé — Fiche sur l’activité physique

